11 juillet 2009

 

Le racisme antimusulman a failli tuer en Angleterre

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Par Esme Choonara et Colin Falconer

L’agression brutale d’une jeune musulmane de 17 ans issue de l’immigration de l’Asie du Sud dans un parc à Rochdale (Nord-Ouest de l’Angleterre) le 16 juin dernier a laissé la victime dans un état de souffrance affreux.

Quelques instants avant d’être frappée violemment, elle a dû subir des railleries au sujet des gains électoraux du parti fasciste, le British National Party (BNP).

L’incident est le dernier d’une série d’agressions survenues depuis quelques semaines dans cette région.

C’est ici que le dirigeant du BNP, Nick Griffin, condamné pour avoir nié l’Holocauste, a été élu au parlement européen le 4 juin. Griffin a récemment soutenu dans une interview pour la BBC que les bateaux de fortune emmenant des réfugiés devaient être « coulés ».

Les agressions racistes suivent, là où le BNP gagne des voix.

Tout comme le meurtre de Marwa, la femme égyptienne voilée assassinée en Allemagne par un sympathisant du parti d’extrême droite, le NPD, l’affaire commence sur une aire de jeux pour enfants.

La jeune femme raconte qu’elle avait amené ses trois petites sœurs au parc, quand « un type a commencé à parler du BNP ».

« Il m’a dit qu’il était plus anglais que moi et que je n’avais pas ma place ici. »

Elle a été troublée par ses propos racistes. « En fin de compte, nous sommes tous des êtres humains », dit-elle. « La race à laquelle nous appartenons n’a aucune importance. »

Après avoir subi des insultes, la jeune femme a failli être aveuglée par un coup d’une telle force qu’une partie du bracelet de son agresseur a été enfoncée dans sa joue à quelques centimètres de son œil droit.

Trois adolescentes âgées de 14 à 16 ans ont été arrêtées, selon la presse locale, et la police recherche activement un homme vêtu d’un tee-shirt rouge.

Beaucoup de résidents du quartier où l’attaque a eu lieu sont dans un état de choc, selon Sam O’Brien, délégué syndical dans la fonction publique et secrétaire du mouvement Unite Against Fascism (UAF) à Manchester.

« La population est horrifiée par cette agression raciste. Il faut que nous arrivions à rassembler la majorité qui est opposée à toute violence raciste. »

Le BNP a essayé de convaincre les électeurs qu’il est un parti démocratique comme les autres. En réalité, c’est un parti de type nazi qui crée la haine raciale partout où il arrive à s’implanter.

« Nous tenons une conférence exceptionnelle d’UAF dans le Nord-Ouest à Manchester le 18 juillet à laquelle nous invitons les syndicats et les associations religieuses et communautaires », ajoute Sam O’Brien.

« Nous organisons également des voyages en car pour permettre aux gens de venir protester contre le festival “Bleu, blanc, rouge” du BNP le 15 août prochain qui a lieu dans le Derbyshire voisin. »

Sources :

Article d’Esme Choonara dans Socialist Worker (4 juillet 2009) http://www.socialistworker.co.uk/art.php?id=18366

Rochdale Online http://www.rochdaleonline.co.uk/news-features/2/community-news/25713/teenager-suffers-fractured-eyesocket-in-racist-park-attack

Sur l'islamophobie, je viens de découvrir un excellent article de Bernard Dreano, écrit en janvier 2008, Islamophobie, religion, politique. En voici un extrait :

/.../ Des stéréotypes qui ont une longue histoire

L’islamophobie, c’est le dénigrement des Musulmans, au nom des principes réels ou supposés de l’Islam, ou au nom de certaines pratiques considérées comme étant celles des musulmans en général. C’est une forme de racisme qui peut bien entendu se combiner avec d’autres. Cette islamophobie a des racines profondes dans notre pays. On peut remonter aux croisades, quand le pape Urbain VIII appelait, depuis Clermont-Ferrand, à combattre les « infidèles », musulmans bien sur, mais aussi, comme le souligne Léon Poliakov [3], les juifs. Tout cela est très loin ? Mais des siècles plus tard, les stéréotypes négatifs issues de cette période médiévale demeurent et Voltaire et Diderot y ont recours, et quand ils veulent pourfendre l’intolérance, ils les utilisent pour attaquer l’Islam (et dans le cas de Voltaire, les juifs). Il est vrai que leur cible réelle est bien plus le Catholicisme européen qu’un Islam qu’ils connaissent mal, alors que les pays musulmans sont au XVIIIe siècle en pleine régression intellectuelle par rapport aux siècles antérieurs. Un siècle plus tard l’islamophobie refleurit de manière beaucoup plus concrète, car c’est bien cette fois des musulmans précis qui sont directement visés. Ernest Renan par exemple, par ailleurs le magnifique théoricien de la nation citoyenne, explique que ces musulmans sont par nature inaptes au progrès (et que les juifs n’y accèdent qu’en se « désémitisant ») [4]. Nous sommes dans le contexte de la conquête de l’Algérie, ou la IIIe République va instaurer un statut de citoyen de seconde zone pour les adeptes de la religion musulmane. L’islamophobie, au coté d’autres formes de racisme, est un des éléments de justification des conquêtes coloniales et de l’infériorisation des indigènes. La politique coloniale de la République qui s’appuie largement sur les missions catholiques (la loi de 1905 ne sera pas étendue aux colonies), va s’opposer aux organisations musulmanes, confréries ou oulémas, et/ou les instrumentaliser dans une position subalterne [5]. Dans l’entre-deux-guerres, et surtout après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le colonialisme déclinant est confronté aux mouvements de libération. Pour les combattre ils aura surtout recours à des arguments géopolitiques, en particulier dans le contexte de la guerre froide, l’anticommunisme. Les arguments islamophobes ne sont pas absents des campagnes contre le nationalisme arabe, notamment contre Nasser. Quant aux anticolonialistes, ils ont souvent tendance à ignorer ou à minorer les dimensions culturelles et idéologiques musulmanes qui animent certains mouvements, et non des moindres (ce qui est évident par exemple dans le fait que les résistants algériens se désignent comme moudjahiddines).

Le contexte contemporain est marqué par deux facteurs essentiels. D’une part l’enracinement de l’Islam en France, qui n’est plus seulement une religion d’immigrés mais la religion d’une partie importante des natifs du pays (la deuxième en termes de masse de pratiquants). Si la France n’est plus un espace politique régissant des dizaines de millions de musulmans comme elle l’était sous l’empire colonial, elle est devenu un pays qui abrite la plus grande communauté musulmane d’Europe. D’autre part le renouveau islamique mondial, marqué par la vague des islamismes politiques. Dans le monde musulman du XIXe et du début du XXe siècle, confronté à la domination occidentale, les tentatives de résistance et de modernisation avaient pris plusieurs formes : tentatives de réformes d’Etat (l’expérience avortée de Mohamed Ali en Egypte, les tanzimats turcs...), développement des idéologies libérales, nationalistes et socialistes, mais aussi renouveau de la pensée religieuse (la Nahda de Mohamed Abdou ou Jamal Al Dîn Al Afghani en Egypte [6] et en Algérie du Cheikh Ben Badis). Ce courant de pensée a bien évidemment des effets politiques, dans la mesure ou il va influencer les mouvements nationalistes (y compris dans le cas maghrébin, le Néo-destour tunisien et plus encore l’Istiqlal marocain d’Allal El Fassi), mais aussi produire un courant islamiste au sens actuel du terme, avec le syrien Rachid Rida puis en Egypte Hassan El Banna, fondateur des Frères musulmans en 1928 (jamiat al-Ikhwan al-muslimun) [7]. Sayyid Qutb, le leader des Frères (executé par Nasser en 1966), a rapproché le mouvement des wahhabites d’Arabie saoudite, ce qui va donner naissance à la forme principale de l’islamisme contemporain « néo-wahhabite » [8], avec ses tendances conservatrices (les saoudiens) ou révolutionnaires djihadistes (Ben Laden), mais l’islam politique actuel ne se résume pas au seul néo-wahabisme.

Cet arrière-fond historique et plus récent est très important pour comprendre comment peuvent si facilement fonctionner les stéréotypes islamophobes dans la France contemporaine. Hier, les idéologues et les politiciens du colonialisme tardif s’évertuaient à nier l’oppression nationale que combattaient les mouvements de libération, au non de la fonction émancipatrice « par nature » de la France. C’était particulièrement vrai des coloniaux tardifs « progressistes », les socialistes Guy Mollet, Robert Lacoste ou Max Lejeune ou le gaulliste Jacques Soustelle, mais aussi les ministres des colonies « réformateurs » tel Marius Moutet ou François Mitterrand. Aujourd’hui les idéologues et les politiciens du postcolonialisme néolibéral s’évertuent à nier toute dimension de racisme islamophobe voir même de racisme anti-arabe. C’est toujours particulièrement vrai des postcoloniaux « progressistes » comme Bernard Henri Levy, Fadéla Amara, Philippe Val, Caroline Fourest, etc., et pas seulement des postcoloniaux de droite comme Henri Guaino ou Nicolas Sarkozy.
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Contrairement à une idée reçue, l'attitude de Marx envers la religion ne se résume pas au célèbre aphorisme (en fait, une citation tronquée d'une longue discussion philosophique sur l'idéalisme et le matérialisme) que "La religion est l'opium du peuple". En plus, Marx comme beaucoup de ses contemporains était un utilisateur de l'opium, qui à l'époque était considéré plus comme un médicament qu'une drogue dangereuse. Souffrant, il en demandait régulièrement. D'après les lettres de sa femme Jenny, cela n'a pas trop marché ...

Le dernier numéro de la revue trimestrielle britannique Socialism International contient trois articles intéressants qui nous aident à mieux comprendre le rôle ambivalent de la religion, tel que l'analysait Marx et (particulièrement) Engels. Ce dernier était capable de réciter de longs extraits de la Bible par coeur et était fasciné par le Livre apocalyptique des Révélations. Bizarrement, avec les Cantiques un peu trop explicites sexuellement, cette partie de la Bible n'était pas au programme à l'église méthodiste où mes parents m'envoyaient tous les dimanches. (Le méthodisme est une forme de christianisme assez 'épurée' issue de l'anglicanisme qui a eu ses heures de 'gloire' à ses origines quand il se répandait rapidement chez les ouvriers et les paysans des régions les plus défavorisées au moment de la révolution industrielle. Il a aussi eu une grande influence sur l'idéologie du Labour Party qu'on a décrite comme "un mélange de marxisme et de méthodisme".) Engels a même écrit une histoire du christianisme des premières années après J-C qui a inspiré d'autres auteurs marxistes, comme Karl Kautsky et Rosa Luxemburg. Il considérait que cette religion semi-clandestine était une forme primitive du socialisme (après, cela s'est gâté ...). Pour d'autres articles sur ce sujet, vous pouvez cliquer sur le libellé 'Religions' à la fin de ce message.

Talat Ahmed écrit sur la vie de Mahatma Gandhi ...

Roland Boer révèle The full story: on Marx and religion ...

Sartaj Khan des International Socialists du Pakistan donne une explication de ce qui se passe dans la province de Swat au Pakistan dans un article intitulé Imperialism, religion and class in Swat

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21 mai 2009

 

Irlande: Un nouveau rapport accable l'Eglise catholique

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Un nouveau rapport souligne le rôle joué par la hiérarchie catholique en Irlande dans l'affaire des abus sexuels pratiqués sur des enfants par des religieux catholiques, et notamment par des membres de deux ordres - celui des Christian Brothers (sic) et celui des Sisters of Mercy (re-sic).

Ce qui peut surprendre les plus naîfs dans ce scandale - dont les faits sont maintenant archi-connus - est que, selon le rapport, des abus systématiques allant du viol aux châtiments corporels les plus vils étaient courants dans toutes les institutions pour jeunes garçons gérés par des religieux (et dans une partie 'seulement' des institutions pour jeunes filles).

Dans cet article publié dans The Belfast Telegraph, et repris par The Independent, Eamonn McCann explique Pourquoi le pape devrait prier pour que les victimes pardonnent au Vatican son rôle dans l'affaire des abus sexuels (en anglais).

L'auteur est un journaliste et militant révolutionnaire. Il a joué un rôle important dans le mouvement pour l'égalité des droits des catholiques en Irlande du Nord en 1968-69. Il est membre du Socialist Workers Party (Irlande). Il est l'auteur d'un livre sur la religion en Irlande: 'Dear God: The price of religion in Ireland' (Bookmarks, 1999).
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De son côté, l'éditorialiste du Irish Times (le journal de référence en République d'Irlande) conclut que les abus "n'étaient pas aussi mauvais que tout le monde suspectait - ils étaient pire" (au moins 800 prédateurs sexuels dans 200 institutions différentes sur une période de 35 ans). La hiérarchie religieuse n'a pas seulement couvert ces agissements - elle a délibéremment continué à nommer des récidivistes connus, et souvent les sujets de plaintes enregistrées par la police, à des positions où ils pouvaient encore sévir. "Ces abus ne sont pas le symptôme d'un échéc du système - ils étaient le système", continue-t-il.

L'éditorialiste conclut que deux mots doivent être utilisés pour décrire ces pratiques: la torture et l'esclavage. Un petit exemple suffit pour donner une idée de la philosophie de ces monstres en soutane: la pratique qui consistait à dire à des enfants victimes d'abus qu'ils ne devaient pas se plaindre car leurs parents étaient morts, alors que les religeiux en question savaient qu'ils étaient bien vivants.
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Le journal du Socialist Workers Party (Irlande) commente également le Ryan report: L'Etat sauve les banques ... et les pédophiles religieux (en anglais)

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18 mars 2009

 

200ème anniversaire de la naissance de Charles Darwin



Une traduction d'un article d'Alex Callinicos : La découverte de Darwin

Mes lecteurs auront remarqué que je défends souvent le droit à l'expression religieuse - droit démocratique élémentaire souvent nié par des gens se prétendant marxistes ou progressistes. La philosophie matérialiste qu'est le marxisme permet de comprendre pourquoi des millions de gens - en particulier les plus pauvres et les plus opprimés - se tournent vers la religion. Ce n'est pas un hasard si le nombre de fidèles ne cessent d'augmenter en Afrique ou si en France ce sont les populations les plus discriminées qui s'accrochent le plus à l'idée d'un Dieu protecteur.

Nous devons absolument distinguer notre attitude envers les croyants de nos critiques des institutions et des hiérarques religieux. Aujourd'hui même, le pape catholique Benoît s'est distingué par une nouvelle sortie réactionnaire, cette fois-ci au sujet du préservatif. Mais les catholiques eux-même, y compris les membres du clergé, sont divisés sur cette question. Il serait absurde au nom d'un soi-disant "combat idéolgique contre la religion" de traiter tous les catholiques de la même façon - d'autant plus que dans de nombreux pays des catholiques (comme des protestants, des juifs, des musulmans, des bouddhistes ...) se trouvent à la pointe du mouvement pour la justice sociale et contre la guerre et l'oppression nationale.

Ils ne le font sans doute pas de façon aussi cohérente que nous aurions souhaité, mais à moins d'être des anti-religieux dogmatiques et bornés (comme on en trouve malheureusement) nous nous trouverons souvent à leurs côtés face à un ennemi commun.

En complément de cet article, voici une petite introduction que j'ai écrite en 2004 à la question de l'analyse marxiste de la religion.

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21 novembre 2008

 

Jean-Pierre Brard ou la confusion des esprits


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BOBIGNY, 20 nov 2008 (AFP) - Brard (app-PCF) jugé pour avoir privé de parole une élue parée d'une croix

Pour avoir refusé la parole à une élue portant une croix "ostensible" au nom de la défense de la laïcité, l'ex-maire de Montreuil Jean-Pierre Brard (app-PCF) a comparu jeudi devant le tribunal correctionnel de Bobigny où un stage de citoyenneté a été requis contre lui.

Jean-Pierre Brard, alors maire de Montreuil dans la Seine-Saint-Denis, a privé donc une élue du MNR de la parole non pas pour des propos racistes et islamophobes - ce que j'aurais fort bien compris - mais parce qu'elle portait une croix de 6 cms sur fond d'un pull noir.

Personnellement, je considère que porter un tel objet voyant est une faute grave de goût. Venant d'une militante fasciste qui a fait campagne contre "l'islamisation de la France", ce n'était certainement pas innocent.

Mais plus encore que l'action, c'est l'argument de Brard qui est particulièrement dangereux. D'abord parce que les militants de gauche doivent par principe défendre le droit d'expression religieuse dans tous les domaines, y compris dans une salle de conseil qui n'est pas un lieu 'sacré' (quoique puissent penser certains républicains) mais un lieu ou la population doit pouvoir s'exprimer dans toute sa diversité. Mais surtout parce qu'il défend sa décision au nom de "l'esprit" de la loi de 2004 interdisant les signes religieux à l'école.

C'est le même argument qui a été utilisé pour interdire aux femmes musulmanes voilées d'accompagner leurs enfants lors de sorties scolaires, leur refuser un poste dans l'administration et dans la société civile, les empêcher d'assister à une cérémonie de naturalisation (quel beau modèle d'intégration !), leur interdire l'accès à une banque ou à un gîte.

La loi de 2004 est une loi d'une grande stupidité - je pèse mes mots - dont tout parti de gauche qui se respecte devrait exiger l'abrogation immédiate. Son interprétation abusive hors milieu scolaire était à prévoir - et nous l'avons dit à l'époque. Mais tel qu'elle a été adoptée elle ne s'applique qu'à l'école, et ne peut être invoquée pour pratiquer une quelconque discrimination ou exclusion en dehors de l'école. Sinon c'est la porte grande ouverte à toute sorte de dérives. Et on sait pertinément que pour chaque chrétien(nne) pénalisé(e), c'est au moins dix musulman(e)s visé(e)s.

Brard n'est plus maire de Montreuil. Il a été battu par Dominique Voynet. Je serais intéressé à savoir comment cela se passe sous la nouvelle maire.

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23 mars 2008

 

Le Sénégal balayé par un vent violent d'homophobie

... mais des associations et des intellectuels résistent courageusement.

Un article de Tidiane Kassé paru dans Pambazuka News
(15/02/2008).

Désolé pour le retard, mais je viens de découvrir cet article. En effet, l'homophobie est un puissant facteur de division des classes populaires, et permet à détourner l'attention des véritables problèmes. C'est vrai dans ce pays majoritairement musulman, mais aussi chez les membres des Eglises chrétiennes. L'Eglise anglicane dans les anciennes colonies britanniques comme l'Ouganda, par exemple, menace de rompre avec l'Eglise mère en Angleterre et sa franchise épiscopale aux Etats-Unis depuis que celles-ci se sont timidement ouvertes aux homosexuel(le)s.

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11 décembre 2007

 

Mais de quoi se mêlent-ils ? Un texte particulièrement rétrograde

signé par une coalition d'organisations dont la LICRA, SOS-Racisme et (bien sûr), Ni Putes Ni Soumises et publié par Libération le 10 décembre relance l'offensive contre les mères d'élèves voilées qui souhaitent participer, comme cela doit être leur droit, à la vie de la communauté en participant à des activités extra-scolaires.

Intitulé Laïcité : l’école et les enfants d’abord ! , ce texte déprimant exprime une vision autoritaire, étatique et monochrome de la société. Si certains de ses auteurs ont l'ambition de changer celle-ci - et ils sont parfois réputés de gauche -, nous nous demandons quel avenir ils nous réservent. Ce n'est pas une perspective très réjouissante, c'est le moins qu'on puisse dire.

Les parents d'élèves qui participent à la vie de l'école - et ils ne sont pas si nombreux que cela, en partie à cause de la frilosité d'une administration (et d'un corps d'enseignants) souvent recroquevillée sur elle-même - sont considérés ici comme des "auxiliaires" de l'Education nationale. Devenant par un coup de baguette linguistique des "agents" de l'Etat, ils tomberaient sous la coupe de la loi interdisant les signes religieux à l'école. C'est faire preuve d'une malhonneté intellectuelle flagrante (et nous prendre pour des imbéciles).

Quant au "devoir de réserve" et à la "neutralité" de l'école, tout le monde sait que c'est une pure hypocrisie.

"/.../ dans notre démocratie laïque, écrivent-ils, il n’existe pas de droits spécifiques en fonction d’une appartenance ethnique ou religieuse." Non, mais le droit d'expression religieuse et philosophique doit être un des fondements de notre société, et l'école a le devoir de le promouvoir activement.

L'école publique doit être la première à défendre les minorités, les pauvres et les discriminées - au lieu d'agir comme un repoussoir, comme c'est trop souvent le cas (nos très prétentieux représentants de l'"autorité de l'Etat" qui sont nos recteurs d'académie et autres inspecteurs de l'Education nationale peuvent-ils expliquer pourquoi de nombreuses familles immigrées modestes font d'énormes sacrifices pour mettre leurs enfants dans des écoles privées, considérant à tort ou à raison que le personnel de l'école publique ne les traite pas de façon équitable, voire est raciste ?)

Quelle régression anti-démocratique, surtout venant d'un cartel d'associations comprenant des "défenseurs des droits de l'Homme" !

Pour une école ouverte à tou(te)s, accueillante et ouverte à la société ! Les mères d'élèves voilées ou pas sont les bienvenues !

LE POIREAU ROUGE SOUHAITE UN JOYEUX AÏD EL KEBIR A TOUS SES LECTEURS (EXPLICATION ICI SUR LE SITE 'ATHEISME')

Nos croisés de la laïcité font des émules dans le pays du multiculturalisme. Interdire à des jeunes filles musulmanes ... de jouer au foot (signe ostentatoire de la soumission ?) parce que certains membres de leur équipe portent le foulard ce n'est pas bête ? (Merci à John Mullen pour cette info)

Alberta : L'interdiction du hidjab empêche une équipe de soccer de jouer
La Presse Canadienne, 09/12/2007 20h01

À la suite de l'interdiction du foulard islamique, qui a empêché une jeune Albertaine de jouer au soccer, toute une équipe de jeunes musulmanes se voit maintenant empêchée de jouer.

Au début du mois, l'Association de soccer de l'Alberta a annoncé que le port du foulard islamique serait temporairement prohibé après qu'un arbitre eut interdit à Safaa Menhem de porter le voile au cours d'un match, à Calgary.

La jeune fille de 14 ans a pu reprendre le jeu après avoir accepté de porter un hidjab modifié qui s'attache derrière le cou, mais l'équipe de soccer féminine Al-Ikhwat, d'Edmonton, a fait savoir qu'elle doit maintenant annuler les parties.

L'association a expliqué que l'interdiction temporaire lui permettrait d'examiner le degré de sécurité du voile religieux, et de déterminer si elle autorisera l'utilisation d'un hidjab de sport muni d'une bande Velcro sous le menton, qui est permis par l'Association canadienne de soccer.

Mais Sheena Alami, une fille d'immigrants afghans âgée de 16 ans, membre de l'équipe, soutient avoir porté le foulard en jouant au soccer et au basket-ball pendant des années, sans problème.

Treize des 18 jeunes filles de l'équipe portent le hidjab, et l'équipe a joué tout l'été sans incident.


Femme dévoilée, femme libérée ?Lire cet article de Laila Lalami (traduit de The Nation):

/.../ Il y a en France actuellement une vaste hypocrisie qui consiste à invoquer la liberté d'expression quand des dessinateurs de Ch*rl*e H ou de Fr*nce S*ir offensent les sensibilités des musulmans mais à rester obstinément silencieux quand on refuse le droit à une femme de religion musulmane de disposer librement de son corps.

Cela relève de la même hypocrisie quand le champion de foot Zidane est simplement qualifié de "citoyen français" alors que Zacarias Moussaoui est présenté comme "citoyen français d'origine marocaine".

Cela relève de la même hypocrisie quand se constituent des comités de soutien aux professeurs de Flers qui refusent d'enseigner à des jeunes filles qui portent le foulard alors que parallèlement le fait que 40% des jeunes Français (dont beaucoup sont d'origine nord africaine) des quartiers pauvres ne trouvent pas de travail semble complètement occulté.

Cela relève de la même hypocrisie quand on célèbre l'engagement des soldats nord-africains dans la seconde guerre mondiale contre les nazis mais qu'on ne leur verse pas, jusqu'à l'an dernier, la même retraite qu'à leurs homologues français.

Cela relève de la même hypocrisie quand l'humoriste Dieudonné est condamné pour ses remarques ignoblement racistes sur les juifs, alors qu'on absout l'ancien rédacteur en chef du Point, Claude Imbert, quand il déclare: " Moi, je suis un peu islamophobe. Cela ne me gêne pas de le dire".

Enfin, cela relève de la même hypocrisie quand on mobilise une énergie intellectuelle démesurée et des ressources publiques énormes pour une poignée d'élèves qui portent un foulard alors qu'on ne fait pratiquement rien pour garantir à ces jeunes filles (dont la plupart sont confinées dans des écoles défavorisées, appelées ZEPs - zones d'éducation prioritaires), les mêmes chances en matière d'éducation et d'emploi que leurs compatriotes de "souche européenne".

Et en fin de compte, les polémiques successives en France ont servi à détourner l'attention sur les vrais problèmes et ont apporté de l'eau au moulin aux fondamentalistes de l'islam, qui recrutent les jeunes en leur disant que la France ne veut pas d'eux. Le foulard en France n'est rien de plus qu'une feuille de vigne: quel que soit le temps qu'on passe à la regarder, on finira par avoir à affronter la crudité du racisme et de la discrimination. Le racisme nu et cru.

Pour paraphraser un autre philosophe français, je ne suis pas d'accord avec le port du foulard, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que les femmes aient le droit de le porter.

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04 décembre 2007

 

Encore sur l'affaire des "statistiques ethniques"


Enquêter sur la religion : curiosité malsaine ou nécessité scientifique ?
par Sylvain Brouard et Vincent Tiberj

Les statistiques ethniqes et religieuses sont le thermomètre qu'on veut casser pour ne pas traiter la fièvre ...

Un excellent article plein de bon sens.

"Le rôle des sciences sociales c’est bien d’aller au-delà des débats de surface. Le rôle des enquêtes, qu’elles soient quantitatives ou qualitatives, c’est de donner corps au vécu des individus, à leur ressenti, à leurs parcours, de comprendre les processus sociaux à l’œuvre au-delà de ce que les médias en donnent à voir."

"En conclusion, dans quel monde veut-on vivre ? Celui où l’on quantifie les faits sociaux et, ou bien celui on les ignore ? Celui où l’on parle de panne du modèle d’intégration sans se poser la question de sa mesure ou celui où l’on essaye de comprendre les processus sociaux à l’œuvre, d’en cerner les problèmes, leurs causes et donc d’éclairer leurs solutions ?

Derrière le rejet des mesures de la diversité SOS racisme craint le communautarisme. On peut lui faire une double objection : premièrement les porte-paroles « communautaires » n’ont pas attendu qu’on mesure la diversité pour exister. Deuxièmement, invoquer que la mesure créera le communautarisme c’est se tromper de mécanisme : si aux Etats-Unis l’attachement des afro-américains à leur communauté est si fort, ce n’est pas parce qu’on mesure cette appartenance mais parce que la société américaine continue à discriminer .

Derrière le rejet des statistiques de la diversité Jean-François Amadieu craint que l’on crée artificiellement des groupes. Qu’apporte la variable religieuse ? Elle permet au contraire de casser les préjugés et le sens commun qui voient des groupes là où ils n’existent pas. Pour beaucoup il est évident que tous les maghrébins (qu’ils soient immigrés ou nés en France, qu’ils soient français ou étrangers) sont musulmans, et que tous les musulmans sont travaillés par l’islam radical. En posant simplement la question on découvre que ce n’est pas le cas, au contraire. La grande majorité des Français musulmans ne sont pas seulement musulmans ni même d’abord musulmans. Ces citoyens français sont aussi des musulmans. Bref, on réintroduit de la diversité dans la diversité."


Lu sur le site du CRAN : " Pour lutter contre les discriminations, il faut d'abord les rendre…visibles ! "

Pour Eric Frassin, sociologue, le PS et SOS-Racisme, en menant une campagne contre les 'statistiques ethniques', se trompent cmpètement de cible :

N¹allons donc pas dire à un Noir ou à un Arabe, au nom de l¹universalisme républicain, ou des solidarités de classe, que ces catégories n¹existent pas, quand c¹est en tant que Noir ou Arabe qu¹il se voit refuser un emploi ou un logement. Il ne sert à rien de répéter que ces mots n¹ont aucun sens, quand ils ont des effets si graves ­ sur les victimes, et sur la société dans son ensemble.

Aussi la campagne menée par SOS-Racisme et ses alliés, qui agitent le spectre de Vichy, voire du Rwanda, dès qu¹on parle d¹enquêtes statistiques, se trompe-t-elle d¹objet, et d¹adversaire. Il n¹est pas question aujourd¹hui de recensement mais d¹enquêtes. Il ne s¹agit pas de compter des races, mais de rendre compte d¹expériences de discrimination. Comment évaluer le « ressenti » des discriminations sans prendre en compte l¹apparence physique, puisque la couleur de peau est au principe de la discrimination ? Et croit-on vraiment que les enquêtes à venir sont dès aujourd¹hui la cause des discriminations raciales qu¹elles entreprennent de mesurer ? C¹est contre la chose qu¹il faut se battre, et non contre le mot.


Un autre texte sur le même sujet, d'Eric Frassin , Race objective vs race subjective

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07 novembre 2007

 

La reconnaissance d'un racisme spécifiquement anti-musulman


par Mouloud Aounit. Lire l'article ...

/.../ L’islam, en tant que tel, jouait au début plutôt un rôle secondaire dans l’expression de ce racisme qui ciblait les populations arabes et berbères en tant que telles. Cependant, dans l’imaginaire collectif, l’islam sera toujours présent au second plan comme marque de distinction, puisque l’appartenance
confessionnelle a joué un rôle essentiel dans la répartition des groupes de population en Afrique du Nord sous la domination coloniale. Mais la stigmatisation de l’islam en tant que tel sera introduite, comme « marqueur » idéologique, dans le débat public à partir du début des années 1980.




Une jeune danoise remarquable , Asmaa Abdol-Hamid ose tenir tête aux islamophobes de droite et de gauche.

Y a-t-il parmi nos lecteurs quelqu'un capable de traduire du danois (en français ou en anglais) ? Voici le lien vers le site de la liste Enhedlisten (Unité) sur laquelle se présente la camarade Asmaa.

Asmaa: Fuld folkepension til de fattige ældre indvandrere
I Danmark har tusinder af ældre indvandrere, der kom til landet på grund af mangel på arbejdskraft i starten af 70’erne, ikke ret til fuld folkepension.


Les mosquées britanniques essayent de se moderniser :
Un article qui montre comment il est absurde de raisonner comme si l'islam était un mode de pensée immuable, et les musulmans des gens incapables de comprendre le monde d'aujourd'hui. Au Royaume-Uni, des mosquées encouragent la participation des jeunes et des femmes, et se demandent comment se démocratiser. Un des buts, il est vrai, est de combattre l'"islamisme". Mais cela ne signifie pas nécessairement aller dans le sens de la "guerre contre le terrorisme" de Bush et de Brown.

NOUVEAU : L'Alliance Rouge et Verte danoise a reculé lors des élections du 13 novembre, recueillant 2,17% des voix. L'Alliance possède 4 députeés au parlement, au lieu de 6 auparavant. Ce revers erait-il dû au fait qu'elle a présenté Asmaa Abdol-Hamid, une jeune femme voilée - qui d'ailleurs n'a pas été élue ? Un petit article dans Rouge l'explique par "la façon dont elle a parlé de la religion". Solidaire des musulmans(e)s, la LCR ???

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23 octobre 2007

 

Quand la gauche belge débat le foulard ...



Nadine Rosa-Rosso : "Peut-on libérer les gens malgré eux ?"

Et si le foulard pouvait libérer ?

A propos de la pétition sur la « place des convictions philosophiques à l’école »

Je ne signe pas la pétition intitulée « La place des convictions philosophiques à l’école ». Malgré toutes ses précautions oratoires, elle vise uniquement le port du foulard par les jeunes filles musulmanes et certaines conceptions attribuées à la seule religion musulmane. Existe-t-il un autre « signe ostensible d’appartenance philosophique ou religieuse » qui fasse débat dans la Belgique d’aujourd’hui ?

Mais pour éviter le mot fatidique, la pétition s’est un peu égarée.

La loi française du 15 mars 2004 sur le sujet se limitait à ceci : « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». Or la pétition belge va beaucoup plus loin. Elle concerne non seulement les conceptions religieuses, mais aussi philosophiques. Elle concerne non seulement les écoles publiques, mais aussi les écoles subventionnées par l’Etat.

Rallumer la guerre scolaire ?

Une telle loi entraînera un grand nettoyage de toutes les écoles catholiques subsidiées par l’Etat : plus de crucifix, plus de références affichées à telle déclaration du pape. Comment pourrait-on interdire aux élèves et aux enseignants d’afficher des signes religieux, tout en tolérant qu’ils garnissent les murs de l’institution ? Autrement dit, la pétition rallume la guerre scolaire. C’est d’ailleurs ainsi que le président du Conseil interdiocésain des laïcs, Paul Löwenthal, l’a compris. Il déclare dans une Carte blanche du Soir du 18 juin 2007 : « Loin de donner leur place aux religions, elle (la pétition) demande de les en exclure. Et elle met en cause l’existence même des écoles confessionnelles ». Son interprétation est parfaitement légitime.

Il faudra que la loi revendiquée précise ce qu’elle entend par « signe ostensible d’appartenance philosophique ou religieuse ». Une barbe naissante sur le menton des jeunes garçons ? Un crâne rasé ou une coiffure rasta ? L’étoile de David en pendentif ? L’imagination des jeunes pour exprimer leurs convictions est sans limite. Et c’est tant mieux. Plutôt que d’interdire les signes des convictions philosophiques ou religieuses, ne faudrait-il pas encourager les jeunes à exprimer la diversité de leurs convictions comme de leurs doutes ? N’est-ce pas ainsi qu’il faut interpréter l’article 24 de notre constitution : « La communauté organise un enseignement qui est neutre. La neutralité implique notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses des parents et des élèves » ? La neutralité ne se réalise pas par des interdits mais par la diversité des convictions et le respect des individus.

Fini de contester !

La pétition met en cause la « contestation des contenus mêmes des cours ». Ce genre de formulation est dangereux. D’une part il y a le programme des cours, d’autre part il y a le débat nécessaire avec les jeunes sur ce qu’ils pensent du contenu des leçons données. Il faut encourager les jeunes à exprimer leurs divergences sur le contenu, sinon ils remettront en question leur participation aux cours, ce que nous ne voulons pas.

Les enseignants sont débordés par la situation dans les écoles, c’est vrai. L’avenir que notre société réserve à nos enfants est le principal problème à résoudre et les enseignants le savent très bien. Ajouter une série d’interdits dans une telle pétaudière ne résoudra rien au problème, il ne fera que l’aggraver. Il serait bien plus utile de revendiquer plus d’enseignants, plus d’éducateurs, plus de temps pour la réflexion et l’échange pédagogiques notamment.

La pétition invite les jeunes à « l’intériorisation de leurs convictions philosophiques ». Les jeunes ont donc « droit à des convictions », mais ils sont priés de les intérioriser. Si le droit d’avoir des convictions n’est pas lié au droit de les extérioriser, c’est un droit creux. Cet interdit supplémentaire ne fera que creuser le fossé entre professeurs et élèves. Un exemple. Selon la pétition, la mixité sociale est une « valeur fondatrice de notre société ». Va-t-on interdire aux élèves de contester ce point de vue ? Si « mixité sociale » signifie que les riches se mélangent avec les pauvres, où cette « valeur » est-elle appliquée ? Dans l’enseignement, les quartiers ou les entreprises, sur les espaces commerciaux ou de loisirs ? Comme enseignant(e), allez dire aux quelque 60.000 jeunes qui fréquentent l’enseignement professionnel : « Notre société est fondée sur la mixité sociale ; vous êtes priés de ne pas contester cette idée, mais comme nous sommes tolérants, vous avez le droit de penser, mais seulement de penser, qu’il n’y a pas une fille ou fils de bourgeois dans votre classe ». Il n’y a pas plus d’arguments scientifiques pour prouver que la mixité sociale a fondé notre société que pour affirmer que Dieu l’a créée. Cessons donc de présenter notre société comme idyllique et nous-mêmes comme les plus malins, alors que nous sommes tout simplement en train de liquider des droits élémentaires. Ne confondons pas droits et valeurs

Des féministes s’en prennent au foulard au nom de la libération de la femme. Mais peut-on libérer les gens malgré eux et, de plus, en leur retirant un droit ? Pour un(e) démocrate, le droit de porter le foulard va évidemment de pair avec le droit de ne pas le porter. Accorder un droit ne signifie nullement qu’on milite pour l’exercice de ce droit. Réclamer le droit au divorce ou à l’interruption de grossesse ne signifie nullement la propagande en faveur du divorce ou de l’avortement. La société définit des droits pour la vie en collectivité et les individus exercent ces droits selon leurs valeurs propres. La dérive sur les valeurs, que nos sociétés redécouvrent soudainement quand il s’agit de l’immigration, a conduit la France de Sarkozy à se doter d’un ministère de « l’identité nationale et de l’immigration ». Aux Pays-Bas, elle a conduit un parti de gauche comme le SP à redécouvrir les bienfaits de la monarchie et la mission civilisatrice des colonies. Des athées mènent le combat contre le foulard au nom de la lutte contre la religion. Mais on ne fait pas reculer la religiosité des gens en leur interdisant de manifester leur culte. Je crains qu’on obtiendra ainsi le résultat contraire et c’est compréhensible.

L’enjeu politique : l’exemple français

En France, c’est le journal d’extrême droite Minute qui a lancé la première attaque contre le foulard en diffusant, en 1983, l’image d’une Marianne voilée. C’est un maire de droite (RPR) qui a choisi l’affrontement avec trois jeunes filles, à Creil, le 4 octobre 1989. Le résultat direct est que le nombre de jeunes filles voilées a augmenté très rapidement. Parlant de la loi du 15 mars 2004, l’historien Gérard Noiriel note : « Le succès a été total puisque le texte présenté par la droite a été voté par la gauche et qu’en plus cette affaire a provoqué de très fortes divisions en son sein » |1|.

Noiriel souligne que les jeunes filles incriminées appartenaient aux classes dominées. L’appartenance sociale des jeunes filles portant le foulard n’a jamais été prise en compte pas plus que la différence de la situation de la femme dans un pays islamique ou dans un pays comme la France.

L’exemple français mérite d’être médité. D’une caricature d’extrême droite à une loi votée par toute la classe politique, il n’a fallu que vingt ans pour opérer un « tournant dans l’histoire des discours sur l’immigration[[idem, p. 639] ] ». Et ce n’est malheureusement pas le seul thème où les conceptions les plus à droite ont gagné presque toute la classe politique. Et si la foi soulevait des montagnes ?

Au moment où j’achevais ce texte, la RTBf programmait un reportage sur le foulard. Un groupe de jeunes filles portant le foulard entament leurs études de médecine à l’Université Libre de Bruxelles. Leur seule présence dans cette faculté réfute les préjugés véhiculés par la pétition. Ces jeunes filles contribuent à la mixité sociale de l’université. Quarante ans après mai 68, les enfants des couches populaires y sont toujours une minorité. Pour y arriver, ils doivent vaincre bien plus d’obstacles que les autres enfants. Elles contribuent aussi à la mixité des genres. Elles prouvent ainsi que la religion musulmane ne constitue pas en soi un handicap à l’accession des jeunes filles aux études supérieures. Leur foi ne les empêche pas d’étudier la biologie et de combiner la croyance en un créateur et l’étude des méthodes scientifiques.

Le libre examen devrait reconnaître à ces jeunes filles leur droit inconditionnel à poursuivre leurs études. Mais non, il leur est ordonné de renoncer au foulard avant d’entrer dans un laboratoire. Rebelles, elles sont convoquées chez un haut responsable de la faculté. Et quel argument rationnel donne le représentant officiel du libre examen et de la méthode scientifique ? « Ici, nous ne sommes pas au Club Med ». Fin de citation. Depuis la maternelle jusqu’à l’université, je n’ai fréquenté que les bonnes écoles de la Ville de Bruxelles et le temple du libre-examen. Je n’ai jamais été croyante mais j’ai toujours eu la faiblesse de croire en la bonté du genre humain. Face à ces jeunes filles, nous les athées libre-exaministes, sommes-nous incapables d’émettre une hypothèse inverse à celle de la pétition ? A savoir que c’est peut-être la foi qui a aidé ces jeunes filles à vaincre tous les obstacles sur le chemin de leur émancipation ? Et si cette foi-là implique le port du foulard, en quoi cela nous regarde-t-il ?

|1| Ce bref historique est tiré du livre de Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXème-XXème siècle), Discours publics, humiliations privées, Fayard, 2007, pp 634 et suivantes


NOTE Une excellente réponse à une pétition réclamant l'interdiction des signes religieux en Belgique. Il semblerait qu'une partie de la gauche belge veut répéter les mêmes erreurs que la gauche française.

Disons-le une nième fois, vouloir interdire les signes religieux à l'école ou restreindre les droits des femmes musulmanes (il n'y a que les femmes qui sont touchées par de tels interdits), c'est une capitulation pure et simple à l'islamophobie.

Lire cet article paru dans la revue Socio-anthropologie, n° 17/18 (2006) ayant comme thème central, Religions et modernités, La modernité de Dieu : Regard sur des musulmanes d’Europe libres et voilées, de Nadine Weibel

/.../ cette tenue contemporaine n’a rien à voir avec un voilement traditionnel et s’en démarque radicalement. Il s’agit d’un vêtement résolument urbain, donc moderne, puisque de tous temps, sous toutes les latitudes, les villes ont symbolisé la modernité. C’est dans les villes que naissent les modes rapidement copiées par les régions rurales. Le hijâb est donc apparu aux alentours de 1970 dans les universités du Machrek avant de rejoindre celles du Maghreb. Dès les années 1980, il fait partie du paysage urbain européen avant de s’étendre à l’ensemble des pays musulmans sur les cinq continents. Il s’agit bien là d’un phénomène issu de la modernité où la notion culturelle est balayée au profit de celle de l’appartenance au groupe de croyance. Aujourd’hui il apparaît comme une étape inéluctable dans l’existence de ces croyantes et il est associé à l’islam du xxie siècle.

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21 octobre 2007

 

Pour en finir avec la théorie de l'"islamo-fascisme"

Le terme "islamo-fasciste" est devenu un lieu commun chez des intellectuels de droite et de gauche. Ceux qui l'utilisent ne s'intéressent pas en général aux phénomènes diverses qu'on regroupe sous l'étiquette de l'islam politique, et ne se soucient guère du contenu historique et politique du terme "fascisme".

Si son emploi n'a absolument aucune valeur scientifique, il une fonction politique claire. Il sert surtout à justifier des politiques réactionnaires aussi bien sur le plan international - que cela soit les guerres en Irak et en Afghanistan ou l'oppression du peuple palestinien par Israël - qu'en France.

Nous publions ici deux articles récents en anglais qui plaident pour une approche plus rigoureuse de la question.

Des arguments simples et clairs peuvent être trouvés dans cet article des camarades du Irish Socialist Network intitulé Putting 'islamo-fascism' to bed

Ce message posté par 'Lenin' sur le blog Lenin's Tomb est plus dense et contient de nombreux liens : A rational approach to political islam.

Un petit entretien de Tarik Ramadan sur le site de la Télévision Suisse Romande. Rien de très original. Il se classe à gauche, s'oppose bien sûr aux agissements de l'extrême droite raciste, défend l'égalité hommes-femmes en matière de salaires, dit un 'non' modéré à l'adoption d'enfants par des couples homosexuels. Mais cela permet de se faire une idée de cet homme - actuellement professeur à l'université d'Oxford - qui a été si souvent décrit comme un 'extrémiste' ou un 'islamiste'.

Les néo-libéraux islamophobes organisent dans la semaine du 22 octobre sur des campuses aux Etats-Unis une "semaine de sensibilisation à l'islamo-fascisme" (Islamo-fascism Awareness Week"). Lire cette réaction de Yaman Salahi ... et cet article dans Socialist Worker (Etats-Unis) de Nicole Colson, A campus crusade against Muslims. Le panel d'intervenants comprend des islamophoboes notoires, comme la journaliste Ann Coulter. Le Poireau Rouge ne peut cependant pas confirmer la rumeur que Philippe Val, Claude Imbert et André Glucksmann ont été invités.

NOUVEAU (dans Socialist Worker (Etats-Unis)) Des activistes américains perturbent la semaine de l'islamophobie ...

Un article de Georg Klauda (octobre 2007) : With islamophobia against homophobia ?

Islamophobia has, at least in this country [GERMANY], its relevance not as a mass phenomenon, but as an elite discourse, which, shared by considerable numbers of leftist, liberal, and conservative intelligentsia, makes possible the articulation of resentments against immigrants and anti-racists in a form which allows one to appear as a shining champion of the European enlightenment.

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15 août 2007

 

Mark Steel: Atheists and believers have got religion wrong

Un article décapant et à mourir de rire sur un sujet sérieux, qui d'autre que Mark Steel dans The Independent ? C'est aussi un exemple brillant de la méthode marxiste appliquée à la religion. De quoi confirmer mon idée un peu chauvine que la principale faiblesse de la gauche française (particulièrement sa chapelle "républicaine") est son étonnant manque d'un sens de l'humour. Si vous ne comprenez pas l'anglais, prenez des cours tout de suite.
If you start from the point that circumstances drive ideas, then as a non-Muslim you can engage with Muslims in discussing how to deal with George Bush's Project for the American Century.

If you start from the point of view that all religion is nutty, you've got nothing more to say to a Muslim than, "How can a mountain move, you idiot?"

There's a modern brand of militant atheist that can appear horribly smug and superior. It's an attitude that can be summed up as, "Aren't religious people stupid? All over Africa they're stupid, and the Middle-East. And the Romans, believing in all those two-headed animals, the morons. Aristotle with his unmoved moving God, as if. Descartes, Isaac Newton, Bob Marley, they all fell for it. In fact everyone who ever lived up to about 1800, and most people since then have been stupid stupid stupid."


Pays-Bas: un député veut interdire le Coran

Quant au député populiste de droite néerlandais, Geert Wilders, il n'a pas seulement perdu le sens de l'humour, mais, paraît-il, carrément la raison. A moins que cela ne soit une stratégie délibérée et réfléchie de faire monter la pression contre la minorité musulmane. Je penche pour la deuxième explication - et je parie que notre "intelligentsia éclairée" façon Philippe Val ou Claude Imbert ne montera pas en première ligne pour dénoncer une telle intolérance.

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30 juin 2007

 

Un islamisme ouvert sur sa gauche ....

l'émergence d'un nouveau tiers-mondisme arabe ?

Depuis 2000, une phase de recomposition politique s’est ouverte dans le monde arabe, selon des rythmes et des temporalités hétérogènes selon les pays et les espaces, tirant certains traits d’union avec le passé, amenant de nouvelles
problématiques et des ruptures inédites.

Un article intéressant qui met à mal beaucoup d'idées reçues sur l'"islamo-fascisme", par Nicolas Dot Pouillard

Position du FPLP et d'autres organisations sur le conflit entre le Hamas et le Fatah

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08 avril 2007

 
José Bové : "La loi de mars 2004 (sur les signes religieux ostensibles à l'école) est une loi discriminatoire et doit être abrogée."

Dans cet entretien avec le site Oumma.com, José Bové démontre son opposition sans faille à toutes les formes de discrimination. La partie consacrée à la question de l'islam, en particulier, est remarquable (voir l'extrait ci-dessous). Il y a peu d'hommes ou de femmes politiques français(es) qui ont une position aussi claire. A comparer avec la langue de bois employée par O. Besancenot dans sa réponse à la même question.

/.../ L’islamophobie est un phénomène dont la gravité est attestée par des études de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’Homme), ainsi que par diverses organisations de défense des droits de l’Homme. Quelles dispositions comptez-vous prendre pour lutter contre l’islamophobie ?

JB - La stigmatisation des Musulmans et des populations de culture islamique est devenue un des principaux véhicules de l’idéologie et des pratiques racistes en France et dans le monde. C’est un phénomène extrêmement dangereux qui met à l’index une partie importante de l’humanité et de la population française. Ce discours favorise en plus la crispation et le repli identitaire de chacun des "camps" qu’il définit, compromettant de plus en plus les possibilités de vie commune pacifique. Il doit être combattu vigoureusement, comme doivent être combattues toutes les formes de racismes, de discrimination et d’incitation à la haine sur la base de l’origine ethnique ou culturelle, des convictions religieuses ou philosophiques, des choix et orientations sexuelles ou existentielles, du sexe ou des caractères physiques.
Il est par ailleurs impératif de défendre la séparation de l’Etat et de la religion, d’imposer le respect des droits et libertés des individus quelle que soit leur origine ou leur orientation philosophique ou religieuse, de garantir la liberté de croire ou de ne pas croire ainsi que la possibilité de pratiquer ses convictions dans des conditions dignes, d’égalité entre les cultes et de respect des droits de chacun-e. Parmi les droits les plus fondamentaux nous mettons aussi les droits à la libre expression, à la liberté de la presse, à la liberté de critiquer y compris les croyances et religions.
C’est pour cela que je tiens à ce qu’un sérieux effort soit déployé pour distinguer ceux-ci de l’incitation à la haine, de la stigmatisation et de la mise à l’index de parties de la population. Je peux dire d’ores et déjà que les caricatures des années trente présentant les juifs au nez crochus et aux airs sournois ne relèvent pas de la critique inoffensive, elles ont contribué à faire le terreau d’un racisme aux conséquences fatales. De la même manière, représenter les musulmans systématiquement comme des terroristes, des violents et des abrutis ne relève pas de la simple liberté de la presse.

La loi de mars 2004 qui bannit les signes religieux ostensibles de l’école a eu pour conséquence la déscolarisation de dizaines de jeunes filles et leur éviction du monde du travail. Quelles mesures pourrez-vous prendre pour faciliter leur réintégration dans la société ?

JB - J’ai toujours été clairement contre cette loi. Il est évident que c’est une loi qui est principalement préjudiciables aux musulmanes, en plus d’un certains nombre de Sikhs. C’est une loi discriminatoire qui doit être abrogée. Je suis, plus largement, pour une législation qui se donne les moyens de défendre effectivement le libre choix des femmes, entre autre de porter le foulard ou de ne pas le porter. Cela signifie de se donner de réels moyens d’interdire toute discrimination et tout préjudice lié au port du foulard, de se donner également les moyens d"interdire toute contrainte faite aux femmes, notamment de le porter. Les filles déscolarisées doivent bien entendu avoir à nouveau accès à l’école publique.
La légitimité du CFCM, notamment le mode d’élection de ses responsables, est aujourd’hui contestée par de nombreux citoyens français de culture musulmane. Quelle est votre opinion à ce sujet ?
JB - Les Musulman-e-s, comme les adeptes des autres religions, doivent avoir la possibilité de s’organiser afin d’organiser l’exercice de leur culte dans des conditions décentes, libres et en compatibilité avec les lois de la République. Ceci doit pouvoir se faire sans immixtion de l’Etat. Le CFCM est le fruit de négociations entre le ministère de l’intérieur et des interlocuteurs musulmans qu’il a lui-même désigné ou reconnu.
Les Musulman-e-s, comme les fidèles d’autres croyances doivent pouvoir s’organiser librement et hors d’une tutelle de l’Etat contraire au principe de laïcité. Pour que les institutions qu’ils se donnent soient reconnues comme interlocuteur par l’Etat pour l’organisation pratique du culte, il est préférable qu’elles soient réellement représentatives et transparentes. Je ne suis pas sûr que le CFCM, œuvre de Nicolas Sarkozy, corresponde à ces qualités.

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29 septembre 2006

 

RELIGION ET POLITIQUE AU BRESIL

Au Brésil, tous les candidats convoitent les voix évangéliques

Un article intéressant paru dans le Monde du 29/09/06 souligne l'importance de l'électorat évangélique au Brésil, lequel pourtant "n'est ni discipliné ni uni". Un candidat évangélique au poste de gouverneur de l'Etat de Rio déclare "je ne veux pas évangéliser la politique, je veux politiser les évangéliques".

L'article résume l'influence des évangéliques ainsi : "Les évangéliques sont très courtisés car, depuis leur entrée en politique, lors de l'Assemblée constituante de 1986, ils ont doublé leur représentation parlementaire. Au Congrès, le "Front évangélique" compte 60 députés et 3 sénateurs, répartis entre six partis. Des chaînes de télévision et des radios relaient leur action.

C'est naturellement à Rio de Janeiro que le président Luiz Inacio Lula da Silva a reçu le soutien des évangéliques. Réunis dans le temple de Santa Cruz, 1200 pasteurs, dont Marcelo Crivella, ont approuvé le pasteur Manoel Ferreira, de l'Assemblée de Dieu : "Grâce à ses origines, Lula est le candidat le plus proche des pauvres", a-t-il déclaré.

Catholique, le candidat du PT avait bénéficié des voix évangéliques pour son élection en 2002. Son vice-président, José Alencar, dirige le Parti républicain brésilien, refuge des élus de l'Eglise universelle du royaume de Dieu. Le Mouvement progressiste évangélique est représenté au gouvernement par la ministre de l'environnement, Marina da Silva. Une autre évangélique, Benedita da Silva, a été ministre des affaires sociales.

Respectés pour leur action sociale dans les favelas (bidonvilles), les évangéliques ont été associés aux programmes gouvernementaux, comme les catholiques. Une loi de décembre 2003 a assuré la pérennité des Eglises évangéliques."

Rappelons que la candidate de la gauche radicale, fondatrice du Parti du Socialisme et de la Liberté (PSOL), Héloïsa Helena, est, elle, catholique fervente.

Ce sont des éléments à mettre dans la balance quant à l'appréciation du rôle réel de la religion - si seulement nos "marxistes" français, dont les connaisances de la tradition marxiste sur ce sujet ne vont pas plus loin que quelques citations tronquées de Marx, en étaient capables.

Tout cela me rappelle l'anecdote suivante. Un jour de 2005 j'assistais à un rassemblement de la gauche du Non au Traité constitutionnel européen à République. Nous écoutions des discours et diffusaient nos tracts - essentiellemnt à d'autres militants comme d'habitude. La foule était composée, toujours comme d'habitude, d'une majorité de membres des partis de gauche et des syndicats, la quarantaine passée voire plus, et naturellement très majoritairement "blanche". Parmi eux sans doute une écrasante majorité de laïcs, dont des militants 'national-républicains' convaincus du bien-fondé de la loi contre le port des signes religieux à l'école (ou même en dehors). Le MRC et l'UFAL y tenaient d'ailleurs un stand et diffusaient leur propagande bizarre sur la prétendue menace à la sacro-sainte laïcité française que représentait le Traité constitutionnel. Non pas le "plombier polonais" mais le "catholique polonais"!

Petit à petit, le bruit d'une manifestation évangélique - cris à la gloire de Jésus et chants religieux - commença à pénétrer nos cerveaux marxistes et républicains. Les manifestants - joyeux, bruyants et bien encadrés par un SO discret - contournaient la Place et ne manifestaient aucun intérêt pour le problème du TCE et les enjeux politiques du référendum. Ils étaient jeunes, femmes et hommes, enthousiastes et très majoritairement "non-blancs" (surtout des Afro-caribbéens, mais aussi pas mal de personnes de l'Asie du Sud, des Maghrébins ...). Les participants au rassemblement pour le Non ne se sont apparemment pas intérrogés sur le fait que la manifestation religieuse était non seulement plus importante que la leur, mais sans doute plus "prolétaire" (ou en tout cas plus "populaire") - et qu'elle était composée essentiellement de personnes appartenant à ces minorités opprimées qui sont particulièrement sous-représentées, voire absente, des manifestations traditionnelles des organisations ouvrières.

Curieux et surtout voulant mieux comprendre, je me suis rapproché, paquet de tracts en main, de la seconde manifestation, sans évidemment l'intention d'intervenir, ce qui était de toute façon "impensable" pour un militant "athée et marxiste" comme moi. Seulement, quelques imbéciles anti-libéraux commençèrent à insulter les manifestants évangéliques et de les traiter de "fascistes". Hors de moi, je me suis de nouveau rapproché des manifestants et j'ai commencé à diffuser quelques tracts et à tenter de les intéresser au sujet de notre rassemblement (les incitant à voter etc.). Ce fut un geste parfaitement inutile, bien sûr, mais vu l'intolérable sectarisme de mes camarades laïcs, cela me paraissait nécessaire. Très rapidement, j'ai été poliment mais fermement pris de côté par des membres du SO évangélique, mais aussi par un membre éminent de la minorité "foulard" de la LCR, qui pensait sans doute qu'un "révolutionnaire" ne devait pas s'associer de près ou de loin avec une telle manifestation - ou peut-être il avait tout bêtement peur qu'un membre de la majorité "ni loi ni foulard" de la Ligue m'aperçoive (ce dont d'ailleurs je me fichais complètement).

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30 juillet 2006

 

MARXISME ET RELIGION (2)

Ian Birchall's article "So what is secularism ?" is a useful respone to left-wing 'secularist' arguments. 'Secularism' is an approximate equivalent to the French term "laïcité", which however can only really be understood within the specific historical and political context of the French bourgeois state. I would argue that the secular and republican ideology dominating in various degrees the French left-wing movement is at least in part a reflection of bourgeois ideology - specifically the so-called Radical-socialist current which emerged in opposition to reactionary clerical-monarchist tendencies. The working-class movement correctly at different times joined in common struggles with this current, most famously during the Dreyfus affair. However, tactical alliances are one thing - taking on board the political ideas of bourgeois tendencies is quite another.

Foulard, Laïcité et racisme par Antoine Boulangé (LCR); cette brochure peut être téléchargée ici.

MICHEL WARSCHAWSKI : Sionisme et religion (mai 2005)
À ses origines, le sionisme se veut être une alternative à la religion. Ce mouvement se développe comme une autre façon d’être juif et de traiter l’existence juive formellement, publiquement et consciemment en opposition avec les conceptions religieuses. Le monde religieux, quant à lui, réagit au sionisme d’une façon symétrique : il voit dans ce mouvement un ennemi mortel [4]. Au tournant du vingtième siècle, quand le sionisme commence à prendre forme, il n’y a quasiment pas de sionisme religieux : le sionisme est contre la religion et la religion est contre le sionisme, point, avec une exception dont je parlerai plus loin. Lire l'article ...

Marxisme et religion : Antonio Gramsci
de Michaël Löwy, février 2005

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19 juin 2006

 

MARXISME ET RELIGION (1)

Thomas Münzer, un prêtre 'révolutionnaire' qui rompt avec Luther et devient leader spritituel de la revolte des paysans en Allemagne. Son mysticisme s'accompagne d'une attitude plus que réaliste sur la nécessité de construire un rapport de force : « Le Christ à très solennellement ordonné (Saint Luc, 19,27) : saisissez-vous de mes ennemis et étranglez-les devant mes yeux... Ne nous objectez pas ces fades niaiseries que la puissance de Dieu le fera sans le secours de votre épée autrement elle pourrait se rouiller dans le fourreau. Car ceux qui sont opposés à la révélation de Dieu, il faut les exterminer sans merci de même qu'Ezéchias, Cyrus, Josias, Daniel et Elie ont exterminé les prêtres de Baal. Il n'est pas possible autrement de faire revenir l'Église chrétienne à son origine. » Lire F. Engels, La guerre des paysans en Allemagne.

INTRODUCTION
Le 'débat' dans l'extrême gauche sur la religion se réduit parfois à un dialogue de sourds. Défendre le droit à l'enseignement public des jeunes filles voilées et on est traité de "coupeur de gorges". Manifester le 8 mars avec des musulman(e)s progressistes et des féministes lancent des insultes ("ta mère aurait dû avorter!"). Considérer qu'une femme voilée puisse participer à des actions militantes aux côtés de révolutionnaires patentés 'laïcs' et c'est la crise, voire l'excommuniation. (Ce ne sont que quelques exemples vécus.) Il existe en France une véritable religion de la laïcité, ignorant tout non seulement de Marx et d'Engels (mise à part une phrase tronquée : la religion comme "opium du peuple") mais de toute une anthologie d'écrits par des théoriciens marxistes (Bernstein, Kautsky, Luxemburg, Lénine ...), des historiens (Tawney ...) et des sociologues non-marxistes (Weber ...). Cette série d'articles donnera des références pour permettre une meilleure compréhension de cette question. En quelque sorte, un retour à la tradition marxiste.

Michael Löwy, dans Karl Marx et Friedrich Engels comme sociologues de la religion (2000)démontre que la pensée des fondateurs du marxisme ne se limite pas à une attaque philosophique contre l'idéalisme réligieux mais qu'ils développent, de façon fragmentée comme dans beaucoup d'autres domaines, une analyse des rapports entre la religion et les rapports de classe à différentes époques (l'Antiquité avec le christianisme primitif, le Moyen Age avec les conflits entre l'Eglise officielle et les mouvements millénaristes, la guerre des paysans en Allemagne, la persistance d'un christianisme radical au sein du mouvement ouvrier ...). Ils ne manquent pas de souligner la nature complexe et contradictoire du phénomène religieux, source de passivité et de conformisme, mais aussi moteur de mouvements protestaires et révolutionnaires.

Claude Meunier, dans Socialisme International n° 9 (janvier 2004) : Marxisme et religion et La religion peut-elle être de gauche ? se situe sur la même ligne que Löwy, et donnent d'autres exemples de ces phénomènes.

F. Engels a dû sentir le besoin de continuer ses travaux au-delà du tombeau, car il a consacré du temps à la fin de sa vie à la question des origines du christianisme : Contributions à l'Histoire du Christianisme primitif (1894). La traduction est de Laura Marx-Lafargue.

Lénine, De l'attitude du parti ouvrier à l'égard de la religion (1909)

Rosa Luxemburg, Socialism and the Churches (1905). In this work, Luxemburg attacks the reactionary role of the clergy in contemporary Russia, and returns to the origins of Christianity, claiming that the early Christian church practised a form of communism. "But this communism was based on the consumption of finished products and not on work, and proved itself incapable of reforming society, of putting an end to the inequality between men and throwing down the barrier which separated rich from poor." In her conclusuion, she distinguishes clearly between Marxists' attitude to religious beliefs and their struggle against the political influence of the religious hierarchy : "/.../ the Social-Democracy in no way fights against religious beliefs. On the contrary, it demands complete freedom of conscience for every individual and the widest possible toleration for every faith and every opinion. But, from the moment when the priests use the pulpit as a means of political struggle against the working classes, the workers must fight against the enemies of their rights and their liberation. For he who defends the exploiters and who helps to prolong this present regime of misery, he is the mortal enemy of the proletariat, whether he be in a cassock or in the uniform of the police."

SOCIALISME ET RELIGION : Cours de Jean Longuet à l’École socialiste (1930). Longuet, qui est le fils de Jenny Marx, est considéré comme un "centriste" par les Bolcheviques. Il rejoint la SFIO maintenue (le PS) après le Congrès de Tours. Longuet partage l'opinion de la majorité des socialistes de l'époque, de Jaurès à Lénine en passant par Luxemburg, que la lutte purement anti-cléricale était une lutte bourgeoise ; que le parti devait accueillir dans ses rangs tout travailleur qui était d'accord avec son programme, qu'il soit croyant ou pas ; que les socialistes défendaient la liberté de la religion tout en combattant politiquement l'Eglise. De là, il est cependant relativement facile à glisser vers une position qui consiste à chercher des convergences entre le marxisme et les idées généreuses de certains religieux. Longuet semble également influencé par l'idée que les Bolcheviques prônaient une politique anti-religieuse autoritaire, alors que Lénine et Trotski étaient opposés à de tels excès. Il est vrai qu'en 1930, Staline est déjà au pouvoir ...

Voici un extrait de l'exposé : "Politiquement, l’Église s’est toujours opposée à l’esprit de la Révolution. Elle a soulevé la Vendée contre la République ; elle s’est associée à fond avec les réactionnaires de la Restauration ; elle a soulevé contre elle le mouvement de 1830. En 1848, quelques ministres catholiques ont paru se rapprocher du peuple ; mais tout de suite après ils ont rallié le parti de l’ordre /.../ et nous avons vu de ces prêtres plein de haine, excitant les passions pendant l’Affaire Dreyfus. Il faut tenir compte de cet état d’esprit et ne pas abandonner la revendication de la laïcité de l’école, ne pas nous laisser ravir la liberté de conscience ... mais nous ne voulons pas à notre tour nous montrer intolérants et entrer en lutte avec les idées religieuses. Notre but est la transformation sociale ; nous croyons que dans un milieu plus libre, les idées se modifient ; à l’inverse, le radicalisme [parti bourgeois anti-clérical] professe qu’il est nécessaire de modifier les idées d’abord. Il paraît impossible que le parti se place maintenant sur le terrain sur lequel se plaçait le parti blanquiste, et d’ailleurs selon le mot d’Engels «on ne saurait rendre à Dieu de plus grand service que de déclarer l’athéisme obligatoire»."

En anglais : Cliff Slaughter, Religion and Social Revolt, dans Labour Review, July 1958. Une longue critique de deux livres qui traite des bases sociales des mouvements religieux radicaux: Peter Worsley, The Trumpet Shall Sound. A study of Cargo Cults in Melanesia (MacGibbon and Kee, 1957); Norman Cohn, The Pursuit of the Millennium (Seeker and Warburg. 1957).

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