14 mai 2009
La Fédération des Femmes du Québec contre l'interdiction des signes religieux dans les services publics
Des féministes pour l'ouverture et la tolérance ...
LA FÉDÉRATION DES FEMMES DU QUÉBEC PREND POSITION – NI OBLIGATION RELIGIEUSE, NI INTERDICTION ÉTATIQUE
Québec, le samedi 9 mai 2009 – Réunies aujourd’hui en assemblée générale spéciale, à Québec, les membres de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) ont appuyé la position proposée par leur conseil d’administration sur les signes religieux. En même temps qu’elles s’opposent à l’obligation qui est faite aux femmes de porter des signes religieux ici et ailleurs dans le monde, elles s’opposent également à l’interdiction du port de cessignes au sein de la fonction et des services publics québécois. « Pas d’obligation, pas d’interdiction », de déclarer Michèle Asselin. La Fédération des femmes du Québec s’affirme pour l’intégration et pour la liberté.
Pour élaborer sa position, l’organisme féministe a abordé le sujet sous trois angles : l’analyse féministe, la discrimination que vivent les femmes immigrantes ou racisées et le modèle québécois de laïcité.
L'ANALYSE FÉMINISTE
Dans le débat autour du port de signes religieux, le foulard islamique (hidjab) revient toujours. L’analyse féministe, qui vise l’égalité entre les femmes et les hommes, ne peut ignorer l’existence d’inégalités entre les femmes elles-mêmes. On doit donc tenir compte du croisement des multiples discriminations subies par les femmes issues de groupes ethnoculturels et racisés, discriminations qui les contraignent à des situations de vulnérabilité et d’exclusion encore plus importantes que pour l’ensemble des femmes. Interdire le port de signes religieux dans les institutions publiques aurait pour effet d’augmenter la discrimination à l’égard de femmes déjà discriminées et d’entraver ainsi la poursuite de leurautonomie
financière.
« Les principes de l’analyse féministe s’appuient, entre autres, sur la nécessité de respecter le rythme, les choix, les valeurs et les besoins des femmes concernées », d’ajouter Mme Asselin.
LA DISCRIMINATION VÉCUE PAR LES FEMMES IMMIGRANTES ET RACISÉES
La Fédération des femmes du Québec est d’avis qu’interdire le port de signes religieux dans les institutions publiques aurait pour effet d’augmenter la discrimination à l’égard de femmes déjà discriminées et de les stigmatiser au sein d’autres institutions ou milieux de travail, voire dans l’espace public. Le danger est réel qu’une mesure allant dans le sens de l’interdiction provoque un renfermement sur soi, un repli identitaire, de certains groupes minoritaires dans la société. Cette ghettoïsation favoriserait le maintien de traditions d’origine souvent défavorables aux femmes et, par conséquent, contraires à l’égalité entre les femmes et les hommes. Par sa prise de position contre l’interdiction du port de signes religieux, la FFQ prône plutôt le processus d’intégration à la société d’accueil, à ses valeurs et à ses droits fondamentaux, par un véritable accès à l’emploi tant dans les secteurs public que privé.
LE MODÈLE QUÉBÉCOIS DE LAÏCITÉ
Le modèle qui prévaut au Québec en est un de laïcité ouverte, construit autour du devoir de tolérance. Il reconnaît la nécessité de la neutralité de l’État, mais aussi l’importance que plusieurs personnes accordent à la dimension spirituelle, et assure la protection de la liberté de conscience et de religion. Alors que la liberté de conscience inclut le droit de manifester sa croyance religieuse, la FFQ croit que les institutions publiques québécoises doivent permettre, autant à ses usagères etusagers qu’à son personnel, le port de signes religieux, visibles ou non. La neutralité de l’État est basée sur les actes que celui-ci réalise et non sur l’apparence des personnes qui le composent. En effet, des employées et employés pourraient faire de la propagande ou du prosélytisme tout en n’arborant aucun signe ou symbole religieux, et ainsi, nuire davantage à la neutralité de l’État.
« Les membres de la Fédération des femmes du Québec ont réaffirmé qu’elles sont pour la liberté religieuse, mais contre les intégrismes de toutes les religions. Nous entendons poursuivre sans relâche notre lutte contre les violations commises au nom des religions », de conclure Mme Asselin.
Espèrons que cette prise de position fera réfléchir leurs homologues français(e)s ...
La position de Québec Solidaire
Libellés : Canada, Femmes, Islamophobie, Multiculturalisme, Québec
18 avril 2009
Esther Benbassa : "La République doit réviser ses valeurs et assumer son multiculturalisme"
Voilà un texte frappé de bons sens !
par Esther Benbassa
L'égalité par l'" action positive "
La République doit réviser ses valeurs et assumer son multiculturalisme
Voici le nouvel épouvantail. Yazid Sabeg, commissaire à la diversité du gouvernement Sarkozy, met en émoi les républicains orthodoxes, pour qui le comptage ethnique met en danger non seulement l'article premier de la Constitution, proclamant l'indivisibilité de la République et " l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion ", mais toutes ses sacro-saintes valeurs. D'autant que M. Sabeg envisage un comptage fondé sur le " sentiment d'appartenance ".
Certes, si elle n'est pas suivie de vraies mesures concrètes visant à lutter contre les maux dont souffre la France, cette initiative, décriée pour son caractère prétendument " subjectif ", n'aura été qu'un feu de paille. En revanche, menée par des praticiens chevronnés, s'appuyant sur les outils scientifiques adéquats, elle est susceptible d'offrir une vraie radiographie du pays en la matière et de faciliter la prise de décisions efficaces.
Discrimination et racisme sont le couple infernal qui bloque la créativité de tant de pays européens, arc-boutés sur leur " aristocratie " blanche, sortie du moule, amollie par le bien-être, dominante dans les corps de l'Etat mais aussi au-delà. La France conservatrice et surtout ses élites craignent cette sève " qui en veut " et qui monte, ces enfants et petits-enfants, bel et bien français, jamais assez pourtant, susceptibles de leur contester leur place, souvent bien confortablement " gagnée ".
Les adversaires de ce comptage savent-ils seulement à quoi ressemble la France ? Celle-ci n'a-t-elle pas un urgent besoin de données concrètes et tangibles sur son présent ? La France n'est pas ce qu'elle croit qu'elle est, son identité n'a cessé de se reconstruire au fil des immigrations. Si le comptage par " sentiment d'appartenance " est subjectif, qu'est-ce donc alors que de considérer l'Autre comme pas assez français pour recevoir une éducation menant à l'ascension sociale, pour obtenir un logement hors de ce qu'on appelle les banlieues, un emploi à la mesure de ses diplômes et de ses capacités ? Ils ne sont pas " subjectifs " ces contrôles récurrents pour " délit de faciès " ?
Le " sentiment d'appartenance ", inséparable de la revendication identitaire des temps de l'individualisme triomphant, n'a pas été inventé par Yazid Sabeg, qui n'est que réaliste. Ce " sentiment " ne rend pas mauvais Français ni moins bon citoyen, et il n'a pas grand-chose à voir avec le communautarisme, autre épouvantail. Quant au concept de " diversité ", n'est-il pas d'abord un euphémisme permettant de ne pas prononcer le mot, plus effrayant, de " multiculturalisme ", qui passe pour le pire des ennemis de la République !
Et pourtant, la France, socialement, ethniquement, d'un point de vue religieux, etc., est multiculturelle. Est-ce si anormal de le constater lorsque l'on sait qu'elle est prise dans une globalisation touchant tous ses secteurs et toutes ses strates ?
L'" identité nationale " n'est qu'un leurre, puisque l'identité de la France est plurielle. Aucun musée de l'histoire de France et aucun ministère de l'identité nationale n'y pourront rien. Fort heureusement, parce que là est sa richesse. La puissance des Etats-Unis n'était pas seulement économique, elle était aussi liée à la force et à l'énergie insufflées par toutes ses vagues d'immigration. Malgré le racisme qui y a longtemps sévi, les campagnes xénophobes, les numerus clausus dans les universités, l'Amérique du Nord, elle, a fini par apprendre à combattre ses propres démons.
Barack Obama n'est pas un simple produit électoral. Il est lui, comme sa femme, l'aboutissement de ce que nous traduisons à tort par " discrimination positive " et que les Anglo-Saxons appellent " action positive ". C'est elle qui a permis à des personnes issues des groupes minoritaires et aux femmes de recevoir une éducation leur permettant d'intégrer ensuite les lieux stratégiques de la société américaine. Si elle a aussi causé quelques dégâts, ses bienfaits sont bien plus importants qu'on ne le pense.
Le comptage par " sentiment d'appartenance " permettrait aussi de saisir comment se perçoivent eux-mêmes ceux qui sont, avec pudeur, considérés comme issus de la diversité. Pas seulement de saisir comment ils sont vus par les autres. Croiser les regards pour mieux cerner ce qui ne va pas. C'est peut-être ça qui fait peur à certains : et si beaucoup de nos compatriotes, en fait, ne se percevaient pas eux-mêmes - ou pas seulement - comme simplement français ? Mais ne serait-ce pas justement une raison de plus de tenter, pour un nombre limité d'années, l'" action positive " à titre de tremplin, pour débloquer la situation ?
On a bien voté la loi sur la parité. Pourquoi ne pas voter l'" action positive " ? Curieuse idée que de croire que les Noirs, les Arabes, les Asiatiques et les autres minoritaires se substitueraient, par le seul fait d'être ce qu'ils sont, à ceux qui savent fort bien que la " blanchitude " est tout de même un bel atout. Non, c'est à mérite égal que l'" action positive " accorderait la place qui doit leur échoir à ceux qui en sont privés pour de mauvaises raisons. Ce ne serait somme toute que justice.
Il est temps de passer à l'ère des réformes, et peu importe que ses inspirateurs soient de droite ou de gauche. La France devrait sortir de sa contemplation béate devant Barack Hussein Obama. La République a besoin de bouger et de réviser ses valeurs. La liberté serait plus libre, si nous étions plus nombreux à en bénéficier, l'égalité plus égale si nous pouvions l'ériger en projet de société. Quant à la fraternité, quel beau mot, mais qui devient si laid dès que ne parlent d'elle que ceux qui se ressemblent !
Je suis femme, juive, française, plutôt blanche, franchement cosmopolite (au meilleur sens !), pas mal diplômée, j'ai aussi un accent et je suis une immigrée qui vit depuis plus de trente-cinq ans en France. Dès mon enfance, j'ai appris le français d'une maîtresse arménienne, là-bas, dans ma ville natale en Orient. J'ai été pétrie de cette culture, mais aussi de bien d'autres. Je suis de gauche, professeur d'université, j'ai passé quelques concours pour y arriver et je me sens à l'aise dans nombre de pays, y compris en France, dès que je descends de l'avion.
Mais lorsque je dois appeler le plombier, le traiteur ou je ne sais quelle froide administration, il m'arrive encore de demander à mon mari de le faire pour moi, parce que lui n'a pas cet accent - ma négritude, en quelque sorte - qui autorise, au téléphone, certains interlocuteurs à me ramener à mon statut d'" immigrée ".
Même certains de mes étudiants s'imaginent que je suis moins compétente que d'autres parce que je suis d'origine étrangère et que mon parcours est juste un peu plus sinueux que celui d'un professeur " bien de chez nous ". C'est vrai aussi de certains de mes collègues et de certains de ceux dont il m'est arrivé d'être le supérieur hiérarchique. Combien d'universitaires avec accent en France, hormis dans quelques niches ? Les pays anglo-saxons en regorgent, mais le nôtre défend ce lieu de tous les péchés de discrimination qu'est l'éducation. L'école est son étendard, l'université son temple, et les professeurs ses gardiens. N'ai-je pas entendu mes examinateurs, à l'oral d'un concours pour l'enseignement dans le secondaire, dire leur crainte que mes élèves ne finissent eux aussi par rouler leurs " r " ?
Voilà donc que, sans y prendre garde, j'ai répondu à ce questionnaire qui fait si peur. Et le " sentiment d'appartenance " que je viens d'exprimer est lui-même une question : est-on donc condamné à rester à jamais l'" immigré " de l'Autre, du Français sans tache ? Finissons-en avec cette France-là. Tentons d'oeuvrer pour une République vraiment indivisible, celle qui reconnaît l'égalité de tous ses citoyens, une France fraternelle et solidaire. Moi, l'immigrée d'origine, j'aimerai vivre alors dans cette France dont j'ai rêvé, et qui me déçoit tant depuis que j'y ai fait mes premiers pas.
Esther Benbassa, Directrice d'études à l'Ecole pratique des hautes études (EPHE)
© Le Monde
Dans la France "pays des droits de l'Homme", construire une mosquée est presque une affaire d'Etat. Voir sur le site de 2O Minutes: Obligés de tricher pour bâtir des mosquées ...
Orange: Une association musulmane doit signer une charte de 'bonne conduite' ; le terrain cédé par la municipalité est aujourd(hui en zone inondable et éloigné de la ville
Libellés : Islamophobie, Multiculturalisme
08 juillet 2008
Le débat sur le multiculturalisme au Québec
Libellés : Canada, Multiculturalisme
27 janvier 2008
Angela Davis sur Barack Obama et la diversité

Je n'ai pas de source pour le moment pour cette citation, dont j'ai fait une traduction rapide et approximative, mais je la trouve excellente. Merci au blog Histomat. (Note : En fait, la citation vient de : The Guardian, 25 janvier 2008)
"Barack Obama est devenu le symbole de la diversité dans la période actuelle, et ce qui est intéressant est qu'il n'a pas cherché à mettre la question raciale au centre de sa campagne.Angela Davis est une ancienne militante des Panthères Noires. Elle enseigne à l'University of California. Elle a eu 64 ans (est-ce possible?) hier.
Cette administration républicaine [comme le gouvernement de Sarkozy - NDLR] est la plus diverse dans l'histoire. Mais quand l'inclusion de Noirs dans la machine d'oppression est un moyen de faire tourner cette machine de façon plus efficace, cela ne représente pas du tout un progrès. Nous avons plus de personnes de couleur dans des positions plus visibles et plus puissantes. Mais nous avons aussi beaucoup plus de Noirs qui ont été poussés vers le bas de l'échelle sociale. Quand les gens demandent plus de diversité et lient cette revendication aux questions de la justice et de l'égalité, c'est très bien. Mais il y aussi un modèle de diversité comme la différence qui ne fait pas de différence, le changement qui ne change rien."
Libellés : Etats-Unis, Minorités, Multiculturalisme, Racisme
17 novembre 2007
Enquête sur la diversité : le savoir que refuse SOS Racisme
Personnellement, je n'ai pas peur de vous annoncer la couleur : Je suis blanc, d'origine européenne de l'ouest, marié, salarié du privé, athée et pour la collecte des statistiques si cela peut aider la recherche et permettre un débat sérieux sur les inégalités. Par contre, mes deux enfants sont à la fois blanche et noire, d'origine européenne de l'ouest et antillaise, de culture anglaise et française. Curieux, non ?
Je suis originaire de Birmingham, une ville anglo-irlando-antillo-indo-pakistano-bengalaise (et j'en passe), qui est mieux connue pour la cuisine cachemiraise 'balti' que pour ses équipes de foot (plutôt moyennes). Et je réside à Saint-Denis (vous savez, la ville ou l'équipe du Maroc a joué à domicile hier soir contre les vaillants visiteurs français - buts du noir Govou et de l'arabe Nasri).
Donc, c'est pour vous dire que collecter des statistiques sur les origines ethniques et l'identification nationale, culturelle ou religieuse de la population d'une société aussi diverse et métissée que la notre non seulement ne me choque pas, mais me semble la moindre des choses. D'ailleurs, dans le monde, cela ne choque que certains habitants du village gaulois.
Il ne s'agit bien évidemment pas de "ficher" qui que soit, et si quelqu'un ne veut pas se définir en termes ethniques ou révéler ses convictions personnelles, il doit en avoir le droit.
Dramatiser la question de l'identité culturelle ou de l'appartenance à une "communauté" - le fameux communautarisme qui donne des cauchemars à nos hussards "républicains" -, comme s'il s'agissait d'une question de vie ou de mort pour un modèle français que le monde entier nous envie (sic), revient à défendre le statu quo inégalitaire et discriminatoire.
Voici un texte signé par un grand nombre de chercheurs français et étrangers ...
qui répond partiellement à ces questions ...
/.../ Il ne s’agit nullement « d’enfermer » les personnes interrogées dans des « catégories ethno-raciales », il ne s’agit nullement de recenser les personnes selon leur origine, de faire des « statistiques ethniques » mais plutôt d’évaluer, de mesurer la place de l’ethnicité dans la définition de soi, dans l’assignation à une différence non revendiquée et dans les trajectoires socio-professionnelles. Libre à la personne interrogée de répondre ou de ne pas répondre, de se sentir ou non discriminée en raison de sa couleur de peau ou de sa religion, de mettre en avant plutôt le fait d’être une femme, ouvrière ou employée, trentenaire, ou habitant en banlieue, ou tout ça à la fois !
En effet, nous avons tous et toutes non pas une identité, mais plusieurs, et il n'y aucune raison d'en gommer sous le prétexte - complètement hypocrite en l'occurrence - que "nous sommes tous des enfants de la République".
Le Conseil Constitutionnel, en validant le principe des tests ADN et invalidant la collecte et la publication des statistiques ethniques, a tout faux. Et même Le Monde est d'accord avec moi ...
L'étrange carrière de SOS Racisme, par Pap N'Diaye
L’appel de "SOS racisme" contre les "statistiques ethniques" suscite des réactions d’indignation très nombreuses chez les chercheurs et au-delà, chez celles et ceux qui souhaitent que la connaissance des discriminations s’améliore avec les outils nécessaires. Tout se passe comme si la priorité de "SOS racisme" consistait non point à lutter contre les discriminations, comme on pourrait le croire, mais à batailler contre les chercheurs et les associatifs qui veulent factualiser les discriminations pour mieux les réduire.
Libellés : Multiculturalisme
02 octobre 2007
La trahison des intellectuels antiracistes
Pas surprenant, donc, que le nouveau premier ministre Gordon Brown puisse se permettre de se vanter devant le congrès du parti travailliste de sa lutte pour "des emplois britanniques pour des travailleurs britanniques". La dernière fois que j'ai entendu ce slogan, cela venait de la droite de la droite britannique dans les années 1970.
Cet article fait référence à la Grande-Bretagne, mais nos propres Philippe Val et autres André Glucksmann se reconnaîtront.
Libellés : Multiculturalisme, Racisme
22 août 2007
Rachida, Fadela, Rama et les autres, ou l'éloge de la « diversité » en politique.
Le hasard a fait que je viens de lire un excellent article en anglais du non moins excellent journaliste américain (et noir), Gary Younge, qui écrit régulièrement dans The Guardian de Londres. L'article s'intitule Melanin and mammaries : Have centuries of struggle come to this?
Younge met le doigt sur les limites de ce qu'on appelle dans les pays anglophones "la politique de l'identité". Aux Etats-Unis, inspirés par la campagne de Barack Obama pour la candidature démocrate à l'élection présidentielle de 2008, de jeunes Noirs portent des T-shirts avec le slogan "Futur président des Etats-Unis". La réalité est qu'Obama rentre très bien dans le moule d'un Establishment démocrate qui n'a rien fait pour sortir les minorités discriminées des Etats-Unis d'une situation sociale catastrophique où, par exemple, un homme noir sur trois se retrouvera un jour en prison. Ce serait plus juste (mais évidemment psychologiquement trop dur) d'arborer le slogan "Futur détenu".
Younge établit également un parallèle avec la candidature de Hillary Clinton, "championne" des femmes. Rien n'a été accompli pour la libération des femmes et l'émancipation des Noirs, dit très justement Gary Younge, sans des luttes menées par les intéressés eux-mêmes.
Younge fait également une remarque très juste sur la politique américaine qui s'applique parfaitement à la situation française. Quand il s'agit de promouvoir quelques représentants des minorités discriminés, ou quelques femmes, pour donner l'impression qua la question "ethnique" ou celle du rôle subordonné des femmes est réglée, écrit-il, la droite est souvent plus forte que la gauche (sous-entendu, la gauche "réaliste"). A nous de faire en sorte que la superchérie ne marche pas, en construisant une gauche de lutte de classe qui intègre le combat contre toutes les discriminations, en actes et pas seulement en paroles.
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Monique Crinon ...
Et voilà, la baguette magique républicaine universaliste a encore opéré un de ses fameux tours de passe passe ! Il n‘est plus question de femmes issues de l’immigration, de beurettes, de xième génération, non, l’heure est à la diversité.
Juste un commentaire, « diversité » a bien quelque chose à voir avec variété non ? Voilà qui rime bien avec les paillettes de ce gouvernement champion de la communication. En des temps pas si anciens, on collait un ouvrier, juste pour donner à penser que oui bien sûr l’égalité existait ou, au minimum, la machine à promotion sociale fonctionnait. Bon, il est vrai que c’était moins chatoyant (mais au fait combien de prolos au gouvernement ?)
Nous avons eu, avons encore, le même scénario avec les femmes, qu’on se souvienne de la malheureuse Édith Cresson emblématique Première ministre, juste le temps de démontrer qu’elle n’en avait pas assez…, et que l’erreur de casting était sérieuse.
De qui se moque-t-on avec ce genre de cirque médiatique ? Des discriminé-e-s justement qui disparaissent derrière des éléments de décors et d’apparat républicain. Le tour est joué, car il n’est désormais plus possible de parler d’égalité, le débat est clos une fois pour toute : que les femmes se taisent, elles sont au gouvernement, que les Noirs et les Arabes la bouclent, ils sont au gouvernement, et s’il n’y en a pas plus eh bien c’est qu’ils ne sont pas assez nombreux à avoir mérité d’y être !
Bref, la question n’a plus de pertinence politique. Dès lors, finies les luttes contre les discriminations, elles sont le fait de losers, de paumés et d’inadaptés sociaux, le discours est clair : ceux qui veulent véritablement s’intégrer y parviennent, c’est affaire de mérite et de volonté.
Les « gens de peu » paient d’un prix élevé les silences de la gauche sur la nature des inégalités et des discriminations, la stratégie des politiques sociales et de la politique de la ville qui font de chaque famille « en difficulté » un « cas » abordé en recourant à un discours psycholéagineux qui, en dernière instance, fait porter aux victimes des iniquités sociale et économique la responsabilité de leur situation.
Et les tournants pris par la politique de la ville n’ont cessé de conforter cette approche, qu’il s’agisse de la réussite dite éducative et scolaire ou de l’accès à l’emploi. On parle de parcours (du combattant ?) en matière d’accès à l’emploi et de réussite éducative. Il n’est donc plus question de s’affronter à la nature profondément ethno centrée et bourgeoise des enseignements, ni à la discrimination patente opérée par les employeurs. Il est question désormais d’aider les victimes à résoudre leur « mal être », à améliorer leur « comportement » au moment de l’embauche, et, si besoin est, à se couper de parents potentiellement dangereux pour l’intégration. C’est à ce qu’il y a de plus intime, de plus sacré, à la psyché qu’on s’attaque.
De qui se moque t-on encore une fois, des discriminé-e-s, ai-je dit, mais aussi de nous tous-tes, de celles et ceux qui se battent contre les plafonds de verre qui verrouillent et compartimentent la société. C’est un discrédit global sur l’histoire des luttes , de toutes les luttes présentées désormais comme des freins aux réussites personnelles.
Ce gouvernement, derrière les paillettes qu’il agite sous le regard ébaubi de la population, est le chantre et le metteur en scène d’une idéologie dont la boussole première est l’individualisme d’acteurs centrés sur leurs seuls destins. Dans ce cadre, l’individu est forcément libre, égal en droit et (potentiellement) en fait. Quand cette égalité n’est pas avérée, l’individu, qui avait le choix, ne saurait s’en prendre qu’à lui….voire à celles et ceux qui, comme nous, croient encore à l’existence et à la malignité de dominations sociales et économiques délibérément maintenues.
Libellés : Etats-Unis, Femmes, Multiculturalisme, Racisme
15 juin 2007
Les Afrodescendants du Venezuela

Le mot noir ou noire pour faire référence à une personne de couleur est très souvent utilisé dans notre pays [le Venezuela], avec différentes connotations évidemment, certaines basées sur l'affection, d'autres sont péjoratives, racistes. De toute manière, ce terme si populaire comporte des caractéristiques très peu affables, qui excluent délibérément ou non. Depuis l'arrivée du président Chávez au pouvoir, un sujet tabou comme celui du racisme a pris sa place et est devenu un sujet actuel de base dans le débat général. Pour ces raisons et dans le cadre du mois du fait Afrovénuézélien, terme propice et bien mérité par cette grande partie de la population de notre pays, la jeune directrice des relations avec les communautés afrodescendantes, Marizabel Blanco, évoque avec nous la façon dont persistent les marques d'une déformation de l'esprit qui souille notre mélange particulier, et nous fait pénétrer dans une série de projets qui ont pour objectif, sous l'impulsion du président Chávez, de revendiquer et d'exalter la valeur de nos populations noires, de nos afrodescendants.
Lire l'entretien ...
Libellés : Amérique du Sud, Black History, Multiculturalisme, Racisme, Venezuela
08 avril 2007
Dans cet entretien avec le site Oumma.com, José Bové démontre son opposition sans faille à toutes les formes de discrimination. La partie consacrée à la question de l'islam, en particulier, est remarquable (voir l'extrait ci-dessous). Il y a peu d'hommes ou de femmes politiques français(es) qui ont une position aussi claire. A comparer avec la langue de bois employée par O. Besancenot dans sa réponse à la même question.
/.../ L’islamophobie est un phénomène dont la gravité est attestée par des études de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’Homme), ainsi que par diverses organisations de défense des droits de l’Homme. Quelles dispositions comptez-vous prendre pour lutter contre l’islamophobie ?
JB - La stigmatisation des Musulmans et des populations de culture islamique est devenue un des principaux véhicules de l’idéologie et des pratiques racistes en France et dans le monde. C’est un phénomène extrêmement dangereux qui met à l’index une partie importante de l’humanité et de la population française. Ce discours favorise en plus la crispation et le repli identitaire de chacun des "camps" qu’il définit, compromettant de plus en plus les possibilités de vie commune pacifique. Il doit être combattu vigoureusement, comme doivent être combattues toutes les formes de racismes, de discrimination et d’incitation à la haine sur la base de l’origine ethnique ou culturelle, des convictions religieuses ou philosophiques, des choix et orientations sexuelles ou existentielles, du sexe ou des caractères physiques.
Il est par ailleurs impératif de défendre la séparation de l’Etat et de la religion, d’imposer le respect des droits et libertés des individus quelle que soit leur origine ou leur orientation philosophique ou religieuse, de garantir la liberté de croire ou de ne pas croire ainsi que la possibilité de pratiquer ses convictions dans des conditions dignes, d’égalité entre les cultes et de respect des droits de chacun-e. Parmi les droits les plus fondamentaux nous mettons aussi les droits à la libre expression, à la liberté de la presse, à la liberté de critiquer y compris les croyances et religions.
C’est pour cela que je tiens à ce qu’un sérieux effort soit déployé pour distinguer ceux-ci de l’incitation à la haine, de la stigmatisation et de la mise à l’index de parties de la population. Je peux dire d’ores et déjà que les caricatures des années trente présentant les juifs au nez crochus et aux airs sournois ne relèvent pas de la critique inoffensive, elles ont contribué à faire le terreau d’un racisme aux conséquences fatales. De la même manière, représenter les musulmans systématiquement comme des terroristes, des violents et des abrutis ne relève pas de la simple liberté de la presse.
La loi de mars 2004 qui bannit les signes religieux ostensibles de l’école a eu pour conséquence la déscolarisation de dizaines de jeunes filles et leur éviction du monde du travail. Quelles mesures pourrez-vous prendre pour faciliter leur réintégration dans la société ?
JB - J’ai toujours été clairement contre cette loi. Il est évident que c’est une loi qui est principalement préjudiciables aux musulmanes, en plus d’un certains nombre de Sikhs. C’est une loi discriminatoire qui doit être abrogée. Je suis, plus largement, pour une législation qui se donne les moyens de défendre effectivement le libre choix des femmes, entre autre de porter le foulard ou de ne pas le porter. Cela signifie de se donner de réels moyens d’interdire toute discrimination et tout préjudice lié au port du foulard, de se donner également les moyens d"interdire toute contrainte faite aux femmes, notamment de le porter. Les filles déscolarisées doivent bien entendu avoir à nouveau accès à l’école publique.
La légitimité du CFCM, notamment le mode d’élection de ses responsables, est aujourd’hui contestée par de nombreux citoyens français de culture musulmane. Quelle est votre opinion à ce sujet ?
JB - Les Musulman-e-s, comme les adeptes des autres religions, doivent avoir la possibilité de s’organiser afin d’organiser l’exercice de leur culte dans des conditions décentes, libres et en compatibilité avec les lois de la République. Ceci doit pouvoir se faire sans immixtion de l’Etat. Le CFCM est le fruit de négociations entre le ministère de l’intérieur et des interlocuteurs musulmans qu’il a lui-même désigné ou reconnu.
Les Musulman-e-s, comme les fidèles d’autres croyances doivent pouvoir s’organiser librement et hors d’une tutelle de l’Etat contraire au principe de laïcité. Pour que les institutions qu’ils se donnent soient reconnues comme interlocuteur par l’Etat pour l’organisation pratique du culte, il est préférable qu’elles soient réellement représentatives et transparentes. Je ne suis pas sûr que le CFCM, œuvre de Nicolas Sarkozy, corresponde à ces qualités.
Libellés : Islam, Multiculturalisme, Racisme, Religions
30 mars 2007
Alain F**k**t contre la société multiculturelle
Mais quand est-ce qu'on va arrêter d'appeler ce pauvre type un 'philosophe' ?
Lire Le Monde du 29.03.07 ...
PS Je viens d'écouter De Villiers qui parle de "reconquête des territoires de la république" et fustige à son tour la société multiculturelle. Du Finkel***t tout craché. On comprend maintenant pourquoi le grand intellectuel français souvent invité par les médias et conscience de la nation hésite à appeler à voter pour Sarkozy - il doit pencher encore plus à droite qu'on ne croyait.
Pour Fink**kr**t, José Bové est un "monstre" !
Dans la série, quelques bonnes raisons de voter pour José Bové, nous avons retrouve la "chose" suivante, dans un texte écrit en 2002 par le plus brilliant des "penseurs" français (avec Pascal Sevran) :
Camus le disait : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Des gens qui soutiennent inconditionnellement, les yeux fermés, la cause palestinienne, ne sont pas des pacifistes. Ils acceptent le terrorisme et lui donnent soit le nom usurpé de désespoir soit le nom odieux de résistance. Ce pacifisme est un premier mensonge. Le deuxième mensonge, ce sont les mots utilisés par José Bové : « rafles », « camps d’internement », « miradors », pour parler de ce que fait l’armée israélienne, c’est-à-dire des mots qui impliquent une comparaison avec le nazisme. Enfin, le pire, ce sont les déclarations du chef de file du mouvement antimondialisation à la télévision, selon lesquelles les attentats, les agressions antisémites en France, étaient peut-être imputables au Mossad.
L’homme qui fait des sauts de puce de Seattle à Porto Alegre et de Porto Alegre à Ramallah, ce n’est pas Astérix, c’est Touristix. José Bové, c’est le tourisme érigé en politique. Dans un premier temps, on dit : les Israéliens sont des nazis, et tous les Juifs qui les soutiennent aussi. Dans un deuxième temps, une fois qu’on a nazifié les Israéliens, on reverse sur Israël l’image de la pieuvre ou de l’araignée et le discours paranoïaque des Protocoles des Sages de Sion : ce sont les Juifs qui tirent tous les fils. On nous dira demain qui paye les bombes humaines pour légitimer leur répression.
Là-dessus, il faut donc être très clair : soit José Bové est désavoué par le mouvement antimondialisation, la Confédération paysanne, ATTAC et Le Monde diplomatique, soit nous pouvons tenir ces mouvements pour comptables de ses discours et affirmer que l’antisémitisme de demain viendra de ce camp-là.
C’est le progressisme aujourd’hui qui est en train d’engendrer les monstres. José Bové est l’un de ces monstres, et il n’est pas le seul. Il y a eu cet autre José, José Saramago, qui a comparé l’occupation de la Palestine à Auschwitz. Il a été désavoué par ses compagnons du Parlement international des écrivains. Mais qu’ont fait ces derniers ? Ils ont sommé la directrice de France Culture de désinviter Élie Barnavi, représentant d’un gouvernement « terroriste, néofasciste et nazi », à une émission à laquelle ils devaient participer. Laure Adler n’a pas cédé : Juan Goytisolo a donc refusé de s’asseoir à la même table que l’ambassadeur.
On pourrait vivre avec la violence des banlieues. Mais qu’à cette violence s’ajoute celle d’un discours qui nous dit : « Soit vous vous désolidarisez d’Israël et vous épousez complètement la cause palestinienne, soit vous êtes des nazis et vous en payerez les conséquences », c’est accablant. Le XXIe siècle est en train de nous coudre sur la poitrine une croix gammée à la place de l’étoile.
Libellés : Multiculturalisme
26 décembre 2006
La France et son modèle d'"intégration républicaine"
Doudou Diène, rapporteur des Nations unies sur la xénophobie, revient sur les propos de Pascal Sevran : «C'est le signe de la lepénisation des esprits». Par Thomas HOFNUNG, Libération, mardi 26 décembre 2006Les races n’ont pas d’existence scientifique. Mais la croyance dans leur réalité, forgée par des siècles de pensée européenne sur la question, leur a malheureusement conférée une puissance de feu sociologique et politique, dont nous mesurons chaque jour les conséquences. L’exercice est donc difficile. Il faut tout à la fois combattre la pensée de la race, et ne pas taire les discriminations raciales qui ont lieu dans notre pays. La voie est étroite. Mais comment nier que la couleur de la peau d’un individu détermine aujourd’hui son vécu social. Je ne fais donc pas la promotion du Cran, mais appuie toute organisation qui vise à la fois à déconstruire les schémas racistes et à agir concrètement pour le dépassement des discriminations. En outre, je ne suis pas dupe du petit jeu qui consiste à faire des discriminations un thème à la mode, celui-ci venant dans l’esprit de nombre de ses promoteurs se substituer à la question sociale. Le débat sur l’identité française ne peut se réduire à une confrontation nécessaire sur le thème de la diversité, elle doit aussi remettre en chantier la question de notre modèle social, puisque c’est de lui que découle la manière dont nous pourrons vivre ensemble.
/.../ Que pensez-vous du modèle d'intégration républicaine à la française ?
C'est de la rhétorique nationale. La France refuse de se doter d'une des armes majeures du combat contre le racisme : reconnaître le critère ethnique pour pouvoir analyser et avoir une image claire du racisme. Elle devrait se saisir d'instruments statistiques pour mesurer les discriminations dont sont victimes ces communautés. L'idéologie républicaine est devenue un dogme qui masque la réalité profonde du racisme en France.
Etes-vous favorables à la discrimination positive ?
En France, on a ce que j'appelle une intégration strip-tease : le demandeur d'asile est censé se dénuder à la frontière de toute spécificité culturelle, religieuse et si possible ethnique avant de revêtir le manteau de la République. Cette conception reflète un refus de la diversité culturelle, ce qui est d'autant plus étonnant de la part d'un pays qui a joué un rôle fondamental dans l'adoption de la Convention de l'Unesco sur le sujet. Paris prône la diversité sur le plan international mais la refuse sur le plan interne. Quand la carte de la marginalisation sociale, économique et politique correspond à la carte ethnique et/ou religieuse, la seule mesure permettant d'inverser le cours des choses, c'est la discrimination positive.
La question noire s'invite dans la campagne. Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) créé à la fin de l'année dernière, dans la foulée des émeutes en banlieue de novembre 2005, pour combattre le racisme antinoir adressera un questionnaire sur ce thème aux candidats à l'Elysée, avant de s'engager au côté de quiconque. Histoire d'augmenter la pression sur les responsables politiques à quelques mois des échéances présidentielle et législatives (Libération du 18 décembre).
Ainsi, interrogé sur l'éventuelle présence d'un candidat noir dans la course à l'Elysée, le président du Cran, Patrick Lozès, affirme dans un entretien paru dimanche dans le Parisien : « Nous n'excluons rien. » Il indique aussi que cette interpellation aux politiques sera adressée sans tarder à « l'ensemble des candidats républicains », « d'Arlette Laguiller à Villiers ». « Mais pas à Le Pen, explique-il, car nous considérons que le FN a pris la France en otage depuis plus de vingt ans en disant qu'il y avait un petit gâteau à partager et qu'il fallait le protéger d'envahisseurs imaginaires. » Tous les postulants à l'Elysée sont priés de répondre avant le 15 février.
Pour Patrick Lozès, il s'agit de leur demander « ce qu'ils ont l'intention de faire pour répondre à une demande de justice et d'égalité qui ne cesse de s'amplifier ». Le président du Cran précise : « En fonction des réponses, nous déterminerons notre stratégie. » A ses yeux, l'Assemblée nationale est « le modèle caricatural d'un communautarisme que personne ne dénonce : celui des hommes blancs de plus de 50 ans, bourgeois et hétérosexuels.
Cette minorité en France détient une majorité écrasante au Palais-Bourbon comme dans les conseils d'administration. Et ceux qui en font partie ne se posent jamais la question de savoir s'ils n'utilisent pas les lois de la République à leur entier bénéfice. Or c'est le cas ».
En matière de représentation de la diversité française, « les partis méritent un zéro pointé », estime encore Patrick Lozès. Et aux prochaines élections « le compte n'y sera pas ».
Par Stéphanie PLATAT, Libération, mardi 26 décembre 2006 (avec AFP)
Pour une fois qu'on peut être d'accord avec Laurent JOFFRIN (Libération, 18/12/06) :
"/.../ Les Noirs protestent ? Les enfants d'Africains sont mécontents ? Les Antillais manifestent ? Communautarisme ! Il faut donc revenir sur ce mot-valise qui reviendra comme un leitmotiv dans la campagne présidentielle. /.../
[E]n quoi les associations noires, qui demandent une meilleure représentation au sommet de la société et récusent la discrimination qui les frappe, sont-elles « communautaristes » ?
En quoi l'exigence d'une histoire nationale qui fasse droit à leur propre histoire, à la mémoire des crimes qui les ont frappés, est-elle menaçante ? La République reconnaît le droit d'association. Si les Africains ou les Antillais veulent s'associer pour défendre leurs intérêts, qui peut les blâmer ? N'ont-ils pas motif à se plaindre ? Il arrive un moment où la dénonciation rituelle du « communautarisme » est surtout l'expression d'un communautarisme blanc. Non, les minorités qui s'organisent dans le cadre des lois ne sont pas menaçantes. Elles exercent leurs droits. Voilà tout."
Racisme. Pap N'Diaye, historien et chercheur à l'EHESS, sur les stéréotypes raciaux : «Un héritage de la période coloniale»
Par Catherine COROLLER, Libération 18 décembre 2006
/.../ Les stéréotypes raciaux décrivent deux figures de Noirs. Le plus fréquent est la figure du «tirailleur», qui les présente comme de grands enfants rieurs, joyeux, pas malins mais sympathiques, d'une intelligence faible mais forts physiquement, bons soldats à condition d'être bien commandés, résistants, type «Y'a bon Banania». C'est un racisme bonasse, condescendant, pas haineux. /.../ L'autre figure racialisée du Noir est celle du «sauvage», violent, incontrôlable, hors civilisation, d'une sexualité débridée. Ce stéréotype est réapparu lors de la crise des banlieues ou lorsque des jeunes casseurs noirs ont commis des agressions dans les cortèges des manifestations anti-CPE. /.../ Ces répertoires racialisés sont hérités de la période coloniale et font preuve d'une remarquable résistance. La fin de l'esclavage, puis de la colonisation n'a pas chassé les stéréotypes raciaux. Même s'ils s'expriment de nos jours sous une forme plus atténuée, ils semblent insubmersibles.
/.../ Les discours racialisés ne se corrèlent pas mécaniquement à des violences racistes qui viseraient les Noirs. Ils sont souvent perçus comme trop inférieurs pour être réellement menaçants. Ils sont beaucoup moins victimes d'agressions que les Maghrébins. Les deux tiers des injures, menaces, violences visent des Nord-Africains.
/.../On assiste à un phénomène concomitant : l'émergence, vingt ans après la question Beur, de la question noire, et le regain d'une expression raciste. On voit apparaître des organisations associatives noires, des journalistes noirs à la télévision. Cela suscite des inquiétudes et, parfois, des dérapages racistes. Mais c'est un fait positif pour la démocratie française que les minorités visibles s'organisent, non pas pour faire valoir des particularismes, mais des souffrances spécifiques liées à la racialisation et des demandes de lutte efficace contre les discriminations raciales.
/.../Les populations noires estiment que les discriminations dont elles sont l'objet ne sont pas suffisamment prises en compte. Si en plus on ressasse les vieux répertoires racistes, cela ne peut que les blesser. Ceci dit, les propos de Sevran ou de Frêche ont suscité une forte réprobation de l'ensemble de la société. Sevran a reçu un «sévère avertissement» de France 2. Je regrette que Georges Frêche soit encore membre du PS. Mais je constate qu'il est près de la porte de sortie.
Entretien de Ramon Grosfoguel, Professeur à l'Université de Californie à Berkeley sur Oumma.com (26/12/06)
"Il me semble que le système français incarne de manière extrême l’universalisme le plus abstrait qui reflète « une colonialité du pouvoir à la française ». Contrairement aux discours ambiants, le communautarisme en France est surtout un communautarisme blanc, masculin et élitiste. Les instances de pouvoir, qu’il soit politique (Parlement…) ou économique (grandes entreprises) sont tenues par le même groupe qui ne cesse de reproduire ses privilèges.
Le paradoxe, c’est qu’on taxe certains groupes ethniques de communautarisme alors qu’on ne leur laisse pas de véritables moyens d’accéder à certaines sphères socio-économiques. Ils ont beau subir de multiples discriminations à l’école ou au travail depuis des décennies, leur capacité à se défendre est très limité. Les émeutes d’octobre 2005 illustrent l’impasse dans laquelle se trouve le système français qui proclame d’un côté une égalité théorique et qui de l’autre échoue à imposer une réelle égalité des chances."
Libellés : Multiculturalisme, Racisme
29 octobre 2006
Interview : A Sivanandan sur l'attaque néo-libérale contre la diversité culturelle
A. Sivanandan, né à Sri Lanka, est un auteur et activiste qui vit et milite en Angleterre depuis 1958, l’année des émeutes raciales du quartier de Notting Hill à Londres. Il est le fondateur de la revue Race and Class et directeur de l’Institute of Race Relations (1) à Londres.
Pour Sivanandan,
"La meilleure façon de comprendre la montée du racisme anti-musulman est de la considérer comme une tentative de punir ceux qui résistent la politique impérialiste du gouvernement britannique.Lire l'interview ...
Les racistes mènent leur bataille sur le terrain de la religion, mais leur véritable objectif et de confronter et battre les opposants à l’impérialisme.
En Grande-Bretagne, cette bataille prend aujourd’hui la forme d’une attaque contre le multiculturalisme – une politique qui a fait consensus pendant plus de 30 ans. /.../"
Libellés : Multiculturalisme, Royaume-Uni
26 septembre 2006
Critique des attaques sarkoziennes contre le bilinguisme des enfants d’immigrés
Contact : lesprofsindigenes@hotmail.fr
Libellés : Multiculturalisme

