19 février 2008
"Ce n'est pas l'islam qui envahit l'espace public, c'est la haine de l'islam"
Peu de journalistes ou personnalités, même de la 'gauche de la gauche', ont le courage de Denis Sieffert (rédacteur en chef de l'hebdomadaire Politis) quand il s'agit d'aller à contre-courant du 'consensus républicain'. En voilà un excellent exemple: Sur l’affaire Ayaan Hirsi Ali : Manipulations antilaîques
Ce n'est évidemment pas un hasard si c'est Rama Yade qui a été promue défenseuse en chef de cette réactionnaire, proche des néo-conservateurs américains. "La jeune femme" (comme les vieux journalistes hommes aiment bien l'appeler) dit qu'on ne doit pas la considérer comme une représentante des minorités visibles, mais plutôt comme quelqu'un avec des idées politiques de droite. Elle a bien raison - sauf que pour nous ce sont précisément ses idées de droite qui posent problème.
Le grand problème avec son argument, cependant, est qu'elle a bien une fonction en tant que femme noire dans la machine idéologique sarkozyste - celle de donner un air d'antiracisme et de féminisme à un gouvernement qui fixe des quotas de déportations, criminalise la révolte des jeunes, court après l'administration Bush, loue le rôle des autorités religieuses, accorde des avantages fiscaux aux plus riches, s'attaque aux retraites des travailleurs ...
Mais sans doute elle s'en fiche. Après ses sorties récentes pour défendre Nicolas Sarkozy là où même de nombreux membres de sa propre majorité expriment des doutes on peut lui prédire une promotion rapide.
DERNIERE : Rama Yade, atteinte de la folie, accuse la gauche de s'en prendre à elle "parce qu'[elle est] noire" ...
Sur le blog de Michel Soudais, de Politis, un témoignage accablant sur le comportement de 'petite cheffe' de Rama Yade :
NOUVEAU (26/02/08) Des députés danois protestent contre l'éventuel remplacement d'un député d'extrême gauche par sa suppléante voilée. J'ai envie de popser la question autrement. C'est pour quand, un parlement (en France par exemple) à l'image de la population ?
En France, des centaines de milliers de « musulmans d’origine » ont pris depuis belle lurette leurs distances avec la religion sans pour autant être la cible de « fatwas ». Elle a manié la provocation, qui, dans un domaine aussi sensible, ne peut guère conduire qu’à cet affrontement dont rêvent ses amis de l’American Enterprise Institute et les hôtes empressés de son escale parisienne. Cela dit, le mal étant fait, il faut évidemment protéger cette jeune femme. Mais, de grâce, cessons de l’exposer comme un parangon de vertu laïque. La laïcité, c’est d’abord une certaine discrétion. La loi de 1905 a organisé espérons-le définitivement la séparation entre les espaces public et privé. Or, dans cette affaire, ce n’est pas l’islam qui envahit l’espace public, mais la haine de l’islam. Et cela par tous les artifices de la publicité.
Ce n'est évidemment pas un hasard si c'est Rama Yade qui a été promue défenseuse en chef de cette réactionnaire, proche des néo-conservateurs américains. "La jeune femme" (comme les vieux journalistes hommes aiment bien l'appeler) dit qu'on ne doit pas la considérer comme une représentante des minorités visibles, mais plutôt comme quelqu'un avec des idées politiques de droite. Elle a bien raison - sauf que pour nous ce sont précisément ses idées de droite qui posent problème.
Le grand problème avec son argument, cependant, est qu'elle a bien une fonction en tant que femme noire dans la machine idéologique sarkozyste - celle de donner un air d'antiracisme et de féminisme à un gouvernement qui fixe des quotas de déportations, criminalise la révolte des jeunes, court après l'administration Bush, loue le rôle des autorités religieuses, accorde des avantages fiscaux aux plus riches, s'attaque aux retraites des travailleurs ...
Mais sans doute elle s'en fiche. Après ses sorties récentes pour défendre Nicolas Sarkozy là où même de nombreux membres de sa propre majorité expriment des doutes on peut lui prédire une promotion rapide.
DERNIERE : Rama Yade, atteinte de la folie, accuse la gauche de s'en prendre à elle "parce qu'[elle est] noire" ...
Sur le blog de Michel Soudais, de Politis, un témoignage accablant sur le comportement de 'petite cheffe' de Rama Yade :
"Capable de dire une chose et son contraire, d’embellir la réalité, de s’imposer face à une élue qui ne voulait pas de son parachutage, comme de se poser en victime, la benjamine du gouvernement a tout d’une grande. J’entends par là tous les atouts pour faire une carrière à l’UMP."
NOUVEAU (26/02/08) Des députés danois protestent contre l'éventuel remplacement d'un député d'extrême gauche par sa suppléante voilée. J'ai envie de popser la question autrement. C'est pour quand, un parlement (en France par exemple) à l'image de la population ?
Libellés : Islam, Minorités, Rama Yade
13 février 2008
La campagne Obama mobilise de plus en plus les foules - mais pour quoi faire ?

Obama est au centre d'un véritable culte. Ici, un magazine hip hop déclare "C'est l'heure d'Obama". Ailleurs, ce sont des clips vidéo mettant en musique ses discours ou vantant son sex appeal. Stevie Wonder et Oprah Winfrey l'ont parrainé ...
Dans cet éditorial, le journal américain SOCIALIST WORKER, insiste sur la capacité de la campagne de Barack Obama de capter non seulement le désir de changement de beaucoup d'Américains - et pas seulement des Démocrates - mais l'idée qu'il est juste et nécessaire non seulement d'utiliser les élections pour y arriver mais aussi de s'organiser et de manifester à la base.
Il attire donc de plus en plus de foules jeunes et enthousiastes dans une ambiance qui rappelle à certains les années 1960. Le 'Kennedy' noir a-t-il les moyens de mettre en échec le clan Clinton ? Plus important, peut-on lui faire confiance pour faire ce qu'il promet ? La tentation est évidemment grande de penser que cette fois-ci le nouveau messie est arrivé. Ce serait cependant une grave erreur.
Libellés : Etats-Unis, Minorités
Australie : "Désolé" ne suffit pas ...

Les quatre derniers aborigènes de la Tasmanie (habillés en bon bourgeois victoriens). En Tasmanie, la population a simplement été exterminée.
"Nous présentons nos excuses pour les lois et les politiques des parlements et gouvernements successifs qui ont infligé une peine, une douleur et une perte profondes à nos compatriotes australiens. Aux mères et pères, aux frères et sœurs, pour avoir séparé des familles et des communautés, nous demandons pardon. Et pour l'atteinte à la dignité et l'humiliation infligées à un peuple fier de lui-même et de sa culture, nous demandons pardon."
Le nouveau premier ministre travailliste australien, Kevin Rudd, vient de prononcer le mot "désolé" pour exprimer les regrets de son pays pour l'enlèvement de dizaines de milliers d'enfants aborigènes et métis pendant plusieurs décennies jusqu'aux années 1970 - et plus généralement pour le mauvais traitement de la population autochtone du pays par les colons européens depuis deux siècles. C'est un symbole fort - voté à l'unanimité par le parlement - qui a été bien accueilli par les victimes. Mais des regrets, cela ne coûte rien ...
Lire cet article en anglais de SOCIALIST ALTERNATIVE (Australie).
Sur le blog d'un camarade néo-zélandais, plusieurs messages et des photos qui vont dans le même sens, dont un entretien avec le journaliste australien John Pilger, qui a appelé à boycotter 'Sorry day'.
Et ce reportage en français dans Le Monde
Libellés : Anticolonialisme, Australie, Minorités
08 février 2008
Questions de race et de genre dans la course à la Maison Blanche
"La politique de l'identité" est mise en avant pour cacher la misère du débat politique chez les Démocrates, pour lesquels la défense du modèle économique américain est toujours l'objectif suprême. A noter que Barack Obama vient de récolter plus de $ 7 millions grâce à sa performance dans les primaires de Super Tuesday. Il doit sa popularité en grande partie au fait que c'est un modéré (une espèce de Bayrou américain), qu'il est très patriote et qu'il ne vient pas du 'Sud profond' comme un Jesse Jackson. Et qu'il parle très peu du racisme et d'oppression aux Etats-Unis. Pendant ce temps, certaines féministes soutiennent Clinton avec des arguments qui frôlent le racisme. Les Noirs, paraît-il, auraient bénéficié de faveurs en comparaison avec les femmes.
Un très bon article (en anglais) de Abbie Bakan, universitaire et militante canadienne, membre des International Socialists.
Un très bon article (en anglais) de Abbie Bakan, universitaire et militante canadienne, membre des International Socialists.
Libellés : Etats-Unis, Femmes, Minorités
29 janvier 2008
"Les filles voilées parlent"

Nous sommes nombreux à ne pas avoir oublié la bêtise - la faute politique - qu'a commise la gauche française par son soutien ouvert ou honteux (la fameuse "ni loi ni voile de la LCR) à la loi discriminatoire de février 2004 dite "sur la laïcité" (en réalité un geste politique en direction des islamophobes).
Nous devons donc tous accueillir avec sympathie la sortie le 20 mars 2008 d'un livre "Les filles voilées parlent" (Editions Lafabrique). Qui n'a pas oublié la faute commise par la Commission Stasi qui au dernier moment et après des semaines de délibérations pompeuses et creuses où l'on voit se succéder des politiques, des proviseurs, des sociologues (dont certains n'ont pas dit que des idioties), des féministes (ou prétendues telles), des philosophes (idem), se souvient qu'elle n'avait invité aucune femme voilée, sans parler des jeunes filles scolarisées directement concernées ?
A commander et à lire dès sa parution.
En voici des extraits :
Mona: «L’argument du voile “symbole d’oppression des femmes”, je pose la question : oppression pour qui ? Pas pour moi. Je suis libre de mes choix, et si j’ai choisi de porter le foulard, c’est une expression de ma liberté. »
Nadjer : «À peine arrivée, quand ils m’ont vue avec mon voile, ils m’ont dit
que la place était prise. »
Malika : « Elle s’est exclamée “Vous comptez donc trouver un emploi avec ce que vous avez sur la tête ? Je me suis levée, je lui ai rappelé les lois de la république. »
Khadidja : « Notre exclusion était à l’ordre du jour, et je voyais des militants des Verts ou des JCR, ou même des féministes, qui me psychanalysaient ou qui faisaient de l’exégèse du Coran!»
Ismahane : « Nous étions plusieurs Féministes pour l’égalité à défiler, dont Malika et moi qui portions le voile, et un bonhomme furibard nous a apostrophées, parce que “Ni Dieu ni maître”. J’ai répliqué : “OK, mais alors toi, tu n’es pas mon maître ! (rires).»
Ce livre ne traite pas de « la question du voile ». Les trois personnages qui l’ont conduit – dont deux sont des femmes voilées – n’ont pas cherché à mener une enquête sociologique. On pourrait même dire, au contraire : celles qui parlent ici ne sont pas des objets d’étude, mais des sujets – il n’y pas de féminin à ce mot. Elles peuvent être drôles et insolentes, elles peuvent être en colère ou découragées, mais de témoignage en témoignage, au-delà de la diversité des tempéraments, des origines sociales, des contextes familiaux, des itinéraires spirituels et des parcours scolaires et professionnels, ce qui relie toutes ces filles et ces femmes, c’est l’expérience intime et violente de la stigmatisation.
Pierre Tevanian enseigne la philosophie à Drancy. Il coanime le collectif «Les mots sont importants» (www.lmsi.net) et a publié plusieurs livres, dont Le Dictionnaire de la lepénisation des esprits (L’Esprit frappeur, 2002), Le Ministère de la peur (L’Esprit frappeur, 2004), Le Voile médiatique (Raisons d’agir, 2005) et La République du mépris (La Découverte, 2007).
Ismahane Chouder est membre du collectif « Une école pour tou-te-s » et anciennement vice-présidente du collectif des «Féministes pour l’Égalité ». Elle a par ailleurs contribué à l’ouvrage collectif Le Livre noir de la condition des femmes (XO Editions, 2006).
Malika Latrèche s’investit dans « Une école pour tou-te-s » et défend les mamans exclues des sorties scolaires. Depuis octobre 2006, elle co-préside le collectif des « Féministes pour l’égalité ».
LU SUR UN BLOG AMI
Islamophobie en Belgique
RTL Info -- Le foulard interdit à Lierre pour les employées en contact avec le public
Une commune belge vient d'interdire [initialement sur proposition du parti flamand d'extrême-droite le Vlaams Belang] le port de "signes religieux" aux employés qui accueillent le public. Ceux qui pensent que de telles interdictions ne renforcent pas le racisme ferait bien de lire les centaines de commentaires sur le site web de RTL.
Une femme de ménage qui porte le foulard, par contre, cela ne gêne pas - tant qu'elle reste à sa place!
Libellés : Islam, Livres, Minorités, Racisme
27 janvier 2008
Angela Davis sur Barack Obama et la diversité

Je n'ai pas de source pour le moment pour cette citation, dont j'ai fait une traduction rapide et approximative, mais je la trouve excellente. Merci au blog Histomat. (Note : En fait, la citation vient de : The Guardian, 25 janvier 2008)
"Barack Obama est devenu le symbole de la diversité dans la période actuelle, et ce qui est intéressant est qu'il n'a pas cherché à mettre la question raciale au centre de sa campagne.Angela Davis est une ancienne militante des Panthères Noires. Elle enseigne à l'University of California. Elle a eu 64 ans (est-ce possible?) hier.
Cette administration républicaine [comme le gouvernement de Sarkozy - NDLR] est la plus diverse dans l'histoire. Mais quand l'inclusion de Noirs dans la machine d'oppression est un moyen de faire tourner cette machine de façon plus efficace, cela ne représente pas du tout un progrès. Nous avons plus de personnes de couleur dans des positions plus visibles et plus puissantes. Mais nous avons aussi beaucoup plus de Noirs qui ont été poussés vers le bas de l'échelle sociale. Quand les gens demandent plus de diversité et lient cette revendication aux questions de la justice et de l'égalité, c'est très bien. Mais il y aussi un modèle de diversité comme la différence qui ne fait pas de différence, le changement qui ne change rien."
Libellés : Etats-Unis, Minorités, Multiculturalisme, Racisme

