04 novembre 2008

 

Election USA


J'ai l'âge de me souvenir des images télévisées des flics blancs tabassant des manifestants anti-ségrégationnistes. Je vois comme si c'était hier les jets d'eau et les chiens de la police du Mississipi et de l'Alabama, le visage haineux des petit-blancs racistes, la dignité des femmes et des hommes de couleur (on disait encore à l'époque 'colored people') et des militants blancs venus les aider ...

Ne boudons donc pas notre plaisir. Qu'un Noir soit élu président des Etats-Unis un demi-siècle après le déclenchement du mouvement pour les droits civiques, avec le soutien massif non seulement des Afro-américains (95% des votants noirs ont voté pour lui), mais aussi des Hispaniques (66%), des femmes de toutes origines (56%), des jeunes (66%) et d'une grande partie des travailleurs blancs, cela fait très très plaisir, même si politiquement les choses sont plus compliquées.

Les syndicats ouvriers comme la majorité des militants du mouvement contre la guerre ont activement fait campagne pour le sénateur de l'Illinois. Ils l'ont sûrement fait avec beaucoup d'illusions. Mais Obama sera peut-être obligé d'en tenir compte. D'autres choix étaient possibles, et il faut saluer la persévérance des candidats de gauche (et on ne peut absolument pas mettre Obama dans cette catégorie, même s'il est préférable à Bush et aux néo-conservateurs) comme Ralph Nader et Cynthia McKinney.

Il faut que la gauche américaine continue à marteler l'idée que les Démocrates poursuivent essentiellement les mêmes objectifs que les Républicains, avec d'autres méthodes et un discours (un peu) plus progressiste. C'est pour cela d'ailleurs qu'ils sont dangereux.



J'ai écouté une partie du discours d'Obama à Chicago le soir de son élection. C'était très beau. Mais il faut l'écouter soigneusement. Son voeu est de rétablir le leadership américain dans le monde, avec tout ce que cela comporte - l'utilisation de la supériorité militaire et de la puissance économique des Etats-Unis ("The Greatest nation in the World") pour imposer leur modèle économique et social. S'il est pour retirer les troupes de l'Irak, c'est pour renforcer la présence militaire en Afghanistan.

Pour cela il bénéficiera - malheureusement, on peut dire - d'un capital de sympathie dans les autres pays du monde et notamment chez les centaines de millions d'exclus qui s'identifieront avec lui en tant que représentant d'une minorité opprimée. Ce capital est à la fois l'expression d'un soulagement général que le règne des Bush est enfin terminé et celle d'une profonde joie que l'injustice raciale qui a marqué l'histoire des Etats-Unis semble en voie de disparition. Mais il est soigneusement entretenu par les médias et politiciens de droite et de gauche, heureux qu'ils peuvent réhabiliter leur alliance stratégique avec un impérialisme américain incarné par un président jeune, beau ... et cool. C'est le véritable sens de l"Obamamanie" qui se déferlent, comme par hasard, sur tous les médias.

Certes, Barack Obama conduira la politique étrangère avec plus de tact que George W. Bush. Il tentera de parvenir à ses fins sans forcément avoir recours aux méthodes du tortionnaire-en-chef actuel. Encore faut-il savoir que comme tous les présidents il sera en grande partie l'ôtage de l'appareil militaire et policier et le complice conscient ou pas du complexe militaro-industriel (il avait le soutien de l'homme le plus riche du monde, Warren Buffet, de l'ancien général et Secrétaire d'Etat républicain, Colin Powell, du président de Google, Inc....).

Nous, on s'oppose au leadership de quelqu'Etat que ce soit. On fait confiance au peuple américain comme aux autres peuples qui un jour sauront renverser le système défendu aussi bien par Obama que par Bush ou McCain. Nous serons sans doute un jour pas très éloigné amenés à manifester contre une administration américaine présidée par un Noir. C'est ça l'égalité !


... in Grant Park in downtown Chicago, there are at least 1 million people, maybe 2 million, filling every visible corner of the huge lakefront area. The pictures on media really are worth a thousand words: dozens of young people with their fists raised in triumph, whole families dancing in the cramped space, tears flowing down the faces of older African American women, flags waving, singing and chanting.

As Lee Sustar described from downtown.

As Obama was headed in his motorcade to speak, people were still streaming toward Grant Park. The crowd is very racially mixed. All ages, though mostly young.

I just encountered a group of 10 Sri Lankan sisters and brothers, non-citizens who came down. "This is a moment to remember," they told me. "We're living through a moment of history. I want to be able to tell my children and grandchildren I was here to cheer on Barack Obama."



Si vous lisez l'anglais, vous pouvez suivre les élections sur le site de Socialist Worker (Etats-Unis) ...

Obama's victory captures the mood for real change (dans Socialist Worker, Grande-Bretagne)

Déclaration d'Olivier Besancenot...

Obama, défenseur de l'empire américain: un article d'Alain Ruff

Un militant américain, Charlie Post, donne son point de vue - assez péssimiste - sur la situation politique à la veille de l'élection présidentielle ...

Dans les archives du Monde Diplomatique on trouve cet éditorial de Serge Halimi, qui dénonce le projet d'Obama de réhabilitation de la "marque américaine" ...

Le dernier article de Serge Halimi résumé le message d'Obama et permet de visionner en entier la fameuse publicité de 30 minutes diffusée sur plusieurs chaînes quelques jours avant l'élection.

Cinq vérités de gauche sur l’élection présidentielle américaine et sur Barack Obama, par Pierre Eyben

Emmanuel Todd est un intellectuel, spécialiste des Etats-Unis, dont les idées tranchent souvent avec le consensus médiatique. Voici ce qu'il a à dire sur la signification de l'élection de Barack Obama ...

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01 novembre 2008

 

Barack Obama est-il au fond de lui-même un 'radical' ?



L'ex-président Bill Clinton tente de convaincre les derniers sceptiques chez les Démocrates de voter pour Obama (Pittsburgh, le 30 octobre 2008).

Pour les partisans de John McCain, le candidat démocrate à l'élection présidentielle est un dangereux extrémiste. Il est facile pour nous de rire de l'imbécilité de la droite américaine. Mais une des conséquences de la propagande républicaine est de renforcer les illusions d'une partie de l'électorat populaire et des militants de gauche que Barack Obama est plus à gauche qu'il ne l'est en réalité.

Dans cet article publié dans Socialist Worker (Etats-Unis), Lance Selfa défend l'idée toute simple que, si Obama agit comme un politicien 'centriste' c'est que ... il est au fond de lui-même un centriste. (En anglais)

Quelques articles assez iconoclastes sur Obama sur Bakchich.info ...

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01 octobre 2008

 

"They live by the free market, let them die by the free market"



"Pas de chèque en blanc pour Wall Street"




Traduction sur demande








Voir la vidéo de la manifestation à Wall Street

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30 septembre 2008

 

La chute de l'empire américain ?





Des centaines de manifestants à Wall Street le 25 septembre



A shattering moment in America's fall from power.

Nouveau : Traduction française ...

Encore un article en anglais, je sais. Désolé, mais il va falloir que les lecteurs fidèles du Poireau Rouge, dont près de 80 % sont en France, se mettent à travailler un peu leur anglais, s'ils ne comprennent pas. Mais comme je pense qu'ils sont au courant de ce qui s'écrit dans la presse française, cela peut apporter un éclairage différent. Surtout que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont les pays dont les dirigeants politiques et économiques ont le plus fait pour démontrer, malgré eux, que les anticapitalistes avaient raison.

Celui-ci est de John Gray et a été publié dans The Observer.

/.../ the upheaval we are experiencing is more than a financial crisis, however large. Here is a historic geopolitical shift, in which the balance of power in the world is being altered irrevocably. The era of American global leadership, reaching back to the Second World War, is over.

/.../ The fate of empires is very often sealed by the interaction of war and debt. That was true of the British Empire, whose finances deteriorated from the First World War onwards, and of the Soviet Union. Defeat in Afghanistan and the economic burden of trying to respond to Reagan's technically flawed but politically extremely effective Star Wars programme were vital factors in triggering the Soviet collapse. Despite its insistent exceptionalism, America is no different. The Iraq War and the credit bubble have fatally undermined America's economic primacy. The US will continue to be the world's largest economy for a while longer, but it will be the new rising powers that, once the crisis is over, buy up what remains intact in the wreckage of America's financial system.

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12 septembre 2008

 

La démocratie à l'américaine

James Carabelli, premier secrétaire du Parti Républicain dans le comté de Macomb, Michigan, a compilé une liste de maisons saisies et des noms de leurs propriétaires, afin de contester la participation de ces personnes à l’élection de Novembre prochain. "Si leur maison a été saisie, c’est donc qu’ils n’habitent plus ici… et donc ils ne devraient pas avoir le droit de voter ici."

"Nous avons compilé les listes des maisons saisies et nous allons être vigilant que personne ne puisse utiliser ces adresses pour prétendre voter dans les bureaux de vote que nous supervisons."

Cela s'appelle mener la guerre des classes, en empêchant les pauvres - majoritairement noirs, d'ailleurs - de s'exprimer dans les urnes. Et s'ils s'exprimaient autrement ?

Lire la suite ici ...

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03 septembre 2008

 

L'extrême droite européenne ouvre la chasse aux musulmans (suivie par une grande partie de la gauche ...)



Quand Libération, l'ex-journal de gauche, se joint à la meute des islamophobes

Un article paru sur le site de l'organisation suisse SolidaritéS

/.../ Habilement utilisée, l’islamophobie peut être très porteuse électoralement et pas seulement en Suisse. Depuis 2002, des sondages menés chaque année font apparaître qu’un tiers des citoyens et citoyennes allemands se sentent «comme des étrangers dans leur propre pays» à cause de la présence des musulmans. Selon un autre sondage réalisé en 2006, plus de la moitié des personnes interrogées se prononçaient pour l’interdiction de construire des mosquées «parce que dans nombre de pays islamiques, les églises sont interdites»; en outre, 56% jugeaient qu’il y avait «actuellement une guerre des cultures». L’islamophobie se construit à travers une série d’amalgames: le premier consiste à assimiler toute pratique religieuse musulmane à un islam violent, archaïque et conquérant; le deuxième identifie l’islam à une religion étrangère, culturellement incapable de s’intégrer en Europe chrétienne; et le troisième permet d’ajouter la guerre sainte et la menace sécuritaire à l’islam. Par connotation, «islam» devient ainsi équivalent de rétrograde, d’envahisseurs doublement étrangers et de terrorisme potentiel.

And read this : The only good Muslim is the anti-Muslim, sur la 'gauche' islamophobe aux Etats-Unis, par Junaid Levesque-Alam (en anglais)

Je pense d'ailleurs que l'auteur de cet article a dû penser à Fadela Amara, qui s'oppose à la décision d'un procureur de reporter un procès "pour cause de ramadan". Ce serait "un canif dans le dos de la République". Allons-nous donc imposer à tous les magasins tenus par des personnes de confession juive qu'ils ouvrent le samedi ? Ou supprimer d'un seul trait toutes les écoles confessionnelles (je ne suis pas favorable aux écoles privée, mais il y a des raisons profondes qu'elles existent et qu'elles soient souvent choisies par des familles modestes - y compris le racisme institutionnel qui caractérise une bonne partie de l'éducation publique) ?

On me répondra que la justice fait partie d'un Etat au service du peuple, qu'elle doit être neutre. Je répondrai d'abord que la justice est une justice de classe, tout comme la république est une des formes politiques que peuvent prendre l'Etat bourgeois, et qu'elle n'est jamais neutre. Puis sur le plan pragmatique, peut-on m'expliquer en quoi le report d'un procès pour tenir compte de circonstances particulières met en danger l'égalité (hypothétique) des citoyens devant la loi ? Surtout quand des procès sont régulièrement reportés tout simplement parce que la justice française est parmi les plus lentes au monde et que le nombre de détenus en attente d'un procès est scandaleusement élevé - soit parce que l'Etat fait mal son travail, soit pour accommoder les avocats et d'autres corporations privées.

Non, la vérité toute simple est que Fadela Amara est un 'Oncle Tom' (ou 'Tante Tomasina') qui a tellement intégré les valeurs de ses maîtres qu'elle se croit sincère. Elle veut même être 'plus royaliste que le roi', car même le ministère public ne s'est pas opposé à cette décision. Mais j'ai un petit secret pour Fadela - elle croit que les gens qu'elle sert lui seront reconnaissants, alors que dans leur for intérieur (raciste et sexiste) ils la méprisent.

PS Selon le procureur en question, interviewé par Europe 1 ce soir (5 septembre), le ramadan n'a joué aucun rôle dans sa décision. Donc la ministre a tout imaginé. Attention, Fadela, à force de voir des fanatiques religieux partout, même déguisé en procureur de la république, on peut devenir intégriste soi-même.

NOUVEAU SUR LE REPORT DU PROCES DE RENNES

Cet excellent article d'Alain Gresh, qui conclut : "Inexorablement, la lepenisation des esprits est en marche, encouragée par les médias."

Une bonne réaction de Sébastien Fontenelle sur son blog Vive le feu!

Il y a un débat intéressant sur l'islamophobie d'une certaine presse en Belgique, sur le blog Molenews ...

Combattre l'islamophobie : un oubli catastrophique de la gauche radicale par John Mullen

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26 juillet 2008

 

Barack Obama compte sur l'aide européenne en Afghanistan

Commentaire de Christian Picquet dans Rouge : Consensus guerrier (31/07/08)



Obama : un vrai ou un faux espoir ?



Merci au blog Le Bonnet Phrygien pour ces affiches

Barack Obama serait "un vrai progressiste" selon certains socialistes français, voire "un homme de gauche". D'ailleurs sa popularité en France ne s'explique pas seulement par sa jeunesse et son charisme. Il jouit d'une très bonne image dans nos banlieues, non seulement parce qu'il est fils d'un couple mixte (avec en plus des antécédents musulmans) mais parce qu'il a la réputation de bien connaître et de se soucier des gens des quartiers pauvres.

C'est bien évidemment plus compliqué que cela. Obama est entre autres choses le candidat préféré d'une partie des plus grandes entreprises cotées à Wall Street. Il s'est prononcé en faveur de la peine de mort dans certains cas (est-ce par conviction ou par intérêt électoral ?). Ses propositions pour étendre la couverture médicale des Américains sont moins audacieuses que celles de plusieurs de ses ex-concurrents démocrates comme Clinton et Edwards. Il propose d'augmenter les dépenses militaires. Il s'est empressé dès son investiture d'affirmer son soutien sans faille à Israël. Il tient des propos belliqueux à l'égard de l'Iran comme n'importe quel néo-con. (Pourtant, on entend bien, il est "mieux que McCain".)

De ce côté de l'Atlantique, on nous dit aussi qu'il est plus "pro-européen". Dans cet article paru dans Le Monde, on voit mieux de quoi il s'agit. En effet, Obama veut réparer les dégâts causés aux rapports, non pas entre les deux peuples - qui sont à certains égards bien plus à gauche que lui -, mais entre la classe dirigeante américaine et celle des principaux pays européens. C'est l'ami d'Angela Merkel, de Gordon Brown (et sans doute à l'avenir de David Cameron, le chef du parti conservateur qui a toutes ses chances de devenir le prochain premier ministre) et bientôt on verra de Silvio Berlusconi. Et maintenant on apprend de la bouche de notre président de la république que c'est le "copain" de Sarkozy, qui joue également sur le registre "nous sommes tous les deux des fils d'immigrés".

Obama est l'"ami" des Européens dans la mesure où il a besoin de l'aide des forces militaires européennes pour "finir le travail" enagagé par George Bush en Afghanistan. Au lieu de le saluer comme un héros du peuple et un mec bien sympa, la gauche doit mettre en garde contre l'illusion que tout va changer avec Obama à ma Maison Blanche. Si changement il y en a, ce ne sera très probablement que des changements de style et de façade.

Une biographie de Barack Obama, sur le site La République des Lettres

Le journaliste australien John Pilger dénonce le soutien de Barack Obama à la guerre en Afghanistan dans un article publié par le New Statesman

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04 juin 2008

 

# 2 : Obama arrêtera-t-il la guerre ?

Lire cet article d'Antony Arnove sur socialistworker.org

and read this article on Barack Obama by John Pilger in the New Statesman, After Bobby Kennedy. Dans cet article en anglais, le journaliste australien John Pilger démontre la vacuité des prétensions de Barack Obama de représenetr un véritable "changement".

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Pourquoi il ne faut pas faire confiance aux Démocrates : Raison # 1

Jeune, beau, doué, métisse ... et surtout Démocrate: BBC NEWS : Obama pledges support for Israel

Et en français (Reuters)

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13 février 2008

 

La campagne Obama mobilise de plus en plus les foules - mais pour quoi faire ?



Obama est au centre d'un véritable culte. Ici, un magazine hip hop déclare "C'est l'heure d'Obama". Ailleurs, ce sont des clips vidéo mettant en musique ses discours ou vantant son sex appeal. Stevie Wonder et Oprah Winfrey l'ont parrainé ...

Dans cet éditorial, le journal américain SOCIALIST WORKER, insiste sur la capacité de la campagne de Barack Obama de capter non seulement le désir de changement de beaucoup d'Américains - et pas seulement des Démocrates - mais l'idée qu'il est juste et nécessaire non seulement d'utiliser les élections pour y arriver mais aussi de s'organiser et de manifester à la base.

Il attire donc de plus en plus de foules jeunes et enthousiastes dans une ambiance qui rappelle à certains les années 1960. Le 'Kennedy' noir a-t-il les moyens de mettre en échec le clan Clinton ? Plus important, peut-on lui faire confiance pour faire ce qu'il promet ? La tentation est évidemment grande de penser que cette fois-ci le nouveau messie est arrivé. Ce serait cependant une grave erreur.

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08 février 2008

 

Questions de race et de genre dans la course à la Maison Blanche

"La politique de l'identité" est mise en avant pour cacher la misère du débat politique chez les Démocrates, pour lesquels la défense du modèle économique américain est toujours l'objectif suprême. A noter que Barack Obama vient de récolter plus de $ 7 millions grâce à sa performance dans les primaires de Super Tuesday. Il doit sa popularité en grande partie au fait que c'est un modéré (une espèce de Bayrou américain), qu'il est très patriote et qu'il ne vient pas du 'Sud profond' comme un Jesse Jackson. Et qu'il parle très peu du racisme et d'oppression aux Etats-Unis. Pendant ce temps, certaines féministes soutiennent Clinton avec des arguments qui frôlent le racisme. Les Noirs, paraît-il, auraient bénéficié de faveurs en comparaison avec les femmes.

Un très bon article (en anglais) de Abbie Bakan, universitaire et militante canadienne, membre des International Socialists.

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01 février 2008

 

Alex Callinicos : The Clintons get nasty

"The Clintons make a very tough and nasty political team. Hillary floats stateswoman-like above the fray, while Bill gets down and dirty in the daily exchanges of attack and rebuttal."

Alex Callinicos dans Socialist Worker (2 Feb 2008) donne son point de vue sur les deux principaux candidats démocrates, Hillary Clinton et Barack Obama et affirme que les travailleurs n'ont rien à espérer ni de l'un ni de l'autre.

"Some people think this is a win-win situation. As the writer and blogger Patrice Evans put it in the Guardian last week, “A black man! A woman! At the same time! No matter who wins, it will be an epic moment.”

But this is purely symbolic politics. In fact, the “change” that both candidates claim to be seeking means no real change.

Both Clinton and Obama want to apply a sticking plaster to the insane and unjust health insurance system. Both think the federal government should pump some money into the US economy to prevent a slump. Both have refused to pledge to withdraw US troops from Iraq during what they hope would be their first term of office.

In other words, both Clinton and Obama are running as loyal servants of the US empire, just like every serious Democratic candidate before them.

How could it be otherwise given the headlock the corporate rich have on the US political system? The Democrats may not get many contributions from George Bush’s pals in the oil industry, but they get plenty from Wall Street, Silicon Valley, and Hollywood.

The idea that either Clinton or Obama, if elected to the White House, would significantly improve the condition of the mass of working class women and black people in the US is pure cloud-cuckoo land. Anyone who really wants change in the US will have to look elsewhere."

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27 janvier 2008

 

Angela Davis sur Barack Obama et la diversité



Je n'ai pas de source pour le moment pour cette citation, dont j'ai fait une traduction rapide et approximative, mais je la trouve excellente. Merci au blog Histomat. (Note : En fait, la citation vient de : The Guardian, 25 janvier 2008)

"Barack Obama est devenu le symbole de la diversité dans la période actuelle, et ce qui est intéressant est qu'il n'a pas cherché à mettre la question raciale au centre de sa campagne.

Cette administration républicaine [comme le gouvernement de Sarkozy - NDLR] est la plus diverse dans l'histoire. Mais quand l'inclusion de Noirs dans la machine d'oppression est un moyen de faire tourner cette machine de façon plus efficace, cela ne représente pas du tout un progrès. Nous avons plus de personnes de couleur dans des positions plus visibles et plus puissantes. Mais nous avons aussi beaucoup plus de Noirs qui ont été poussés vers le bas de l'échelle sociale. Quand les gens demandent plus de diversité et lient cette revendication aux questions de la justice et de l'égalité, c'est très bien. Mais il y aussi un modèle de diversité comme la différence qui ne fait pas de différence, le changement qui ne change rien."
Angela Davis est une ancienne militante des Panthères Noires. Elle enseigne à l'University of California. Elle a eu 64 ans (est-ce possible?) hier.

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23 janvier 2008

 

Etats-Unis : la gauche radicale et les élections de novembre 2008


Ralph Nader : près de 3 m de voix en 2000

par Todd Chrétien, membre de l'International Socialist Organization et candidat des Verts aux élections sénatoriales de 2006 en Californie.

[Ce texte est la dernière partie d'un article paru dans Socialist Worker (USA), Nader, the Greens and 2008, qui retrace l'histoire des interventions électorales de la gauche radicale américaine depuis la campagne de Ralph Nader en 2000. A lire avec notre message du 8 janvier 2008, US election kick-off.]

Prospects for left candidates in 2008

AS IN 2004, Nader will not fight for the Green Party nomination, but only ask for its endorsement because he wants to run an independent campaign. This will leave the way open for the Greens to nominate, most likely, former Democratic Rep. Cynthia McKinney.

On the face of it, this seems like a positive development. McKinney has proven that she's far to the left of the mainstream Democrats and has taken many courageous political stands, which has earned her the enmity of her former party. On most issues, McKinney is as radical as Nader. The desire by the Green Party to reach out to the Black and Brown community is also healthy.

However, it is still not clear what kind of campaign McKinney intends to run, and if her break with the Democratic Party is permanent.

There are some reasons to take a second look. For instance, unlike Barbara Lee, McKinney did vote in the days after September 11 to authorize Bush's war on Afghanistan, and in May 2005, she voted in favor of the Homeland Security budget. These votes stand out in contrast to the bulk of her record, but it is hard to see why she cast them.

Also, there is her long-running dispute with former Black Panther Party leader Elaine Brown, who was also seeking the Greens' presidential nomination until withdrawing late last year. Some supporters of McKinney recklessly accused Brown of being an FBI agent. Certainly, McKinney can't be automatically blamed for the mistakes of her supporters, but her refusal to clearly and forcefully distance herself from these outlandish claims is not positive.

In 2008, the majority of working-class people will be desperate to get rid of Bush and the Republicans. And unlike 2004, when few people expected anything good from Kerry aside from the fact that he wasn't Bush, millions of people with left-wing ideas are going to be genuinely enthusiastic that Barack Obama or Hillary Clinton will end the war, reform heath care and find a way to raise living standards.

This is, as left-wing writer Norman Solomon said of Bill Clinton back in 1992, a “false hope.” But only the reality of the Democrats in power will begin to make this clear and lay the basis for rebuilding a new challenge to the two-party system and the corporations that stand behind it.

This will be a very tough year for independent, left-wing candidates. Whether they recognize this and use their campaigns to help build up the meager forces of a left committed to fighting oppression, war and exploitation or they succumb to the pressure to chase imaginary shortcuts will determine their value.

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08 janvier 2008

 

US election kick-off



Cynthia McKinney for President ?

Le Poireau Rouge will of course be covering the US Presidential elections this year. Socialists should have an idea about who is supporting whom and why, and what the candidates really stand for, if anything. As I don't know too much for the moment, I'll start with this excellent post from Lenin (Richard) on LENIN'S TOMB who assesses the different Democratic candidates - not the Republicans, who are all right-wing nutters, except for Ron Paul, an anti-war right-wing nutter with (extraordinarily) a degree of support from anti-war radicals. To understand more fully, readers should follow the excellent string of well-informed comments.

Pour nos lecteurs francophones, ce message contient un lien vers l'excellent blog anglais Lenin's Tomb sur les élections présidentielles américaines qui entrent dans une période cruciale - celle des 'primaires' qui ont commencé dans l'Etat d'Iowa et continuent cette semaine dans le New Hampshire.

Pour résumer, le débat tourne évidemment autour de la question de savoir si la gauche américaine peut faire confiance à un(e) Démocrate, ne serait-ce que pour mettre fin à l'intervention en Irak et pour introduire un système d'assurance santé global et équitable, ce qui représente des objectifs très modestes. Et si oui, lequel (ou laquelle).

Pour l'instant, toute l'attention des médias en France est focalisée sur le charismatique Barack Obama. [Ici, le point de vue de Lance Selfa, de l'International Socialist Organization] Mais à part le fait que la victoire d'un Noir serait un symbole très fort, qu'est-ce qu'il dit qui pourrait nous intéresser en tant que socialistes ?

Apparemment rien.

Même sa rhétorique - et il est beau parleur - manque d'originalité. "Hope" (l'espoir) était un des mots fétiches de Bill Clinton, après tout. "Change" (le changement) rappelle quelque chose à ceux qui ont vécu l'élection de François Mitterand en 1981. Son positionnement comme candidat capable de réunir la droite et la gauche fait penser à un certain ... François Bayrou. Son principal avantage est qu'il est légèrement moins mauvais que Hillary Clinton.

Alors, John Edwards, qu'on dit plus proche des syndicats (mais la bureaucratie syndicale américaine n'a rien de très progressiste) et qui s'est excusé pour son vote en faveur de la guerre en Irak ? Ou bien Denis Kuchinich, "le meilleur" des Démocrates, paraît-il, mais quasi-invisible cette fois-ci ?

Reste la possibilité d'une candidature de la gauche radicale non socialiste comme une certaine Cynthia McKinney (une femme noire qui vient de quitter le parti démocrate pour postuler à l'investiture des Verts) ou bien Ralph Nader qu'on connaît mieux.

A suivre ...

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30 novembre 2007

 

Socialist Review (December 2007)

Le numéro de décembre 2007 de Socialist Review contient notamment trois articles importants (en anglais) :

Martin Smith du SWP sur la crise dans RESPECT et l'avenir de la gauche unitaire anglaise

Le socialiste américain Mike Davis sur les incendies qui ont ravagé la Californie et piégé de nombreux mexicains essayant de traverser la frontière à travers les massifs forestiers près de San Diego.

* De Mike Davis en français : La combinaison mortelle de la pauvreté urbaine et des risques naturels : un article prophétique de 2005.

Lindsey German de la Stop the War Coalition sur la situation dangereuse créée par la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient et les tâches du mouvement contre la guerre, à la veille d'une conférence internationale importante qui réunira 1 000 délégués à Londres le 1er décembre 2007 : World Against War.

* Compte-rendu de la Conférence internationale contre la guerre, Londres, 1er décembre 2007.

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26 août 2007

 

La mort de Max Roach


Pour une appréciation du batteur le plus célèbre et le plus révolutionnaire de l'histoire de jazz, lire cet article en anglais dans Socialist Worker (USA) : Max Roach: Telling Our People's Story, par Alexander Billet.

Max Roach, 1960: "Je ne jouerai jamais plus quoique ce soit qui n'aie pas une signification sociale."

Quincy Jones :
"Max Roach fut l'un des premiers à comprendre les polyrythmes complexes de la musique africaine."


NEW SEPTEMBER 2007 Max Roach: Speak, brother speak
An article by Martin Smith in the September issue of Socialist Review

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22 août 2007

 

Rachida, Fadela, Rama et les autres, ou l'éloge de la « diversité » en politique.

Monique Crinon, membre du CEDETIM (centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale), membre fondateur d’Attac, s’exprime à propos de quelques nominations « visibles » dans le gouvernement Fillon. Elle dénonce ce qu’elle appelle un tour de passe-passe destiné à brouiller, sous les paillettes, bien des pistes. Cet article a été écrit en juin 2007.

Le hasard a fait que je viens de lire un excellent article en anglais du non moins excellent journaliste américain (et noir), Gary Younge, qui écrit régulièrement dans The Guardian de Londres. L'article s'intitule Melanin and mammaries : Have centuries of struggle come to this?

Younge met le doigt sur les limites de ce qu'on appelle dans les pays anglophones "la politique de l'identité". Aux Etats-Unis, inspirés par la campagne de Barack Obama pour la candidature démocrate à l'élection présidentielle de 2008, de jeunes Noirs portent des T-shirts avec le slogan "Futur président des Etats-Unis". La réalité est qu'Obama rentre très bien dans le moule d'un Establishment démocrate qui n'a rien fait pour sortir les minorités discriminées des Etats-Unis d'une situation sociale catastrophique où, par exemple, un homme noir sur trois se retrouvera un jour en prison. Ce serait plus juste (mais évidemment psychologiquement trop dur) d'arborer le slogan "Futur détenu".

Younge établit également un parallèle avec la candidature de Hillary Clinton, "championne" des femmes. Rien n'a été accompli pour la libération des femmes et l'émancipation des Noirs, dit très justement Gary Younge, sans des luttes menées par les intéressés eux-mêmes.

Younge fait également une remarque très juste sur la politique américaine qui s'applique parfaitement à la situation française. Quand il s'agit de promouvoir quelques représentants des minorités discriminés, ou quelques femmes, pour donner l'impression qua la question "ethnique" ou celle du rôle subordonné des femmes est réglée, écrit-il, la droite est souvent plus forte que la gauche (sous-entendu, la gauche "réaliste"). A nous de faire en sorte que la superchérie ne marche pas, en construisant une gauche de lutte de classe qui intègre le combat contre toutes les discriminations, en actes et pas seulement en paroles.
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Monique Crinon ...

Et voilà, la baguette magique républicaine universaliste a encore opéré un de ses fameux tours de passe passe ! Il n‘est plus question de femmes issues de l’immigration, de beurettes, de xième génération, non, l’heure est à la diversité.

Juste un commentaire, « diversité » a bien quelque chose à voir avec variété non ? Voilà qui rime bien avec les paillettes de ce gouvernement champion de la communication. En des temps pas si anciens, on collait un ouvrier, juste pour donner à penser que oui bien sûr l’égalité existait ou, au minimum, la machine à promotion sociale fonctionnait. Bon, il est vrai que c’était moins chatoyant (mais au fait combien de prolos au gouvernement ?)

Nous avons eu, avons encore, le même scénario avec les femmes, qu’on se souvienne de la malheureuse Édith Cresson emblématique Première ministre, juste le temps de démontrer qu’elle n’en avait pas assez…, et que l’erreur de casting était sérieuse.

De qui se moque-t-on avec ce genre de cirque médiatique ? Des discriminé-e-s justement qui disparaissent derrière des éléments de décors et d’apparat républicain. Le tour est joué, car il n’est désormais plus possible de parler d’égalité, le débat est clos une fois pour toute : que les femmes se taisent, elles sont au gouvernement, que les Noirs et les Arabes la bouclent, ils sont au gouvernement, et s’il n’y en a pas plus eh bien c’est qu’ils ne sont pas assez nombreux à avoir mérité d’y être !

Bref, la question n’a plus de pertinence politique. Dès lors, finies les luttes contre les discriminations, elles sont le fait de losers, de paumés et d’inadaptés sociaux, le discours est clair : ceux qui veulent véritablement s’intégrer y parviennent, c’est affaire de mérite et de volonté.

Les « gens de peu » paient d’un prix élevé les silences de la gauche sur la nature des inégalités et des discriminations, la stratégie des politiques sociales et de la politique de la ville qui font de chaque famille « en difficulté » un « cas » abordé en recourant à un discours psycholéagineux qui, en dernière instance, fait porter aux victimes des iniquités sociale et économique la responsabilité de leur situation.

Et les tournants pris par la politique de la ville n’ont cessé de conforter cette approche, qu’il s’agisse de la réussite dite éducative et scolaire ou de l’accès à l’emploi. On parle de parcours (du combattant ?) en matière d’accès à l’emploi et de réussite éducative. Il n’est donc plus question de s’affronter à la nature profondément ethno centrée et bourgeoise des enseignements, ni à la discrimination patente opérée par les employeurs. Il est question désormais d’aider les victimes à résoudre leur « mal être », à améliorer leur « comportement » au moment de l’embauche, et, si besoin est, à se couper de parents potentiellement dangereux pour l’intégration. C’est à ce qu’il y a de plus intime, de plus sacré, à la psyché qu’on s’attaque.

De qui se moque t-on encore une fois, des discriminé-e-s, ai-je dit, mais aussi de nous tous-tes, de celles et ceux qui se battent contre les plafonds de verre qui verrouillent et compartimentent la société. C’est un discrédit global sur l’histoire des luttes , de toutes les luttes présentées désormais comme des freins aux réussites personnelles.

Ce gouvernement, derrière les paillettes qu’il agite sous le regard ébaubi de la population, est le chantre et le metteur en scène d’une idéologie dont la boussole première est l’individualisme d’acteurs centrés sur leurs seuls destins. Dans ce cadre, l’individu est forcément libre, égal en droit et (potentiellement) en fait. Quand cette égalité n’est pas avérée, l’individu, qui avait le choix, ne saurait s’en prendre qu’à lui….voire à celles et ceux qui, comme nous, croient encore à l’existence et à la malignité de dominations sociales et économiques délibérément maintenues.

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17 janvier 2007

 

Un Noir président des Etats-Unis ?

Obama au congrès du syndicat des pompiers


Les médias en France commencent à s'intéresser au sénateur démocrate de l'Illinois, Barack Obama. Il est jeune (45 ans), beau, charismatique, beau parleur et ... noir (enfin, métis d'une mère blanche du Kansas et d'un père kenyan).
Présenté comme la nouvelle star de la politique américaine et un opposant à la guerre en Irak, Obama est le seul sénateur noir, le troisième seulement depuis la fin de la Guerre de Sécession. Il est surtout un rival potentiel de la sénatrice Hillary Clinton et du moins connu (en dehors des Etats-Unis) John Edwards pour obtenir la nomination comme candidat des démocrates lors de l'élection présidentielle de 2008. Cependant, Barack est loin d'être un "radical". Ses discours reprennent les thèmes bien connus des Etats-Unis "pays de la liberté". Selon nos camarades américains, il serait plutôt un "néo-libéral à visage humain".
Pour le point de vue de l'International Socialist Organization, lire cet article en anglais, The Obama Myth, par Lee Sustar (Socialist Worker, USA, 3 novembre 2006).

NOUVEAU : Is Obama different ? by Adam Turl (Socialist Worker, USA, 2 Feb 2007)

Et le révérend Al Sharpton ?

Figure majeure de l’Amérique noire, le révérend Al Sharpton est en lice pour devenir le candidat démocrate à la prochaine élection présidentielle. Selon toute vraisemblance lui seront préférés des aspirants plus traditionnels à l’instar de l’ex première dame Hillary Clinton ou du sémillant sénateur Barak Obama. Quel rôle a-t-il donc à jouer dans cette campagne ? Quelles contributions peut-il apporter au débat public ?

(Lu sur grioo.com)

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08 novembre 2006

 

Quelques réflexions sur les élections aux Etats-Unis

Keith Ellison

Pas tous réacs, ces Américains ! Bien sûr, il existe un grand nombre de cinglés, membres de la droite religieuse ou du lobby pro-armes à feu notamment, mais une grosse partie de l'électorat leur est carrément hostile et défend d'autres valeurs. Le Parti démocrate en particulier attire des gens qui croient sincèrement à la solidarité avec les plus pauvres et les minorités, à l'égalité des races et à la paix - tout en se disant aussi patriotes et souvent aussi croyants que ceux qui votent pour les Républicains.

Le nouveau député Keith Ellison, élu le 7 novembre 2006 dans l'Etat de Minnesota, en est un exemple intéressant, en tout cas selon ce qu'on peut lire sur son site internet. Présenté sommairement par la presse française comme "le premier député musulman aux Etats-Unis" (c'est vrai que cela change de la France), Ellison semble être un représentant authentique de l'aile ouvrière ("pro-labor") et progressiste ("liberal") des démocrates.

Voici un noir, converti à l'islam à l'âge de 19 ans, qui met en avant dans son CV :

Dans la Chambre de l'Etat de Minnesota,
- a fait voter l'abrogation d'une loi criminalisant les sans-abri
- a combattu des mesures stigmatisant la communauté lesbienne, gay et trans, y compris un projet de loi interdisant le mariage gay
- opposition à l'antisémitisme et aux déclarations d'un député niant l'extermination des homosexuel(le)s par les nazis
- a soutenu une loi rendant leurs droits civiques à certaines catégories d'anciens détenus
- soutien à l'augmentation du budget de l'éducation
- a voté pour l'augmentation du salaire minimum
- a soutenu des mesures contre le saturnisme et pour la sensibilisation des communautés "de couleur" aux problèmes environnementaux.

Keith Ellison a été soutenu par le révérend Jesse Jackson et l'ancien candidat aux présidentielles Walter Mondale, de nombreuses sections syndicales (infirmiers, enseignants, des transports, sidérurgistes, postiers, électriciens, du bâtiment...), des associations pour le droit à l'avortement et le planning familial, une association pour la recherche sur les cellules-souches, des groupes latinos, afro-américains, arabo-américains ... Le principal journal de la communauté juive locale l'a soutenu également, alors que son principal opposant, le républicain Alan Fine, est juif.

Bien sûr, nous ne savons pas plus que cela de ce nouveau député. Nos camarades américains ont sûrement des critiques à son égard. Il est surtout membre d'un parti pro-capitaliste et pro-impérialiste auquel il n'y a, de notre point de vue, strictement rien à espérer. Comme l'immense majorité des Démocrates, il est pour le maintien de l'aide américaine à l'Etat d'Israël, tout en soutenant le droit des Palestiniens à un Etat dans le cadre d'une solution négociée. Le changement radical dont a besoin les Etats-Unis ne passe pas par le Parti démocrate, et nous n'avons aucune illusion dans ce que va faire la nouvelle majorité démocrate à la Chambre des Représentants.

Il ne suffit pas, non plus, d'être un musulman et/ou noir et/ou une femme (comme la nouvelle leader de la majorité parlementaire qui va co-habiter avec GW Bush). Sinon nous ferions tous campagne pour Condoleeza Rice, Colin Powell ou Hillary Clinton. A cet égard, il est instructif d'apprendre que le nouveau gouverneur de l'Etat de Massachusetts, qui est le deuxième noir seulement à diriger un Etat, a beau être un "défenseur des droits civiques", il a ausssi exercé de hautes responsabilités au sein de la direction de Texaco et de Coca Cola.

Mais l'élection de Keith Ellison (et d'une poignée d'autres candidats progressistes) et la lecture de son programme nous rappellent qu'il existe aux Etats-Unis une quantité de gens qui ne ressemblent pas à ce qu'on nous présente comme l'"américain moyen".

Les résultats des référendums au niveau des différents Etats en sont une autre illustration. Le Dakota du Sud a rejeté une proposition qui aurait quasiment interdit l'avortement. L'Arizona (l'Arizona !) a refusé une proposition définissant le mariage comme l'union d'un homme et une femme, même s'il a voté l'imposition de l'anglais comme langue officielle de l'Etat. (Pas si loin, au sud de de la frontière, la ville de Mexico City vient d'autoriser l'union civile entre des personnes du même sexe.) Plusieurs Etats ont voté l'augmentation du salaire minimum. Le Missouri a soutenu de justesse la recherche sur les cellules-souches, au grand dam des fous de Dieu et autres partisans de la Création.

En réalité les Etats-Unis sont un pays étonnant et très complexe. On y trouve tout, des partisans d'une séparation des races jusqu'aux défenseurs de l'ancienne Union soviétique les plus dogmatiques. Au nom de la religion ou de l'"Amérique" on peut prôner la destruction nucléaire de l'Iran et de la Syrie, ou aller en prison pour ses convictions pacifistes, soutenir ou s'opposer à la peine de mort ... J'ai lu récemment un article sur les chrétiens évangéliques (dont un des dirigeants nationaux, pasteur de plus est, vient de démissionner dans une étrange affaire de "massage homosexuel" !) qui décrit un groupe religieux écologiste qui fait campagne pour la protection de l'environnement avec des affiches proclamant : "Et Jésus, quelle voiture conduirait-il ?"

Il faut donc finir avec les stéréotypes et avec un certain anti-américanisme franchouillard qui ignorent complètement la réalité du pays, et toute la tradition progressiste et de gauche qui est une de ses richesses.

Cet article peut être lu sur Bellaciao ainsi que sur le site de l'Union pour une Autre Gauche (Belgique)

Sur le site de la BBC : Election of first Muslim to US Congress

Blowback : Bush punished over Iraq (ISO - Australia)

US election: Referendum votes reveal social discontent
By Patrick Martin, 11 November 2006 (World Socialist Web Site)

Qui est Nancy Pelosi ? Que peut-on espérer des démocrates ? (en anglais) Deux candidats du Parti Vert en Californie, Pete Camejo et Todd Chrétien, donnent leur avis. Socialist Worker(US), 10 November 2006

Le cauchemar des musulmans américains (le Monde du 3 novembre 2006)

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