22 août 2007

 

Rachida, Fadela, Rama et les autres, ou l'éloge de la « diversité » en politique.

Monique Crinon, membre du CEDETIM (centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale), membre fondateur d’Attac, s’exprime à propos de quelques nominations « visibles » dans le gouvernement Fillon. Elle dénonce ce qu’elle appelle un tour de passe-passe destiné à brouiller, sous les paillettes, bien des pistes. Cet article a été écrit en juin 2007.

Le hasard a fait que je viens de lire un excellent article en anglais du non moins excellent journaliste américain (et noir), Gary Younge, qui écrit régulièrement dans The Guardian de Londres. L'article s'intitule Melanin and mammaries : Have centuries of struggle come to this?

Younge met le doigt sur les limites de ce qu'on appelle dans les pays anglophones "la politique de l'identité". Aux Etats-Unis, inspirés par la campagne de Barack Obama pour la candidature démocrate à l'élection présidentielle de 2008, de jeunes Noirs portent des T-shirts avec le slogan "Futur président des Etats-Unis". La réalité est qu'Obama rentre très bien dans le moule d'un Establishment démocrate qui n'a rien fait pour sortir les minorités discriminées des Etats-Unis d'une situation sociale catastrophique où, par exemple, un homme noir sur trois se retrouvera un jour en prison. Ce serait plus juste (mais évidemment psychologiquement trop dur) d'arborer le slogan "Futur détenu".

Younge établit également un parallèle avec la candidature de Hillary Clinton, "championne" des femmes. Rien n'a été accompli pour la libération des femmes et l'émancipation des Noirs, dit très justement Gary Younge, sans des luttes menées par les intéressés eux-mêmes.

Younge fait également une remarque très juste sur la politique américaine qui s'applique parfaitement à la situation française. Quand il s'agit de promouvoir quelques représentants des minorités discriminés, ou quelques femmes, pour donner l'impression qua la question "ethnique" ou celle du rôle subordonné des femmes est réglée, écrit-il, la droite est souvent plus forte que la gauche (sous-entendu, la gauche "réaliste"). A nous de faire en sorte que la superchérie ne marche pas, en construisant une gauche de lutte de classe qui intègre le combat contre toutes les discriminations, en actes et pas seulement en paroles.
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Monique Crinon ...

Et voilà, la baguette magique républicaine universaliste a encore opéré un de ses fameux tours de passe passe ! Il n‘est plus question de femmes issues de l’immigration, de beurettes, de xième génération, non, l’heure est à la diversité.

Juste un commentaire, « diversité » a bien quelque chose à voir avec variété non ? Voilà qui rime bien avec les paillettes de ce gouvernement champion de la communication. En des temps pas si anciens, on collait un ouvrier, juste pour donner à penser que oui bien sûr l’égalité existait ou, au minimum, la machine à promotion sociale fonctionnait. Bon, il est vrai que c’était moins chatoyant (mais au fait combien de prolos au gouvernement ?)

Nous avons eu, avons encore, le même scénario avec les femmes, qu’on se souvienne de la malheureuse Édith Cresson emblématique Première ministre, juste le temps de démontrer qu’elle n’en avait pas assez…, et que l’erreur de casting était sérieuse.

De qui se moque-t-on avec ce genre de cirque médiatique ? Des discriminé-e-s justement qui disparaissent derrière des éléments de décors et d’apparat républicain. Le tour est joué, car il n’est désormais plus possible de parler d’égalité, le débat est clos une fois pour toute : que les femmes se taisent, elles sont au gouvernement, que les Noirs et les Arabes la bouclent, ils sont au gouvernement, et s’il n’y en a pas plus eh bien c’est qu’ils ne sont pas assez nombreux à avoir mérité d’y être !

Bref, la question n’a plus de pertinence politique. Dès lors, finies les luttes contre les discriminations, elles sont le fait de losers, de paumés et d’inadaptés sociaux, le discours est clair : ceux qui veulent véritablement s’intégrer y parviennent, c’est affaire de mérite et de volonté.

Les « gens de peu » paient d’un prix élevé les silences de la gauche sur la nature des inégalités et des discriminations, la stratégie des politiques sociales et de la politique de la ville qui font de chaque famille « en difficulté » un « cas » abordé en recourant à un discours psycholéagineux qui, en dernière instance, fait porter aux victimes des iniquités sociale et économique la responsabilité de leur situation.

Et les tournants pris par la politique de la ville n’ont cessé de conforter cette approche, qu’il s’agisse de la réussite dite éducative et scolaire ou de l’accès à l’emploi. On parle de parcours (du combattant ?) en matière d’accès à l’emploi et de réussite éducative. Il n’est donc plus question de s’affronter à la nature profondément ethno centrée et bourgeoise des enseignements, ni à la discrimination patente opérée par les employeurs. Il est question désormais d’aider les victimes à résoudre leur « mal être », à améliorer leur « comportement » au moment de l’embauche, et, si besoin est, à se couper de parents potentiellement dangereux pour l’intégration. C’est à ce qu’il y a de plus intime, de plus sacré, à la psyché qu’on s’attaque.

De qui se moque t-on encore une fois, des discriminé-e-s, ai-je dit, mais aussi de nous tous-tes, de celles et ceux qui se battent contre les plafonds de verre qui verrouillent et compartimentent la société. C’est un discrédit global sur l’histoire des luttes , de toutes les luttes présentées désormais comme des freins aux réussites personnelles.

Ce gouvernement, derrière les paillettes qu’il agite sous le regard ébaubi de la population, est le chantre et le metteur en scène d’une idéologie dont la boussole première est l’individualisme d’acteurs centrés sur leurs seuls destins. Dans ce cadre, l’individu est forcément libre, égal en droit et (potentiellement) en fait. Quand cette égalité n’est pas avérée, l’individu, qui avait le choix, ne saurait s’en prendre qu’à lui….voire à celles et ceux qui, comme nous, croient encore à l’existence et à la malignité de dominations sociales et économiques délibérément maintenues.

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