25 juillet 2009

 

Islamophobie : Un entretien de Mouloud Aounit


sur le site Med'in Marseille (vidéo)
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Lire également, un texte du Collectif des Féministes pour l'Egalité : Obama, le port du hijab et la France

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04 juin 2009

 

Obama au Caire

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Obama a dit une chose de juste:

"I reject the view of some in the West that a woman who chooses to cover her hair is somehow less equal, but I do believe that a woman who is denied an education is denied equality."

"Je refuse le point de vue exprimé par certains dans les pays occidentaux qu'une femme qui choisit de couvrir ses cheveux devient moins égale, mais je crois qu'une femme à qui on nie le droit à l'éducation est privée de l'égalité."

Barack Obama, Le Caire, 4 juin 2009

Et comme on pouvait s'y attendre, des défenseurs de l'exception française qui exclut les filles voilées de l'éducation dite 'nationale' sont outrés (Ni Putes Ni Soumises en tête). J'aurais honte pour mon pays si c'était le mien ...

Mais ce n'est pas parce qu'il a dit une chose juste que je vais céder à l'Obamamania ... Juste avant la visite d'Obama au Caire, le socialiste égyptien Hossam el-Hamalawy a écrit cet article: Right Time, Wrong Place pour dire que le président américain cautionnait un régime qui réprime les grèves et ne tolère aucune opposition sérieuse:

We do want allies in the West, but not from inside the White House. Our real allies are the human rights groups and unions that will pressure the Obama administration to sever all ties to the Mubarak dictatorship. Their visits to Egypt are more meaningful, even if unlike Mr. Obama, they do not get a lavish reception.

La dernière d'une longue série de luttes ouvrières en Egypte: Egypt post workers' strike defies state

Egyptians unimpressed by Obama's speech

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14 mai 2009

 

La Fédération des Femmes du Québec contre l'interdiction des signes religieux dans les services publics

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Des féministes pour l'ouverture et la tolérance ...

LA FÉDÉRATION DES FEMMES DU QUÉBEC PREND POSITION – NI OBLIGATION RELIGIEUSE, NI INTERDICTION ÉTATIQUE

Québec, le samedi 9 mai 2009 – Réunies aujourd’hui en assemblée générale spéciale, à Québec, les membres de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) ont appuyé la position proposée par leur conseil d’administration sur les signes religieux. En même temps qu’elles s’opposent à l’obligation qui est faite aux femmes de porter des signes religieux ici et ailleurs dans le monde, elles s’opposent également à l’interdiction du port de cessignes au sein de la fonction et des services publics québécois. « Pas d’obligation, pas d’interdiction », de déclarer Michèle Asselin. La Fédération des femmes du Québec s’affirme pour l’intégration et pour la liberté.

Pour élaborer sa position, l’organisme féministe a abordé le sujet sous trois angles : l’analyse féministe, la discrimination que vivent les femmes immigrantes ou racisées et le modèle québécois de laïcité.

L'ANALYSE FÉMINISTE

Dans le débat autour du port de signes religieux, le foulard islamique (hidjab) revient toujours. L’analyse féministe, qui vise l’égalité entre les femmes et les hommes, ne peut ignorer l’existence d’inégalités entre les femmes elles-mêmes. On doit donc tenir compte du croisement des multiples discriminations subies par les femmes issues de groupes ethnoculturels et racisés, discriminations qui les contraignent à des situations de vulnérabilité et d’exclusion encore plus importantes que pour l’ensemble des femmes. Interdire le port de signes religieux dans les institutions publiques aurait pour effet d’augmenter la discrimination à l’égard de femmes déjà discriminées et d’entraver ainsi la poursuite de leurautonomie
financière.

« Les principes de l’analyse féministe s’appuient, entre autres, sur la nécessité de respecter le rythme, les choix, les valeurs et les besoins des femmes concernées », d’ajouter Mme Asselin.

LA DISCRIMINATION VÉCUE PAR LES FEMMES IMMIGRANTES ET RACISÉES

La Fédération des femmes du Québec est d’avis qu’interdire le port de signes religieux dans les institutions publiques aurait pour effet d’augmenter la discrimination à l’égard de femmes déjà discriminées et de les stigmatiser au sein d’autres institutions ou milieux de travail, voire dans l’espace public. Le danger est réel qu’une mesure allant dans le sens de l’interdiction provoque un renfermement sur soi, un repli identitaire, de certains groupes minoritaires dans la société. Cette ghettoïsation favoriserait le maintien de traditions d’origine souvent défavorables aux femmes et, par conséquent, contraires à l’égalité entre les femmes et les hommes. Par sa prise de position contre l’interdiction du port de signes religieux, la FFQ prône plutôt le processus d’intégration à la société d’accueil, à ses valeurs et à ses droits fondamentaux, par un véritable accès à l’emploi tant dans les secteurs public que privé.

LE MODÈLE QUÉBÉCOIS DE LAÏCITÉ

Le modèle qui prévaut au Québec en est un de laïcité ouverte, construit autour du devoir de tolérance. Il reconnaît la nécessité de la neutralité de l’État, mais aussi l’importance que plusieurs personnes accordent à la dimension spirituelle, et assure la protection de la liberté de conscience et de religion. Alors que la liberté de conscience inclut le droit de manifester sa croyance religieuse, la FFQ croit que les institutions publiques québécoises doivent permettre, autant à ses usagères etusagers qu’à son personnel, le port de signes religieux, visibles ou non. La neutralité de l’État est basée sur les actes que celui-ci réalise et non sur l’apparence des personnes qui le composent. En effet, des employées et employés pourraient faire de la propagande ou du prosélytisme tout en n’arborant aucun signe ou symbole religieux, et ainsi, nuire davantage à la neutralité de l’État.

« Les membres de la Fédération des femmes du Québec ont réaffirmé qu’elles sont pour la liberté religieuse, mais contre les intégrismes de toutes les religions. Nous entendons poursuivre sans relâche notre lutte contre les violations commises au nom des religions », de conclure Mme Asselin.

Espèrons que cette prise de position fera réfléchir leurs homologues français(e)s ...

La position de Québec Solidaire

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05 octobre 2008

 

Y a-t-il un féminisme islamique ?



Un camion transportant des poireaux au Maroc

Le point de vue de la marocaine Nadia Yassine sur le site Alternatives

Une présentation sommaire de l'islamisme au Maroc

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12 juillet 2008

 

Lindsey German : "Les avancées des années 1970 se sont heurtées aux limites imposées par une société de classe"

Lindsey German est une féministe qui défend sans concessions les idées du marxisme révolutionnaire. Elle a écrit notamment pour réfuter la théorie de la patriarchie selon laquelle l'oppression de la femme existe indépendamment de l'exploitation de classe. Pour créer une société où l'oppression basée sur le genre n'existe pas, il faut abolir l'exploitation basée sur la classe.

Très respectée en Grande-Bretagne, elle est membre de la direction du Socialist Workers Party et depuis sa création coordonnatrice nationale de la Stop the War Coalition. Elle a écrit plusieurs livres dont deux sur la condition féminine: Material Girls : Women, Men and Work (2007) et Sex, Class and Socialism (1989).

Lindsey German sur YouTube à Marxism 2008
En français : La famille aujourd'hui (extrait de Sex, Class and Socialism)

Lindsey German sur Wikipedia (en anglais)

Nous l'avons interviewée récemment à Londres.

Que penses-tu de la position occupée par les femmes dans la société d’aujourd’hui ?

Il n’y a pas de doute que la situation est meilleure que par le passé. Il y a eu des progrès importants en une ou deux générations, au moins en ce qui concerne les pays développés. Mais trente ou quarante ans plus tard les femmes sont toujours moins bien payées que les hommes, elles doivent consacrer plus de temps à s’occuper des enfants et elles occupent un rôle subordonné au travail.

Dans les pays en voie de développement la situation est bien pire et la vie des femmes est souvent particulièrement dure. Quant elles ont un travail elles sont toujours en bas de l’échelle. Autrement pour survivre il n’existe que très souvent l’industrie du sexe ou l’émigration et la séparation avec leurs familles.

Donc l’oppression de la femme est toujours un sujet d’actualité.

Les femmes doivent donc, selon toi, encore se battre en tant que femmes, malgré les victoires emportées dans les années 1970 ?

A l’époque, nous nous sommes battues entre autres pour le droit au travail et pour le contrôle de la sexualité. Depuis, pour l’essentiel, nous avons gagné ces droits. Mais nous subissons de longues heures de travail, la précarité et la flexibilité – tout comme les hommes, d’ailleurs.

Quant à la liberté sexuelle, la marchandisation de tous les aspects de la vie fait que notre corps est de plus en plus traités comme une commodité. L’image de la femme est exploitée à des fins publicitaires et les femmes elles-mêmes sont souvent considérées comme des objets sexuels.

En réalité, les avancées des années 1970 se sont heurtées aux limites imposées par une société de classe. Nous nous rendons compte que le progrès n’est pas mécanique. Il peut même y avoir des reculs, comme les attaques qui ont lieu aujourd’hui dans certains pays européens contre le droit à l’IVG ou contre les droits sociaux comme les congés de maternité. Nous devons toujours nous battre pour la libération de la femme, mais ce combat doit faire partie d’un mouvement plus large pour une autre société.

Quelle est aujourd’hui la bonne stratégie pour le mouvement?

Il est évidemment très important de mener le combat pour le droit à l’IVG, pour l’égalité des salaires ou contre l’exploitation sexuelle. Mais tout seul, ce mouvement n’aboutira pas à la libération des femmes.

Nous, par exemple, pensons que la lutte pour les droits des femmes fait partie de notre lutte contre la guerre en Irak et en Afghanistan. Cela ne fait qu’un seul combat.

De la même façon, nous participons aux luttes syndicales tout en militant pour l’égalité des femmes à l’intérieur même des organisations ouvrières.

En France, il existe une forme de néo-colonialisme aux ralents islamophobes. Beaucoup de féministes participent à la discrimination contre les femmes voilées, par exemple. Quelle est ta position la-dessus ?

La libération des femmes ne doit pas signifier que les femmes occidentales aient le droit d’imposer leur point de vue aux autres. En Grande-Bretagne, il existe beaucoup de gens qui disent qu’ils sont opposés à l’islamophobie mais que, finalement, le port du voile n’est pas bien. Notre position est simple : nous sommes pour la liberté de choix. Nous nous opposons à toute idée de supériorité culturelle.

En France, l’opposition active à la guerre est très faible. A ton avis, en tant que responsable du mouvement en Grande-Bretagne, quel est son avenir ?

Pourtant votre président Sarkozy a dit qu’il envoie des renforts en Afghanistan et la France est très impliquée dans la guerre contre le terrorisme !

Chez nous la question est vraiment capitale. La Grande-Bretagne est l’allié principal des Etats-Unis, c’est donc un problème stratégique pour la gauche. Nous disons que leur guerre n’a rien à voir avec la libération des femmes, qu’il y a aujourd’hui plus de viols, d’assassinats de femmes ‘pour l’honneur de la famille’ et plus de prostituées qu’avant la guerre. L’intervention n’a pas eu comme effet de ‘civiliser’ ces pays, au contraire elle a conduit à un nouveau type de barbarie.

Aujourd’hui, nous avons le devoir d’empêcher une attaque contre l’Iran. Une guerre menée contre ce pays mettrait inévitablement tout le Moyen-Orient au feu et au sang.

Pour conclure, tu es une des responsables de la coalition RESPECT [un regroupement de la gauche radicale] qui a connu une scission catastrophique en 2007. Quelles sont d’après toi les principales leçons de cet échec ?

Nos problèmes sont dûs en partie au système politique britannique qui donne très peu de chances à des minorités électorales. Le fait de ne pas avoir réussi une percée rapide en dehors du seul siège détenu par George Galloway nous a beaucoup fragilisé.

Nous n’avons pas pu construire une alliance assez large. RESPECT était constituée essentiellement de trois composants : le Socialist Workers Party, Galloway et une partie de la communauté musulmane. Si les rapports entre ces trois composants devaient se dégrader, il y avait toujours un risque majeur que la coalition implose – et c’est ce qui s’est passé.

Le fait est que le besoin d’une alternative électorale au parti travailliste, qui a été la raison d’être de RESPECT, est toujours aussi fort. Donc si à court terme cette alternative n’existe plus, nous devons continuer à travailler dans ce sens.

Propos recueillis en juillet 2008 à Marxism 2008, l’université d’été du Socialist Workers Party à Londres, par Laure, Laurent et Colin (qui a assuré la traduction).

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01 juin 2008

 

40 ans après 1968 : La lutte des femmes pour l'égalité professionnelle

1968 a été en Grande-Bretagne l'année d'une grève historique - celle d'un groupe d'ouvrières chez Ford à Dagenham pour l'égalité des salaires avec les hommes. C'est un exemple d'un combat pour l'égalité professionnelle qui est loin d'être gagné aujourd'hui.

Ell

Read this excellent article by Jo Revill

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12 avril 2008

 

La politique du voile : un livre important

Dans son livre The politics of the veil, Joan Wallach Scott, professeur à l'Université de Princeton, expose le caractère raciste du vote de la loi de 2004 interdisant les signes religieux à l'école. Trouvera-t-il un traducteur et un éditeur français ?

A commander sur Amazon.fr

Des livres de Joan W. Scott en français ...

Voir aussi Les filles voilées parlent ...

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08 février 2008

 

Questions de race et de genre dans la course à la Maison Blanche

"La politique de l'identité" est mise en avant pour cacher la misère du débat politique chez les Démocrates, pour lesquels la défense du modèle économique américain est toujours l'objectif suprême. A noter que Barack Obama vient de récolter plus de $ 7 millions grâce à sa performance dans les primaires de Super Tuesday. Il doit sa popularité en grande partie au fait que c'est un modéré (une espèce de Bayrou américain), qu'il est très patriote et qu'il ne vient pas du 'Sud profond' comme un Jesse Jackson. Et qu'il parle très peu du racisme et d'oppression aux Etats-Unis. Pendant ce temps, certaines féministes soutiennent Clinton avec des arguments qui frôlent le racisme. Les Noirs, paraît-il, auraient bénéficié de faveurs en comparaison avec les femmes.

Un très bon article (en anglais) de Abbie Bakan, universitaire et militante canadienne, membre des International Socialists.

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23 octobre 2007

 

Quand la gauche belge débat le foulard ...



Nadine Rosa-Rosso : "Peut-on libérer les gens malgré eux ?"

Et si le foulard pouvait libérer ?

A propos de la pétition sur la « place des convictions philosophiques à l’école »

Je ne signe pas la pétition intitulée « La place des convictions philosophiques à l’école ». Malgré toutes ses précautions oratoires, elle vise uniquement le port du foulard par les jeunes filles musulmanes et certaines conceptions attribuées à la seule religion musulmane. Existe-t-il un autre « signe ostensible d’appartenance philosophique ou religieuse » qui fasse débat dans la Belgique d’aujourd’hui ?

Mais pour éviter le mot fatidique, la pétition s’est un peu égarée.

La loi française du 15 mars 2004 sur le sujet se limitait à ceci : « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». Or la pétition belge va beaucoup plus loin. Elle concerne non seulement les conceptions religieuses, mais aussi philosophiques. Elle concerne non seulement les écoles publiques, mais aussi les écoles subventionnées par l’Etat.

Rallumer la guerre scolaire ?

Une telle loi entraînera un grand nettoyage de toutes les écoles catholiques subsidiées par l’Etat : plus de crucifix, plus de références affichées à telle déclaration du pape. Comment pourrait-on interdire aux élèves et aux enseignants d’afficher des signes religieux, tout en tolérant qu’ils garnissent les murs de l’institution ? Autrement dit, la pétition rallume la guerre scolaire. C’est d’ailleurs ainsi que le président du Conseil interdiocésain des laïcs, Paul Löwenthal, l’a compris. Il déclare dans une Carte blanche du Soir du 18 juin 2007 : « Loin de donner leur place aux religions, elle (la pétition) demande de les en exclure. Et elle met en cause l’existence même des écoles confessionnelles ». Son interprétation est parfaitement légitime.

Il faudra que la loi revendiquée précise ce qu’elle entend par « signe ostensible d’appartenance philosophique ou religieuse ». Une barbe naissante sur le menton des jeunes garçons ? Un crâne rasé ou une coiffure rasta ? L’étoile de David en pendentif ? L’imagination des jeunes pour exprimer leurs convictions est sans limite. Et c’est tant mieux. Plutôt que d’interdire les signes des convictions philosophiques ou religieuses, ne faudrait-il pas encourager les jeunes à exprimer la diversité de leurs convictions comme de leurs doutes ? N’est-ce pas ainsi qu’il faut interpréter l’article 24 de notre constitution : « La communauté organise un enseignement qui est neutre. La neutralité implique notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses des parents et des élèves » ? La neutralité ne se réalise pas par des interdits mais par la diversité des convictions et le respect des individus.

Fini de contester !

La pétition met en cause la « contestation des contenus mêmes des cours ». Ce genre de formulation est dangereux. D’une part il y a le programme des cours, d’autre part il y a le débat nécessaire avec les jeunes sur ce qu’ils pensent du contenu des leçons données. Il faut encourager les jeunes à exprimer leurs divergences sur le contenu, sinon ils remettront en question leur participation aux cours, ce que nous ne voulons pas.

Les enseignants sont débordés par la situation dans les écoles, c’est vrai. L’avenir que notre société réserve à nos enfants est le principal problème à résoudre et les enseignants le savent très bien. Ajouter une série d’interdits dans une telle pétaudière ne résoudra rien au problème, il ne fera que l’aggraver. Il serait bien plus utile de revendiquer plus d’enseignants, plus d’éducateurs, plus de temps pour la réflexion et l’échange pédagogiques notamment.

La pétition invite les jeunes à « l’intériorisation de leurs convictions philosophiques ». Les jeunes ont donc « droit à des convictions », mais ils sont priés de les intérioriser. Si le droit d’avoir des convictions n’est pas lié au droit de les extérioriser, c’est un droit creux. Cet interdit supplémentaire ne fera que creuser le fossé entre professeurs et élèves. Un exemple. Selon la pétition, la mixité sociale est une « valeur fondatrice de notre société ». Va-t-on interdire aux élèves de contester ce point de vue ? Si « mixité sociale » signifie que les riches se mélangent avec les pauvres, où cette « valeur » est-elle appliquée ? Dans l’enseignement, les quartiers ou les entreprises, sur les espaces commerciaux ou de loisirs ? Comme enseignant(e), allez dire aux quelque 60.000 jeunes qui fréquentent l’enseignement professionnel : « Notre société est fondée sur la mixité sociale ; vous êtes priés de ne pas contester cette idée, mais comme nous sommes tolérants, vous avez le droit de penser, mais seulement de penser, qu’il n’y a pas une fille ou fils de bourgeois dans votre classe ». Il n’y a pas plus d’arguments scientifiques pour prouver que la mixité sociale a fondé notre société que pour affirmer que Dieu l’a créée. Cessons donc de présenter notre société comme idyllique et nous-mêmes comme les plus malins, alors que nous sommes tout simplement en train de liquider des droits élémentaires. Ne confondons pas droits et valeurs

Des féministes s’en prennent au foulard au nom de la libération de la femme. Mais peut-on libérer les gens malgré eux et, de plus, en leur retirant un droit ? Pour un(e) démocrate, le droit de porter le foulard va évidemment de pair avec le droit de ne pas le porter. Accorder un droit ne signifie nullement qu’on milite pour l’exercice de ce droit. Réclamer le droit au divorce ou à l’interruption de grossesse ne signifie nullement la propagande en faveur du divorce ou de l’avortement. La société définit des droits pour la vie en collectivité et les individus exercent ces droits selon leurs valeurs propres. La dérive sur les valeurs, que nos sociétés redécouvrent soudainement quand il s’agit de l’immigration, a conduit la France de Sarkozy à se doter d’un ministère de « l’identité nationale et de l’immigration ». Aux Pays-Bas, elle a conduit un parti de gauche comme le SP à redécouvrir les bienfaits de la monarchie et la mission civilisatrice des colonies. Des athées mènent le combat contre le foulard au nom de la lutte contre la religion. Mais on ne fait pas reculer la religiosité des gens en leur interdisant de manifester leur culte. Je crains qu’on obtiendra ainsi le résultat contraire et c’est compréhensible.

L’enjeu politique : l’exemple français

En France, c’est le journal d’extrême droite Minute qui a lancé la première attaque contre le foulard en diffusant, en 1983, l’image d’une Marianne voilée. C’est un maire de droite (RPR) qui a choisi l’affrontement avec trois jeunes filles, à Creil, le 4 octobre 1989. Le résultat direct est que le nombre de jeunes filles voilées a augmenté très rapidement. Parlant de la loi du 15 mars 2004, l’historien Gérard Noiriel note : « Le succès a été total puisque le texte présenté par la droite a été voté par la gauche et qu’en plus cette affaire a provoqué de très fortes divisions en son sein » |1|.

Noiriel souligne que les jeunes filles incriminées appartenaient aux classes dominées. L’appartenance sociale des jeunes filles portant le foulard n’a jamais été prise en compte pas plus que la différence de la situation de la femme dans un pays islamique ou dans un pays comme la France.

L’exemple français mérite d’être médité. D’une caricature d’extrême droite à une loi votée par toute la classe politique, il n’a fallu que vingt ans pour opérer un « tournant dans l’histoire des discours sur l’immigration[[idem, p. 639] ] ». Et ce n’est malheureusement pas le seul thème où les conceptions les plus à droite ont gagné presque toute la classe politique. Et si la foi soulevait des montagnes ?

Au moment où j’achevais ce texte, la RTBf programmait un reportage sur le foulard. Un groupe de jeunes filles portant le foulard entament leurs études de médecine à l’Université Libre de Bruxelles. Leur seule présence dans cette faculté réfute les préjugés véhiculés par la pétition. Ces jeunes filles contribuent à la mixité sociale de l’université. Quarante ans après mai 68, les enfants des couches populaires y sont toujours une minorité. Pour y arriver, ils doivent vaincre bien plus d’obstacles que les autres enfants. Elles contribuent aussi à la mixité des genres. Elles prouvent ainsi que la religion musulmane ne constitue pas en soi un handicap à l’accession des jeunes filles aux études supérieures. Leur foi ne les empêche pas d’étudier la biologie et de combiner la croyance en un créateur et l’étude des méthodes scientifiques.

Le libre examen devrait reconnaître à ces jeunes filles leur droit inconditionnel à poursuivre leurs études. Mais non, il leur est ordonné de renoncer au foulard avant d’entrer dans un laboratoire. Rebelles, elles sont convoquées chez un haut responsable de la faculté. Et quel argument rationnel donne le représentant officiel du libre examen et de la méthode scientifique ? « Ici, nous ne sommes pas au Club Med ». Fin de citation. Depuis la maternelle jusqu’à l’université, je n’ai fréquenté que les bonnes écoles de la Ville de Bruxelles et le temple du libre-examen. Je n’ai jamais été croyante mais j’ai toujours eu la faiblesse de croire en la bonté du genre humain. Face à ces jeunes filles, nous les athées libre-exaministes, sommes-nous incapables d’émettre une hypothèse inverse à celle de la pétition ? A savoir que c’est peut-être la foi qui a aidé ces jeunes filles à vaincre tous les obstacles sur le chemin de leur émancipation ? Et si cette foi-là implique le port du foulard, en quoi cela nous regarde-t-il ?

|1| Ce bref historique est tiré du livre de Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXème-XXème siècle), Discours publics, humiliations privées, Fayard, 2007, pp 634 et suivantes


NOTE Une excellente réponse à une pétition réclamant l'interdiction des signes religieux en Belgique. Il semblerait qu'une partie de la gauche belge veut répéter les mêmes erreurs que la gauche française.

Disons-le une nième fois, vouloir interdire les signes religieux à l'école ou restreindre les droits des femmes musulmanes (il n'y a que les femmes qui sont touchées par de tels interdits), c'est une capitulation pure et simple à l'islamophobie.

Lire cet article paru dans la revue Socio-anthropologie, n° 17/18 (2006) ayant comme thème central, Religions et modernités, La modernité de Dieu : Regard sur des musulmanes d’Europe libres et voilées, de Nadine Weibel

/.../ cette tenue contemporaine n’a rien à voir avec un voilement traditionnel et s’en démarque radicalement. Il s’agit d’un vêtement résolument urbain, donc moderne, puisque de tous temps, sous toutes les latitudes, les villes ont symbolisé la modernité. C’est dans les villes que naissent les modes rapidement copiées par les régions rurales. Le hijâb est donc apparu aux alentours de 1970 dans les universités du Machrek avant de rejoindre celles du Maghreb. Dès les années 1980, il fait partie du paysage urbain européen avant de s’étendre à l’ensemble des pays musulmans sur les cinq continents. Il s’agit bien là d’un phénomène issu de la modernité où la notion culturelle est balayée au profit de celle de l’appartenance au groupe de croyance. Aujourd’hui il apparaît comme une étape inéluctable dans l’existence de ces croyantes et il est associé à l’islam du xxie siècle.

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06 octobre 2007

 

Women and Islam

The debate over voting and the veil in the recent federal by-elections in Quebec is another example of how Islamophobia is used to justify war, and create divisions between Muslims and non-Muslims, write Chantal Sundaram and Kelly Holloway dans Socialist Worker (Canada) (24 septembre 2007)

Politicians and media cannot rely exclusively on the threat of terror to justify intervention and occupation in the Middle East: they make a pretense of appealing to people’s better natures under the guise of defending “humanitarian causes” in the Muslim world and, in particular, by equating Islam with the oppression of women.

A Western government outcry about Islam and women’s rights only emerged after September 11, with the bombing of Afghanistan, when the West suddenly “discovered” the Taliban’s oppressive policies regarding women after years of complete indifference (and sometimes even support). Pro-war pundits used “women’s rights” as one of the justifications for invading Afghanistan – just as the claims of bringing democracy to Iraq were used to justify invading that country.

And now Stephen Harper, who himself risks being punished at the ballot box for his support of the Afghan mission, has gone on record saying that he “profoundly disagrees” with the decision by Elections Canada to allow Canadian Muslim women to vote with their faces covered by burkas or niqabs, invoking federal legislation passed in late June on the visual identification of voters.

The hidden agenda is obvious. First, the existence of a mail-in ballot gives the lie to fake concerns over visual identification. Tens of thousands of people vote by mail-in ballot every year, without even preseting IDs.

Second, of the roughly 200,000 Muslims in Quebec, no more than 50 wear the full head covering. Third, although it should be these women’s right to vote while covered, the whole debate about it was manufactured.

As Sarah Elgazzar, a spokeswoman for the Canada Council on American-Islamic Relations, notes: “If anybody had actually bothered to ask the women that are actually concerned, and we are talking about a very small minority of women, they would have told them that they always take [their covering] off to identify their faces,” she said.

“And they do it at the bank, they do it at border crossings, they do it at the airport.”

Why now?

The fundamental question we must ask is, why the sudden concern over visibility now? It doesn’t seem to be due to any new developments in election fairness, much less to any new-found concern for women’s rights on the part of Stephen Harper.

When the French government banned the hijab in France’s public schools, it was not actually concerned about the oppression of women but, as some politicians explicitly stated, about the rise of “militancy” in France’s Muslim community.

Hijab was considered to be a symbol of that, along with the Palestinian scarf and anti-war buttons. Moreover, there is a
clear pattern throughout the West of inventing Islamophobic controversies to divert public anger over the “war on terror”.

Denmark sent troops to Iraq, and then published racist cartoons. Germany sent troops to Afghanistan and then one of their states proposed banning women who wear the hijab from school. Holland sent more troops to Afghanistan, and proposed to ban the burqa. Britain remains in Iraq, and around the same time that it sent more troops to Afghanistan in fall 2006 it also stoked media hysteria against the niqab.

Now, Canada deploys the Royal 22nd Regiment – the all- francophone regiment based in Valcartier, Quebec – in July 2007 and, in September, stokes a debate about the veil in Quebec, where opposition to the war in Afghanistan is higher than anywhere else in Canada.

Women’s rights?

The most fundamental stereotype of Muslim women is that they are not liberated or educated. All coverings, from the headscarf known as hijab to the full covering of the niqab or burqua, are considered the primary symbol of this.

In fact, Muslim women wear the veil for a number of reasons. One of these reasons has been as a form of resistance, particularly in response to threats to Islam and Muslims. North American Muslim women who wear the veil have to constantly assert their identity in response to often discriminatory questions and assumptions about their culture.

Wearing the veil has become almost indistinguishable from an act of defiance in this context. Studies in this area show that, rather than accepting the fear and marginalization that resulted from September 11 and the subsequent declaration of the “war on terror”, Muslim women are taking ownership of their religious identities and asserting their own dynamic interpretation of Islam.

But these negative perceptions of the veil have a long history, which dates back to colonialism, where Orientalist approaches to culture assumed that the veil is a symbol of oppression and women’s subjugation.

In fact, the veil has been worn through history as custom; in accordance with state law; for personal reasons, as a mark of wealth and status, fashion or beauty; to demonstrate conventional values; to hide identity as revolutionary protest; for political protest; for religious reasons; to access the public sphere; statement of personal identity; and so on.

The meaning of the veil has changed through history, most markedly with the advent of colonialism in predominately Muslim regions of the Middle East.

After the establishment of European colonial power in Muslim countries, the colonial discourse on Islam was focused on women, arguing that Islam was innately oppressive to women, epitomized by the veil.

This colonialist discourse was derived from the language of equal rights for women. This political use of the idea that Islam oppressed women was based on inaccurate understandings of Muslim societies and an interest in undermining the colonized country.

In this context, the veil became a symbol of dignity and validity of native customs under colonial attack. The context of colonialism as a powerful and pervasive force through history has charged all discourse on the veil with a particular political import and in some cases has acted as the impetus for women to wear the veil.

Islamophobia was present prior to September 11 – the 1980s and 1990s saw a proliferation of media images of veiling as a process closely linked to growing Western perceptions and fear of an Islamic threat. However, September 11 has given new meaning to discourse on Islam, reinvigorating Islamophobia as an acceptable mainstream perspective.

The tradition of wearing the veil as a form of resistance is associated with an assertion of religious identity in response to attacks on culture and religion. This tradition is present amongst young women in North America who wish to defend their religious identity in the face of Islamophobia.

The debate in Quebec

It has been implied in the English media that politicians from all parties made an issue of voting and the veil in order to appeal specifically to Quebec voters, who are portrayed as more anti-Muslim than others in the country.

This was emphasized by the fact that the furor erupted at the very same time that Quebec Premier Jean Charest’s Commission on Reasonable Accommodations began its hearings on what types of public religious accomodation are supported by Quebec residents.

The truth is that media and politicians in English Canada have long sought to demonize the Québécois as being more racist and intolerant than English Canadians, for similar reasons that they now seek to demonize Muslims: as a way of discrediting the desire of the Québécois to determine their own future. But there is nothing unique to Quebec about the debate on voting and the veil or about religious accomodation.

There is only something unique about the timing, both in terms of the deployment of the Royal 22nd Regiment and the rising anger in Quebec over Afghanistan, and the start of a public discussion on the place of minority religions within Quebec society.

Many people in Québec have spoken out against attempts to stoke Islamophobia there. Earlier this year, Jean Dorion, President of the Saint-Jean-Baptiste Society of Montreal, an organisation that celebrates Quebec nationalism, published a letter in Le Devoir about the wonderful experience his daughter had in a childcare service run by a Muslim woman who wears hijab, as a personal commentary on the religious accommodation debate:

"Fear of the unknown is natural, but it is also all too natural to exploit it without thinking of future consequences, to sell papers, to increase your audience, or to garner a quick vote, as we sometimes say that certain businesspeople want to make a quick buck.

“We had thought that the freedom to believe, just as the freedom to not believe, and to observe or not, according to one’s conscience, on the condition of respecting the freedom of others, was one of the conquests of our civilisation.

“This principle is put into question both by a majority that is more traditional than they seemed... and by the fundamentalist fringe of the secularists, whose claim sometimes provokes laughter: ‘Religions are the cause of all wars’ wrote a reader of La Presse. Really?...

“Those responsible for war are neither believers nor non-believers, but those who are intolerant, those who hold it against you for believing what they don’t believe or for not believing what they believe.”

Et en français, un texte de Benoît Renaud de Socialisme International (Canada) sur la question épineuse des "accommodements raisonnables" au Québec. Benoît est également membre de Québec Solidaire.

NOTE Le terme "accommodements" s'applique, paraît-il, à des mesures de reconnaissance des spécificités culturelles des minorités, comme le port du voile islamique. J'avoue ne pas comprendre tous les tenants et aboutissements de cette question telle qu'elle se pose dans "la belle province" (je plaisante), ni quelle peut être la signification de l'adjectif "raisonnable" dans un tel contexte ("raisonnable" pour qui ?). Les termes du débat ne sont sans doute pas posés de la même façon qu'en France.

Benoît, par exemple, défend la notion d'"intégration" des immigrés dans la communauté linguistique française - en prenant bien soin de préciser que cela signifie la reconnaissance de leurs droits sociaux, culturels et linguistiques. Alors que chez nous, le terme a tellement été abusé - y compris à gauche par les courants 'républicains' et 'assimilationnistes' comme SOS Racisme ou Ni Putes ni Soumises - qu'il est très difficile à l'utiliser sans donner des gages aux racistes.

Nous ne comprenons rien, non plus, de la question nationale au Québec. Sur le 'fédéralisme', par exemple, il est intéressant à comparer l'attitude des camarades québecois avec celle de la gauche belge (voir ce message sur la Belgique). Sans parler des divergences qui existent dans l'extrême gauche écossaise sur la revendication d'une Ecosse indépendante et socialiste, ou la dérive identitaire d'une petite partie de la gauche radicale anglaise. Pas facile de se retrouver dans tout cela !

Voici un extrait de l'article de Benoît qui donne un aperçu de son argumentation :

"Dans le contexte de la mondialisation néolibérale, des guerre impérialistes dans le monde musulman et de la crise du projet national québécois, le débat de société qui avait commencé autour de certains jugements de cour sur des accommodements a glissé rapidement vers un débat sur l’intégration des populations immigrantes et de religion minoritaire dans la société québécoise, ainsi que sur la définition de l’identité québécoise avec et face à cette nouvelle population.

"Une solution satisfaisante et durable des problèmes qui sont à l’origine des débats autour des accommodements doivent donc inclure 1) le retrait du Québec de toute participation à la prétendue guerre contre le terrorisme, 2) un ensemble de politiques de résistance au néolibéralisme et de défense des droits sociaux et des services publics, et 3) une politique linguistique beaucoup plus vigoureuse de défense du français comme langue de travail et langue d’accueil des immigrantes et immigrants 4) une politique d’immigration fondée sur la reconnaissance des droits et des aspirations des nouveaux arrivants et leur véritable intégration économique, sociale et culturelle à une société québécoise en constante évolution et confiante dans son avenir.

"Ces politiques ne sont concevables que dans un Québec souverain./.../"

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22 août 2007

 

Rachida, Fadela, Rama et les autres, ou l'éloge de la « diversité » en politique.

Monique Crinon, membre du CEDETIM (centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale), membre fondateur d’Attac, s’exprime à propos de quelques nominations « visibles » dans le gouvernement Fillon. Elle dénonce ce qu’elle appelle un tour de passe-passe destiné à brouiller, sous les paillettes, bien des pistes. Cet article a été écrit en juin 2007.

Le hasard a fait que je viens de lire un excellent article en anglais du non moins excellent journaliste américain (et noir), Gary Younge, qui écrit régulièrement dans The Guardian de Londres. L'article s'intitule Melanin and mammaries : Have centuries of struggle come to this?

Younge met le doigt sur les limites de ce qu'on appelle dans les pays anglophones "la politique de l'identité". Aux Etats-Unis, inspirés par la campagne de Barack Obama pour la candidature démocrate à l'élection présidentielle de 2008, de jeunes Noirs portent des T-shirts avec le slogan "Futur président des Etats-Unis". La réalité est qu'Obama rentre très bien dans le moule d'un Establishment démocrate qui n'a rien fait pour sortir les minorités discriminées des Etats-Unis d'une situation sociale catastrophique où, par exemple, un homme noir sur trois se retrouvera un jour en prison. Ce serait plus juste (mais évidemment psychologiquement trop dur) d'arborer le slogan "Futur détenu".

Younge établit également un parallèle avec la candidature de Hillary Clinton, "championne" des femmes. Rien n'a été accompli pour la libération des femmes et l'émancipation des Noirs, dit très justement Gary Younge, sans des luttes menées par les intéressés eux-mêmes.

Younge fait également une remarque très juste sur la politique américaine qui s'applique parfaitement à la situation française. Quand il s'agit de promouvoir quelques représentants des minorités discriminés, ou quelques femmes, pour donner l'impression qua la question "ethnique" ou celle du rôle subordonné des femmes est réglée, écrit-il, la droite est souvent plus forte que la gauche (sous-entendu, la gauche "réaliste"). A nous de faire en sorte que la superchérie ne marche pas, en construisant une gauche de lutte de classe qui intègre le combat contre toutes les discriminations, en actes et pas seulement en paroles.
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Monique Crinon ...

Et voilà, la baguette magique républicaine universaliste a encore opéré un de ses fameux tours de passe passe ! Il n‘est plus question de femmes issues de l’immigration, de beurettes, de xième génération, non, l’heure est à la diversité.

Juste un commentaire, « diversité » a bien quelque chose à voir avec variété non ? Voilà qui rime bien avec les paillettes de ce gouvernement champion de la communication. En des temps pas si anciens, on collait un ouvrier, juste pour donner à penser que oui bien sûr l’égalité existait ou, au minimum, la machine à promotion sociale fonctionnait. Bon, il est vrai que c’était moins chatoyant (mais au fait combien de prolos au gouvernement ?)

Nous avons eu, avons encore, le même scénario avec les femmes, qu’on se souvienne de la malheureuse Édith Cresson emblématique Première ministre, juste le temps de démontrer qu’elle n’en avait pas assez…, et que l’erreur de casting était sérieuse.

De qui se moque-t-on avec ce genre de cirque médiatique ? Des discriminé-e-s justement qui disparaissent derrière des éléments de décors et d’apparat républicain. Le tour est joué, car il n’est désormais plus possible de parler d’égalité, le débat est clos une fois pour toute : que les femmes se taisent, elles sont au gouvernement, que les Noirs et les Arabes la bouclent, ils sont au gouvernement, et s’il n’y en a pas plus eh bien c’est qu’ils ne sont pas assez nombreux à avoir mérité d’y être !

Bref, la question n’a plus de pertinence politique. Dès lors, finies les luttes contre les discriminations, elles sont le fait de losers, de paumés et d’inadaptés sociaux, le discours est clair : ceux qui veulent véritablement s’intégrer y parviennent, c’est affaire de mérite et de volonté.

Les « gens de peu » paient d’un prix élevé les silences de la gauche sur la nature des inégalités et des discriminations, la stratégie des politiques sociales et de la politique de la ville qui font de chaque famille « en difficulté » un « cas » abordé en recourant à un discours psycholéagineux qui, en dernière instance, fait porter aux victimes des iniquités sociale et économique la responsabilité de leur situation.

Et les tournants pris par la politique de la ville n’ont cessé de conforter cette approche, qu’il s’agisse de la réussite dite éducative et scolaire ou de l’accès à l’emploi. On parle de parcours (du combattant ?) en matière d’accès à l’emploi et de réussite éducative. Il n’est donc plus question de s’affronter à la nature profondément ethno centrée et bourgeoise des enseignements, ni à la discrimination patente opérée par les employeurs. Il est question désormais d’aider les victimes à résoudre leur « mal être », à améliorer leur « comportement » au moment de l’embauche, et, si besoin est, à se couper de parents potentiellement dangereux pour l’intégration. C’est à ce qu’il y a de plus intime, de plus sacré, à la psyché qu’on s’attaque.

De qui se moque t-on encore une fois, des discriminé-e-s, ai-je dit, mais aussi de nous tous-tes, de celles et ceux qui se battent contre les plafonds de verre qui verrouillent et compartimentent la société. C’est un discrédit global sur l’histoire des luttes , de toutes les luttes présentées désormais comme des freins aux réussites personnelles.

Ce gouvernement, derrière les paillettes qu’il agite sous le regard ébaubi de la population, est le chantre et le metteur en scène d’une idéologie dont la boussole première est l’individualisme d’acteurs centrés sur leurs seuls destins. Dans ce cadre, l’individu est forcément libre, égal en droit et (potentiellement) en fait. Quand cette égalité n’est pas avérée, l’individu, qui avait le choix, ne saurait s’en prendre qu’à lui….voire à celles et ceux qui, comme nous, croient encore à l’existence et à la malignité de dominations sociales et économiques délibérément maintenues.

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