11 juillet 2009

 

Le racisme antimusulman a failli tuer en Angleterre

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Par Esme Choonara et Colin Falconer

L’agression brutale d’une jeune musulmane de 17 ans issue de l’immigration de l’Asie du Sud dans un parc à Rochdale (Nord-Ouest de l’Angleterre) le 16 juin dernier a laissé la victime dans un état de souffrance affreux.

Quelques instants avant d’être frappée violemment, elle a dû subir des railleries au sujet des gains électoraux du parti fasciste, le British National Party (BNP).

L’incident est le dernier d’une série d’agressions survenues depuis quelques semaines dans cette région.

C’est ici que le dirigeant du BNP, Nick Griffin, condamné pour avoir nié l’Holocauste, a été élu au parlement européen le 4 juin. Griffin a récemment soutenu dans une interview pour la BBC que les bateaux de fortune emmenant des réfugiés devaient être « coulés ».

Les agressions racistes suivent, là où le BNP gagne des voix.

Tout comme le meurtre de Marwa, la femme égyptienne voilée assassinée en Allemagne par un sympathisant du parti d’extrême droite, le NPD, l’affaire commence sur une aire de jeux pour enfants.

La jeune femme raconte qu’elle avait amené ses trois petites sœurs au parc, quand « un type a commencé à parler du BNP ».

« Il m’a dit qu’il était plus anglais que moi et que je n’avais pas ma place ici. »

Elle a été troublée par ses propos racistes. « En fin de compte, nous sommes tous des êtres humains », dit-elle. « La race à laquelle nous appartenons n’a aucune importance. »

Après avoir subi des insultes, la jeune femme a failli être aveuglée par un coup d’une telle force qu’une partie du bracelet de son agresseur a été enfoncée dans sa joue à quelques centimètres de son œil droit.

Trois adolescentes âgées de 14 à 16 ans ont été arrêtées, selon la presse locale, et la police recherche activement un homme vêtu d’un tee-shirt rouge.

Beaucoup de résidents du quartier où l’attaque a eu lieu sont dans un état de choc, selon Sam O’Brien, délégué syndical dans la fonction publique et secrétaire du mouvement Unite Against Fascism (UAF) à Manchester.

« La population est horrifiée par cette agression raciste. Il faut que nous arrivions à rassembler la majorité qui est opposée à toute violence raciste. »

Le BNP a essayé de convaincre les électeurs qu’il est un parti démocratique comme les autres. En réalité, c’est un parti de type nazi qui crée la haine raciale partout où il arrive à s’implanter.

« Nous tenons une conférence exceptionnelle d’UAF dans le Nord-Ouest à Manchester le 18 juillet à laquelle nous invitons les syndicats et les associations religieuses et communautaires », ajoute Sam O’Brien.

« Nous organisons également des voyages en car pour permettre aux gens de venir protester contre le festival “Bleu, blanc, rouge” du BNP le 15 août prochain qui a lieu dans le Derbyshire voisin. »

Sources :

Article d’Esme Choonara dans Socialist Worker (4 juillet 2009) http://www.socialistworker.co.uk/art.php?id=18366

Rochdale Online http://www.rochdaleonline.co.uk/news-features/2/community-news/25713/teenager-suffers-fractured-eyesocket-in-racist-park-attack

Sur l'islamophobie, je viens de découvrir un excellent article de Bernard Dreano, écrit en janvier 2008, Islamophobie, religion, politique. En voici un extrait :

/.../ Des stéréotypes qui ont une longue histoire

L’islamophobie, c’est le dénigrement des Musulmans, au nom des principes réels ou supposés de l’Islam, ou au nom de certaines pratiques considérées comme étant celles des musulmans en général. C’est une forme de racisme qui peut bien entendu se combiner avec d’autres. Cette islamophobie a des racines profondes dans notre pays. On peut remonter aux croisades, quand le pape Urbain VIII appelait, depuis Clermont-Ferrand, à combattre les « infidèles », musulmans bien sur, mais aussi, comme le souligne Léon Poliakov [3], les juifs. Tout cela est très loin ? Mais des siècles plus tard, les stéréotypes négatifs issues de cette période médiévale demeurent et Voltaire et Diderot y ont recours, et quand ils veulent pourfendre l’intolérance, ils les utilisent pour attaquer l’Islam (et dans le cas de Voltaire, les juifs). Il est vrai que leur cible réelle est bien plus le Catholicisme européen qu’un Islam qu’ils connaissent mal, alors que les pays musulmans sont au XVIIIe siècle en pleine régression intellectuelle par rapport aux siècles antérieurs. Un siècle plus tard l’islamophobie refleurit de manière beaucoup plus concrète, car c’est bien cette fois des musulmans précis qui sont directement visés. Ernest Renan par exemple, par ailleurs le magnifique théoricien de la nation citoyenne, explique que ces musulmans sont par nature inaptes au progrès (et que les juifs n’y accèdent qu’en se « désémitisant ») [4]. Nous sommes dans le contexte de la conquête de l’Algérie, ou la IIIe République va instaurer un statut de citoyen de seconde zone pour les adeptes de la religion musulmane. L’islamophobie, au coté d’autres formes de racisme, est un des éléments de justification des conquêtes coloniales et de l’infériorisation des indigènes. La politique coloniale de la République qui s’appuie largement sur les missions catholiques (la loi de 1905 ne sera pas étendue aux colonies), va s’opposer aux organisations musulmanes, confréries ou oulémas, et/ou les instrumentaliser dans une position subalterne [5]. Dans l’entre-deux-guerres, et surtout après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le colonialisme déclinant est confronté aux mouvements de libération. Pour les combattre ils aura surtout recours à des arguments géopolitiques, en particulier dans le contexte de la guerre froide, l’anticommunisme. Les arguments islamophobes ne sont pas absents des campagnes contre le nationalisme arabe, notamment contre Nasser. Quant aux anticolonialistes, ils ont souvent tendance à ignorer ou à minorer les dimensions culturelles et idéologiques musulmanes qui animent certains mouvements, et non des moindres (ce qui est évident par exemple dans le fait que les résistants algériens se désignent comme moudjahiddines).

Le contexte contemporain est marqué par deux facteurs essentiels. D’une part l’enracinement de l’Islam en France, qui n’est plus seulement une religion d’immigrés mais la religion d’une partie importante des natifs du pays (la deuxième en termes de masse de pratiquants). Si la France n’est plus un espace politique régissant des dizaines de millions de musulmans comme elle l’était sous l’empire colonial, elle est devenu un pays qui abrite la plus grande communauté musulmane d’Europe. D’autre part le renouveau islamique mondial, marqué par la vague des islamismes politiques. Dans le monde musulman du XIXe et du début du XXe siècle, confronté à la domination occidentale, les tentatives de résistance et de modernisation avaient pris plusieurs formes : tentatives de réformes d’Etat (l’expérience avortée de Mohamed Ali en Egypte, les tanzimats turcs...), développement des idéologies libérales, nationalistes et socialistes, mais aussi renouveau de la pensée religieuse (la Nahda de Mohamed Abdou ou Jamal Al Dîn Al Afghani en Egypte [6] et en Algérie du Cheikh Ben Badis). Ce courant de pensée a bien évidemment des effets politiques, dans la mesure ou il va influencer les mouvements nationalistes (y compris dans le cas maghrébin, le Néo-destour tunisien et plus encore l’Istiqlal marocain d’Allal El Fassi), mais aussi produire un courant islamiste au sens actuel du terme, avec le syrien Rachid Rida puis en Egypte Hassan El Banna, fondateur des Frères musulmans en 1928 (jamiat al-Ikhwan al-muslimun) [7]. Sayyid Qutb, le leader des Frères (executé par Nasser en 1966), a rapproché le mouvement des wahhabites d’Arabie saoudite, ce qui va donner naissance à la forme principale de l’islamisme contemporain « néo-wahhabite » [8], avec ses tendances conservatrices (les saoudiens) ou révolutionnaires djihadistes (Ben Laden), mais l’islam politique actuel ne se résume pas au seul néo-wahabisme.

Cet arrière-fond historique et plus récent est très important pour comprendre comment peuvent si facilement fonctionner les stéréotypes islamophobes dans la France contemporaine. Hier, les idéologues et les politiciens du colonialisme tardif s’évertuaient à nier l’oppression nationale que combattaient les mouvements de libération, au non de la fonction émancipatrice « par nature » de la France. C’était particulièrement vrai des coloniaux tardifs « progressistes », les socialistes Guy Mollet, Robert Lacoste ou Max Lejeune ou le gaulliste Jacques Soustelle, mais aussi les ministres des colonies « réformateurs » tel Marius Moutet ou François Mitterrand. Aujourd’hui les idéologues et les politiciens du postcolonialisme néolibéral s’évertuent à nier toute dimension de racisme islamophobe voir même de racisme anti-arabe. C’est toujours particulièrement vrai des postcoloniaux « progressistes » comme Bernard Henri Levy, Fadéla Amara, Philippe Val, Caroline Fourest, etc., et pas seulement des postcoloniaux de droite comme Henri Guaino ou Nicolas Sarkozy.
***
Contrairement à une idée reçue, l'attitude de Marx envers la religion ne se résume pas au célèbre aphorisme (en fait, une citation tronquée d'une longue discussion philosophique sur l'idéalisme et le matérialisme) que "La religion est l'opium du peuple". En plus, Marx comme beaucoup de ses contemporains était un utilisateur de l'opium, qui à l'époque était considéré plus comme un médicament qu'une drogue dangereuse. Souffrant, il en demandait régulièrement. D'après les lettres de sa femme Jenny, cela n'a pas trop marché ...

Le dernier numéro de la revue trimestrielle britannique Socialism International contient trois articles intéressants qui nous aident à mieux comprendre le rôle ambivalent de la religion, tel que l'analysait Marx et (particulièrement) Engels. Ce dernier était capable de réciter de longs extraits de la Bible par coeur et était fasciné par le Livre apocalyptique des Révélations. Bizarrement, avec les Cantiques un peu trop explicites sexuellement, cette partie de la Bible n'était pas au programme à l'église méthodiste où mes parents m'envoyaient tous les dimanches. (Le méthodisme est une forme de christianisme assez 'épurée' issue de l'anglicanisme qui a eu ses heures de 'gloire' à ses origines quand il se répandait rapidement chez les ouvriers et les paysans des régions les plus défavorisées au moment de la révolution industrielle. Il a aussi eu une grande influence sur l'idéologie du Labour Party qu'on a décrite comme "un mélange de marxisme et de méthodisme".) Engels a même écrit une histoire du christianisme des premières années après J-C qui a inspiré d'autres auteurs marxistes, comme Karl Kautsky et Rosa Luxemburg. Il considérait que cette religion semi-clandestine était une forme primitive du socialisme (après, cela s'est gâté ...). Pour d'autres articles sur ce sujet, vous pouvez cliquer sur le libellé 'Religions' à la fin de ce message.

Talat Ahmed écrit sur la vie de Mahatma Gandhi ...

Roland Boer révèle The full story: on Marx and religion ...

Sartaj Khan des International Socialists du Pakistan donne une explication de ce qui se passe dans la province de Swat au Pakistan dans un article intitulé Imperialism, religion and class in Swat

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