23 juin 2009
La Guadeloupe s'apprête à "accueillir" Nicolas Sarkozy
Des barricades constituées de pneus usagés et de palettes interdisent l'accès à un certain nombre de stations-service des environs de Pointe-à-Pitre, lundi 22 juin, au premier jour de la "semaine de mobilisation" appelée par le LKP, quatre jours avant la visite de Nicolas Sarkozy en Guadeloupe. /.../
Une seule des cinq stations-service sur la route de Pointe-à-Pitre à Baie-Mahault était ouverte lundi matin, une autre était fermée sans autre indication, et l'accès aux trois autres bloqué par des barricades de pneus et palettes. La même stratégie de tension par paralysie de la distribution de carburant avait été mise en œuvre, avant que le mouvement ne recueille une adhésion populaire, aux premiers jours de la grève générale du début de l'année.
Selon plusieurs sources, des militants syndicaux procédaient lundi matin à des distribution de tracts dans la zone industrialo-commerciale de Jarry, en banlieue de Pointe-à-Pitre, où l'activité demeurait normale. Aucune indication n'a pu être obtenue lundi matin auprès de la préfecture de la Guadeloupe sur l'ampleur et les formes prises par la "semaine de mobilisation" du LKP. Le collectif constitué d'organisations syndicales, politiques et culturelles, a appelé en fin de semaine dernière à une "semaine de mobilisation" et à l'organisation de "rendez-vous de solidarité" devant des entreprises en grève, alors que le président de la République doit se rendre en Guadeloupe vendredi.
LA RÉPUBLIQUE "TIENDRA SA PROMESSE D'ÉGALITÉ"
Dans la quinzaine d'entreprises concernées, les grévistes revendiquent "l'application de l'accord Bino initial" qui prévoit une majoration de salaire de 200 euros, prise en charge par l'Etat et les collectivités pour 150 euros, et qui devra être intégralement payée par les entreprises dans trois ans. L'accord, négocié durant la grève générale, a été étendu à toutes les entreprises insulaires, mais la majoration de salaire n'y est pas garantie au-delà des trois ans.
Un appel est lancé pour un meeting à Basse-Terre, où doit se tenir un congrès des élus départementaux et régionaux, et à Pointe-à-Pitre vendredi, au soir de la visite de M. Sarkozy. Une manifestation est prévue samedi prochain à Pointe-à-Pitre. Nicolas Sarkozy se rend jeudi en Martinique puis en Guadeloupe, pour une visite de deux jours, dans le cadre des Etats généraux de l'outre-mer lancés officiellement par le gouvernement le 21 avril. Lundi, devant le Congrès réuni à Versailles, Nicolas Sarkozy avait promis que la République "tiendra sa promesse d'égalité" vis-à-vis des 2,6 millions de Français vivant outre mer. "Comment pourraient-ils se sentir pleinement citoyens de notre République si notre République tient si peu à leur égard la promesse d'égalité qu'elle fait à tous les citoyens ?", avait-il lancé, assurant qu'à l'occasion de son déplacement il "parlerait avec eux des moyens par lesquels la République pourra tenir ses engagements".
LEMONDE.FR avec AFP
Libellés : Antilles, Guadeloupe
24 mai 2009
Retour sur les grèves en Guadeloupe et en Martinique
Un article utile de Frédéric Constant qui fait le bilan de la mobilisation sociale aux Antilles 'françaises' de janvier à mars 2009.
Libellés : Antilles, Guadeloupe
12 avril 2009
COMMUNIQUÉ LKP A PROPOS DE L’EXTENSION PAR AMPUTATION DE L’ACCORD BINO
L’extension de l’Accord BINO amputée de son article V ne nous surprend guère. C’est une décision de complaisance à l’égard du MEDEF alors que la quasi-totalité des grandes entreprises et fédérations adhérentes au MEDEF Guadeloupe ont signé l’Accord BINO « Initial » prévoyant la prise en charge des augmentations de salaires par les employeurs au-delà des aides des collectivités (12 mois) et de l’Etat (36 mois).
L’argument présenté par Mme Alliot-Marie et M Hortefeux laissant entendre que " Personne ne peut préjuger de la situation économique dans trois ans : on ne peut ainsi imposer à l'avance une augmentation salariale importante à la charge de l'ensemble des entreprises sans s'assurer auparavant qu'elles en auront la capacité " est fort légère quand l’on se rappelle la hausse de 20% sans aide de l’Etat du SMIC Guadeloupe décidée au 01 Janvier 1996 pour rattraper le SMIC France ; alors que l’accord BINO prévoit moult avantages et accompagnements en faveur des entreprises.
Aujourd’hui, grâce à la mobilisation et à la négociation, ce sont 50 000 salariés sur 80 000 qui sont couverts par les avancées sociales de l’Accord BINO Initial garantissant le maintien des augmentations de salaires au-delà de 3 ans.
La décision du Gouvernement instaure une disparité salariale et donc une injustice sociale « légale » au détriment des 30 000 travailleurs concernés par l’extension, amputée de l’article V.
L’arrêté gouvernemental légalise donc la perte de 50 euros (aides des collectivités) dès 2010 pour les salariés des entreprises de moins de 100 salariés et la suppression de toutes augmentations de salaires à compter de 2012 (fin des aides de l’Etat).
Cela est inacceptable. Nous appelons l’ensemble des Travailleurs de Guadeloupe à refuser l’injustice, à se syndiquer et à se mobiliser pour exiger une pleine et entière égalité salariale en Guadeloupe.
L’Etat crèe par cette par cette décision discriminatoire les conditions pour la persistance de tensions sociales en péyi Gwadloup.
En outre, nous prenons acte que le Gouvernement ne remet pas en cause le contenu du préambule confirmant ainsi que la situation économique et sociale actuelle existant en Guadeloupe résulte bien de la pérennisation du modèle de l’économie de plantation comme l’avait d’ailleurs reconnu Nicolas SARKOZY lui-même dans son allocution du 19 Février dernier.
Pour les Organisations Syndicales
Pour le LKP
Elie DOMOTA
Pointe-à-Pitre, le 10 Avril 2009
Libellés : Antilles, Guadeloupe, Luttes ouvrières
24 mars 2009
"Il n'y a pas de racisme anti-blanc en Guadeloupe"
Un quartier populaire de Pointe-à-Pitre quadrillé par les forces de répression, mai 1967par Franciane et Joseph Ody
/.../ Il faut en finir avec une certaine désinformation et tordre le coup – par exemple – à cette approche racialo-raciale qu’on propage à l’envi sur les télés et sur le Net. Il n’y a pas comme certains s’évertuent à le répéter un racisme anti-blanc en Guadeloupe, mais il y a bien en revanche une problématique du pouvoir. Or il se trouve qu’ici, le pouvoir administratif et économique (autant dire le pouvoir tout court) est blanc.Lire l'article ...
Commentaire
Un article qui plaide la nécessité de comprendre la situation sociale en Guadeloupe comme le résultat d'un système et des rapports de production. Mais sa conclusion est curieuse. Il faudrait, concluent les auteurs :
• Egaliser l’accès au capital sans lequel aucune fluidité sociale n’est possible. Attention, il ne s’agit pas ici de «capital» pour ouvrir des petits commerces, mais de mécanismes permettant d’accéder à des activités hautement capitalistiques (par ex. fonds d’investissement). Il s’agit de permettre à ceux qui n’ont pas accumulé le capital grâce à l’histoire de participer à la construction du pays sur des opérations d’envergure (avantages: appropriation des leviers de commande, familiarisation au management stratégique) ;En d'autres termes, faire de la Guadeloupe un pays capitaliste 'normal', règlé par un marché non faussé par l'héritage de l'esclavage et du colonialisme.
• Egaliser l’accès au marché en faisant sauter les accords d’exclusivité, de concession et autres derrière lesquels les «capitaines d’industrie» locaux sont cadenassés et qui sont le contre sens le plus absolu par rapport au libéralisme qu’ils affichent.
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Manifestation de solidarité à Paris
Pour mieux comprendre la genèse et le déroulement du mouvement social en Guadeloupe, voici la vidéo de l'intervention de Patrice Ganot, syndicaliste et militant du Cercasol (l'équivalent gaudeloupéen du NPA) au Congrès fondateur du NPA à Saint-Denis, le 6 février 2009
Libellés : Antilles, Guadeloupe
08 mars 2009
Elie Domota : "Restons mobilisés"
Nous l’avons déjà dit : nous marchons, encore et encore ; mais c’est pour que la vie change.
Et aujourd’hui nous étions très heureux de recevoir des camarades des associations de personnes handicapées [en tête de la manifestation].
Parce qu’il est vrai que dans tout ce que nous avons dénoncé, nous nous adressions à des personnes en souffrance mais valides ; mais les handicapés vivent des situations 10 fois, 100 fois, mille fois plus difficiles que la notre. Et c’est pourquoi je vous demande de les applaudir chaleureusement !
La Guadeloupe, c’est tout le monde et c’est aussi beaucoup de solidarité. Et justement, pour que nous puissions défendre leurs droits, il nous faut être solidaires entre nous, certes ; mais également avec eux. C’est important.
Ce que nous tenions également à dire aujourd’hui, c’est que nous entendons à nouveau plein de discours... Mais aujourd’hui, la meilleure réponse que nous pouvions leur adresser c’était de marcher, comme nous l’avons fait, à plus de 30000 mille dans les rues de Pointe à Pitre...
Afin de répondre à M. Willy ANGELE du MEDEF Guadeloupe ; et lui dire :
Que, premièrement, il n’a pas le droit de faire de proposition d’accord salarial ; puisque les statuts du MEDEF l’interdisent. Or nous le voyons toujours à la télé en train de proposer un accord salarial.
Que, deuxièmement, c’est une escroquerie de leur part que de prétendre donner 240 euro. Ils mentent ! L’argent du Conseil Régional et du Conseil Général a été mis à contribution dans l’accord Jacques BINO. Et ces deux institutions n’ont plus d’argent, puisqu’il a été donné aux ménages.
Cela veut dire que le MEDEF sera obligé de demander aux patrons de mettre de l’argent encore ; or ils ne veulent pas le faire !
La troisième chose qu’il leur appartient de dire est que l’accord proposé par le MEDEF est une supercherie ; puisqu’il n’excède pas trois années. A supposer qu’ils versent l’argent aux travailleurs, ils arrêteront de le leur verser au bout de ces trois années.
Voilà ce que M. ANGELE doit également préciser ! Donc aujourd’hui, il ne leur reste qu’un choix possible : appliquer l’accord BINO !
Et d’ores et déjà, il y a beaucoup d’entreprises adhérentes au MEDEF qui s’y sont décidées :
La Fédération du BTP , toutes les entreprises membres de cette Fédération, ont signé !
Hier soir, c’est M. Le METAYER, propriétaire des LEADER PRICE, qui l’a fait !
Hier soir encore, c’est l’hôtel NOVOTEL qui a signé !
Et aujourd’hui, il y en a beaucoup d’autres qui sont prêtes à le faire ! Mais sans que la bande à ANGELE le sache. Elles demandent donc à nous rencontrer en secret !
Alors, camarades, ce que nous vous demandons c’est de toujours rester dans la solidarité et mobilisés. Notamment pour les camarades de carrefour, de Match, de Cora, de champion, de Bannette (propriété de M. AUBERY)...
Puisque nous le voyons bien : ce sont toujours les mêmes, ceux qui font des profits, ceux qui ont les poches pleines depuis 400 ans... qui ne veulent pas lâcher un centime !
C’est pourquoi nous disons à tous les travailleurs de ces entreprises de se mettre en grève, de rester mobilisés !
Et vous tous qui êtes présents, dites à vos amis et parents de boycotter les magasins de ceux (Ces messieurs ont pour nom AUBERY, HAYOT, DESPOINTES...) qui refusent d’accorder les 200 euro !
Et à ceux qui savent qu’ils sont atteints de la maladie consistant à pousser des chariots dans les centres commerciaux et hyper marchés, nous disons : cherchez une autre occupation ! N’allez plus dans leurs magasins. Même pas pour acheter un bonbon à la menthe ! Et même si la chose que nous aimons le plus n’est disponible que dans là [dans leurs magasins], changeons de consommation, mais n’y allons pas !
Sommes nous d’accord ?! Sommes nous bien tous d’accord ?!
C’est la seule façon de leur faire comprendre que nous n’avons pas besoin d’eux ! Il nous faudra le leur dire très clairement ; car ils croient encore que travaillant dans leurs entreprises, nous aurions besoin d’eux. Ils ont bien plus besoin de nous, que nous d’eux ! Nous devons leur faire comprendre cela !
Donc, nous n’allons pas dans leurs magasins ! Camarades, nous devons prendre cet engagement. L’engagement de boycotter le produit de ces messieurs ! A compter du moment où ils ne nous donnent pas les 200 euro, cela veut dire qu’ils sont contre nous ! Et dès lors nous ne pouvons les porter, si eux ils nous traînent !
Nous n’achetons plus dans leurs magasins ! Tant qu’ils ne nous donnent pas les 200 euro, même s’ils sont ouverts, nous n’entrons pas dans leurs magasins !
Ansanm nou ka lité ! Ansanm nou ké gannyé !
Jou nou ké mété a jounou... Péké vwè jou !
Elie DOMOTA
Pointe à Pitre
Samedi 7 mars 2009
NOUVEAU : SUR MEDIAPART
09 Mars 2009 Par Maguy Day
Dans un entretien à Mediapart, Elie Domota, leader du collectif guadeloupéen de Liyannaj kont pwofitasyon (collectif contre l’exploitation outrancière, LKP), explique pourquoi, malgré l'accord salarial signé en Guadeloupe entre le LKP et une partie du patronat, la tension n'a pas baissé dans l'île. Outre l'ouverture d'une enquête judiciaire à son encontre pour incitation à la haine raciale, il dénonce l’intransigeance du Medef local, absent de la table des négociations, et de certains békés (descendants d’esclavagistes) qui, contrairement à de nombreuses PME, refusent toujours d’accorder une augmentation aux bas salaires.
Le secrétaire d’Etat à l’outre-mer, Yves Jégo vient de qualifier de «dérapage verbal inadmissible» vos propos contre les patrons békés alors que vous aviez déclaré à leur propos en créole: «Soit ils appliquent cet accord, soit ils quittent la Guadeloupe. (…) Nous ne laisserons pas les békés rétablir l'esclavage.» Que pensez-vous de l’ouverture, samedi 7 mars, par le parquet de Pointe-à-Pitre d’une enquête pour provocation à la haine raciale et tentative d'extorsion de signature à votre encontre?
S’ils m’envoient devant les juges, c’est toute la Guadeloupe qui ira au tribunal. Souvenez-vous qu’en 1967, il y a eu 100 manifestants tués en Guadeloupe. Et ce sont les Guadeloupéens qui se sont retrouvés derrière les barreaux et que l’on a accusés d’être subversifs. Nous sommes très sereins. De toute façon, cela fait partie de l’alliance justice-Etat-grand patronat. Nous y sommes habitués. Cela fait 400 ans que nous subissons le racisme, la répression et la discrimination, donc nous ne sommes pas étonnés. On leur dit simplement que cela ne passera plus. Si l’affaire est portée devant les tribunaux, le monde entier verra que les questions de race et de classe sont restées inchangées depuis la période de l’esclavage.
Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a déclaré vendredi 6 mars, qu'on voyait en Guadeloupe agir «des sortes de tontons macoutes du LKP», faisant ainsi allusion à la milice paramilitaire créée par l’ancien dictateur François Duvalier à Haïti dans les années 1960.
C’est un affront. Ils cherchent à salir et discréditer le LKP. Cela fait quatre semaines que Monsieur Lefebvre et ses amis, par l’intermédiaire du journal Le Figaro, nous accusent d’actes de violence, nous dénigrent, cherchent à décrédibiliser un mouvement social légitime et les Guadeloupéens qui manifestent depuis un mois et demi dans le calme. Les choses sont simples: les supermarchés Match, Champion, Cora, Carrefour, au service d’une certaine caste, refusent d’appliquer l’accord Jacques-Bino alors que les autres PME l’appliquent.
Ils veulent que la société guadeloupéenne reste inchangée. Dès lors que nous nous élevons contre des critères de race ou de caste, ils se sentent menacés. Une plainte contre M. Lefebvre et certains journalistes est à l’étude chez nos avocats. Quant à Monsieur Yves Jégo, il n’a pas réagi aux propos de Monsieur Lefebvre mais il a cru bon de partir dans une grande envolée lyrique à mon sujet.
Au lendemain de la signature de l’accord salarial, vous avez dit que tout n’était pas réglé. Que vouliez-vous dire?
Il y a pas mal de supermarchés, de chaînes hôtelières qui refusent de signer l’accord salarial. Elles s’opposent à l’accord de pérennité qui prévoit qu’après trois ans, elles prennent en charge la totalité des 200 euros d’augmentation pour les plus bas salaires. D’ici là et pour les entreprises de plus de 100 salariés, 100 euros seront à la charge de l’entreprise, 100 euros à la charge de l’Etat. Comme par hasard, ce sont des membres de la catégorie bien particulière que sont les békés [qui refusent].
Comment expliquez-vous que les petits artisans aient accepté de vendre pratiquement à prix coûtant, alors que les familles Hayot ou Huygues-Despointes, qui dégagent encore des marges commerciales, refusent. Et alors même que les aides actuelles et futures en leur faveur ne sont pas comptabilisées. C’est le monde à l’envers! Il faut que l’Etat intervienne et dise: «Les gars, arrêtez vos conneries.»
Quelle est la part de responsabilité de l’Etat français?
Les positions dominantes et de quasi-monopoles des familles békés sont depuis toujours tolérées par le gouvernement. Aujourd’hui, certains semblent le découvrir mais cela s’est fait avec l’autorisation de l'Etat. Alors que nous voulons être entendus, et que nous demandons que les richesses en Guadeloupe soient redistribuées de manière plus équitable, en particulier celles des grandes chaînes de distribution alimentaire, on nous demande de nous taire.
Au lendemain de l’assassinat du syndicaliste Jacques Bino, Nicolas Sarkozy proposait, «dès le calme revenu», la tenue d’«états généraux» dans chaque collectivité d’outre-mer, que pensez-vous de ce rendez-vous?
Il a du plomb dans l’aile. Puisque le vrai problème d’une réalité sociale qui obéit à des critères de race et de classe n’est pas résolu, nous devons continuer la lutte. Nous sommes dans une dynamique de changement et nous demandons simplement de ne plus être traités en serviteurs. C’est seulement en luttant que nous arriverons à la transformation sociale dans le respect et la dignité.
Y a-t-il une volonté de vous évincer de la scène syndicale en Guadeloupe avant cette échéance?
Soyons clair. Je n’ai aucune ambition politique, ou objectif à atteindre. Alors inutile de me barrer la route. C’est le peuple guadeloupéen qui décidera où il veut aller.
Laurence Parisot, à la tête du patronat français, a déclaré: «On sait que l'économie guadeloupéenne est KO. Comment voulez-vous que l'on s'engage?!» Que lui répondez-vous?
En Guadeloupe, le Medef ne représente même pas 4.000 salariés, comparé aux 46.000 salariés employés par les petites entreprises, et pourtant on n’entend que lui. Cela dit, je ne pense pas que Laurence Parisot ait une quelconque autorité sur le Medef guadeloupéen.
Je crois que les békés prennent seuls les décisions. Certains d’entre eux, par leur position intransigeante, ont conduit de nombreuses entreprises à quitter l’organisation patronale. Ainsi, la fédération du BTP, la chaîne Leader Price, Christian Viviès, ancien président du Medef de Guadeloupe, ont signé l’accord salarial. Par leur politique, ils n’ont réussi qu’à faire imploser le Medef.
Libellés : Antilles, Guadeloupe, Luttes ouvrières
06 mars 2009
Le mouvement en Guadeloupe : un témoignage direct

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Cet article a été écrit par Marie, une jeune camarade qui passait des vacances en Guadeloupe au moment de la grève générale. Elle a interviewé un syndicaliste sur un barrage routier en Basse-Terre.
Le mouvement de grèves en Guadeloupe a débuté en Décembre. Le LKP, Liyannaj Kont Pwofitasyon, qui regroupe de nombreux syndicats (dont l’UGTG, la FSU et la CGTG), a suspendu le mouvement après quelques journées, livrant ses revendications à l’examen du MEDEF et de l’Etat, et annonçant une reprise des grèves pour le 20 janvier si les négociations ne s’ouvraient pas avant cette date. Un mépris sans réserve a accueilli ces déclarations : ni l’Etat, ni le MEDEF, n’ont examiné les revendications, et le mouvement s’est déclenché. Depuis, la Guadeloupe est « bloquée ». Concrètement, de nombreux secteurs sont en grève (la poste, certains services audio-visuels, l’éducation, les employés du tourisme : aéroports, hôtels, etc, salariés du secteur primaire), des piquets de grèves sont organisés par le LKP devant des hôtels, stations services, ainsi que des barrages de routes. Si le mouvement est impressionnant, Patrice souligne bien que c’est parce qu’il est l’aboutissement d’une colère populaire qui remonte aux heures de la colonisation et de l’esclavage, dont beaucoup de guadeloupéens jugent ne pas être sortis. Les exploités ne sont pas les seuls à se sentir encore dans un système colonial : la communauté Béké, qui descend directement des premiers colons, légitime aujourd’hui encore sa domination économique de l’île par des propos racistes qui discriminent autant les Noirs que les Blancs (car les blancs « ignorants » développent le métissage). Les békés possèdent tous les hyper-marchés de l’île, et s’entendent pour fixer les prix, prétextant que les importations sont la cause de la vie chère. Mais ces importations n’expliquent pas tout : la tomate locale se vendait 6 Euros le kilo en Décembre dans tous les Carrefour ! Ce problème, spécifiquement colonialiste, se double du problème social qu’engendre partout le capitalisme : le patronat local exploite sans scrupules une population dont plus du quart en au chômage, et les salaires décollent rarement au-dessus du SMIG. Le résultat est sans surprise : 20% des ménages vivent sous le seuil de pauvreté (site officiel de l’UGTG).
Le problème ayant enfin été pris au sérieux devant l’ampleur du mouvement, les négociations se sont ouvertes. Elles sont un nouvel exemple du mépris avec lequel les guadeloupéens, surtout quand ils ont des revendications sociales, sont traités par le pouvoir métropolitain : Jégo, représentant de l’Etat, s’étant engagé auprès du LKP sur une plate-forme de revendications à examiner, a été convoqué expressément par Fillon et a abandonné la table des négociations. De retour en Guadeloupe, il a tout bonnement nié ses engagements ! Durant toutes les négociations, le MEDEF s’est fait remarquer par sa mauvaise volonté : les organisations de petits patrons (qui ont, eux, des difficultés réelles à augmenter les salaires) ont presque toutes accepté les 200 Euros d’augmentation du SMIG. Jocelyn Maleama, président de l’association des commerçants du Moule, déclare : « 90% des entreprises sont favorables au mouvement » (France-Antilles du 15 février). Les arguments des grands patrons, repris par tous ceux qui dénigrent les grèves, sont les mêmes que ceux qu’utilisent Sarkozy pour criminaliser le mouvement social en France : le LKP ne serait qu’un petit groupe d’agitateurs non-représentatifs de la population, prise en otage par les grèves … Bref, « l’ultra-gauche » guadeloupéenne ! Or, le peuple guadeloupéen se trouve massivement représenté dans ce mouvement. Parmi les non-grévistes, beaucoup soutiennent le LKP et vont aux manifestations. L’Eglise même, dont l’influence sur la société antillaise est très forte, se montre favorable au mouvement : « une autre Guadeloupe est possible, si nous nous donnons les moyens de réorienter notre économie pour qu’elle soit au service des personnes et non du seul profit de quelques-uns » (Rencontre diocésaine des responsables catholiques de Guyane, Martinique et Guadeloupe, France-Antilles du 28 Janvier). Certains membres du clergé sont explicites : « On ne peut pas être dans l’Eglise et pour la pwofitasyon », déclare le Père Michel. Les économistes locaux, les spécialistes des conflits sociaux, sont très clairs : « Cette crise est celle de la refondation de la société Guadeloupéenne », analyse Patricia Braflan-Trobo, auteure d’un ouvrage de science politiques expliquant les mouvements sociaux en avril 2007. (France-Antilles, 28 janvier).
Soutenir que ce mouvement n’est pas représentatif, dénoncer le " climat menaçant " que le LKP fait régner lors des négociations (le MEDEF s’attendait sûrement à être accueilli avec des fleurs de balisiers ?), exiger l’arrêt des grèves au nom des salariés qui perdent leurs journées de travail (en oubliant au passage le quart de la population privée de travail, non par les grèves, mais par les choix économiques des gestionnaires de l’Ile, comme l’importation de produits pouvant être cultivés sur place), c’est tout un argumentaire bien connu en métropole, comme dans les DOM-TOM, comme partout dans le monde. Mais bien faible face à la légitimité du LKP, qui progresse dans la satisfaction de ses revendications.
Pourquoi le MEDEF se défend-il avec autant d'acharnement ? (si ce n'est avec des arguments valables). L'hypothèse du manque de moyens pour augmenter les salaires est bidon : Wily Angèle, le président du MEDEF en Guadeloupe, ne possède pas d'entreprises sur place (d'où la question "Combien de salariés en Guadeloupe, Angèle?" qu'Elie Domota lui adresse souvent en réunion, et qui reste toujours sans réponse ...). Si le MEDEF rechigne tant à signer cet accord, c'est à cause de la portée qu'aura partout en France une telle victoire sociale. En France métropolitaine, la crise sociale est de plus en plus visible, les grèves se multiplient dans tous les secteurs. Les yeux de tous sont tournés vers les luttes antillaises, et le recul du MEDEF local sera le signe de sa faiblesse nationale. La victoire du LKP, celle du peuple guadeloupéen, des victimes de la "profitation" sera celle de tous les mouvements de contestations sociale, économique, et politique !
Interview de Patrice, gréviste du LKP (propos recueillis sur la route entre Bouillante et Mahaut, lors du blocage de cette route par un groupe du LKP)
Quelle est la nature de vos revendications, à qui les adressez-vous ?
Nos revendications sont des revendications de justice sociale. Ce n’est pas normal qu’en Guadeloupe, la plupart des salariés ne sont qu’au SMIG. Les fonctionnaires touchent 40% en plus pour affronter la vie chère, et c’est légitime. Mais pourquoi les salariés du privé n’ont pas droit à la même augmentation : ils sont confrontés au même prix de la vie ! Eli Domota, le leader du LKP, est directeur-adjoint de l’ANPE et bénéficie de ces 40%. Et comme tout Guadeloupéen qui veut la justice, il réclame les 200 euros d’augmentation du SMIG : exactement une augmentation de 40%. Ensuite, nous espérons qu’une justice sociale aboutira une autre justice, l’égalité des races. Le racisme en Guadeloupe, plus encore qu’en métropole, est social et économique. Les Béké possèdent presque toutes les terres agricoles, et 60% des grands centres de distribution alimentaire. Ils exploitent par le travail ceux d’entre nous qui sont dans le primaire, et ils exploitent toute l’Ile par la consommation. Ce sont eux qui fixent les prix. Nous considérons cette communauté comme responsable de notre situation sociale injuste. Mais ce ne sont les seuls. Dans le domaine industriel, on a des patrons qui exploitent autant que les békés, et qui viennent de la métropole. Nos revendications s’adressent au MEDEF, aux békés, et à l’Etat français qui laisse faire ça. L’Etat français aujourd’hui nous traite comme une colonie, nous dénonçons cette relation, qui est une relation de profitation, et d’exploitations des petites classes sociales.
Cette justice fondée sur l’égalité des peuples que vous espérez, c’est le sens du slogan « la Gwadeloup cé tan nou, la Gwadeloup a pa ta yo » ?
Tout-à-fait. Ce slogan choque les touristes métropolitains, qui croient que notre combat est un combat raciste, et donc un combat contre eux. Or, c’est tout le contraire : notre combat est contre le racisme. « la Guadeloupe, c’est pas à vous », ça ne s’adresse pas aux touristes, ni aux blancs ! ça s’adresse avant tout aux békés, qui ne sont pas du tout des blancs, qui se revendiquent comme une race à part. Et ça s’adresse à ce patronat métropolitain, qui vient ici pour exploiter une population où les salariés dépassent rarement le SMIG. Nous considérons ce comportement patronal et des békés comme une continuation de l’esclavage, c’est ça que nous appelons la « profitation ». Nous parlons de « révolte nègre », on parle tout aussi bien de « révolte d’esclaves modernes », de toutes les victimes de la profitation : beaucoup de gens différents, des noirs africains, des coulis, des métis, des blancs…
Comment le LKP fait-il pour fédérer toutes ces revendications, venant de tant de gens différents ?
Ce mouvement c’est l’aboutissement d’un ras-le-bol populaire, présent dans les petites classes sociales et même chez les favorisés qui veulent la justice. Ce ras-le-bol est présent dans les Antilles depuis très longtemps, et le LKP prépare ce mouvement depuis plus d’un an. La crise financière mondiale a aggravé la situation, et le mouvement a été lancé en Guadeloupe. Il a très vite été suivi par la Martinique, qui connaît la même situation de profitation, puis la Guyane et la Réunion.
Et à quoi espérez-vous aboutir ?
Tout d’abord, nous voulons que nos revendications soient satisfaites, y compris et surtout les 200 Euros d’augmentation. Pour cela, les négociations doivent se passer dans le respect, ce qui n’est pas fait par l’Etat français, qui a rappelé Jégo parce qu’il avait accepté de signer un accord. L’Etat français s’est décrédibilisé. Ensuite, les guadeloupéens doivent réfléchir à un changement de statut. Mais ce changement exigerait des sacrifices économiques.
Votre mouvement est considéré comme un exemple par beaucoup de militants en France métropolitaine. Selon vous, est-ce possible de déclencher un tel mouvement là-bas ?
Je pense que c’est plus difficile là-bas, parce que les choses sont plus compliquées. Là-bas, vous avez toujours l’exemple d’un gars qui s’en est sorti, en travaillant, en étudiant. C’est possible pour un petit nombre, le reste des gens voient cet exemple et se disent : « moi aussi je peux m’en sortir ». C’est une illusion, bien-sûr, mais ça suffit pour empêcher les gens de se mobiliser. Ici, la situation est claire, les gens ont conscience d’être exploités, ça fait des années qu’ils n’en peuvent plus. Et ils savent très bien qui sont leurs ennemis : regardez ces jeunes, la semaine dernière, qui sont partis sans payer des magasins : c’était des grandes surfaces békés … les gens savent très bien. Si notre mouvement aide les métropolitains à se rendre compte qu’eux aussi sont exploités, c’est une victoire pour nous.
(« profitation » : traduction par néologisme, employé en Guadeloupe, du terme créole « pwofitasyon » )
(Patrice est un pseudo, le gréviste ne souhaitant pas que son nom soit diffusé, par crainte des répressions)

Cet article paraît dans le numéro 7 du journal Anticapitaliste qui vient de paraître. Disponible auprès des militants de Marxistes Unitaires ou en laissant un message sur ce blog.
NOUVEAU : Ce que le LKP a obtenu (augmentation des bas salaires, baisse de certains prix, recrutement dans l'Education Nationale, reconnaissance de la langue créole ...)
NOUVEAU : Le numéro 6 (février 2006) du journal Anticapitaliste a été mis en ligne (format PDF)
Libellés : Anticolonialisme, Antilles, Guadeloupe, Luttes ouvrières, Marxistes Unitaires
25 février 2009
"VAN LEVE" Solidarité avec l'Outre-mer




COLLECTIFDOM
SAMEDI 28 FEVRIER 2009 - 15H00 - PLACE DE LA NATION
Soutien au LKP et au Collectif du 5 Février
Nos compatriotes de Guyane, Guadeloupe, Martinique, Réunion, sont en lutte pour dénoncer la situation d’exception dans laquelle ils vivent depuis trop longtemps.
Situation économique désastreuse issue de la gestion coloniale des départements et régions d’Outre-mer.
Vie trop chère : + 40%
Chômage endémique : + 25%
Taux important de bénéficiaires de minimas sociaux.
TOUS UNIS pour le Respect et la Dignité de l’Outre-mer.
Interventions et soutiens : hommes et femmes politiques, acteurs du monde associatif, du monde artistique, scientifique et littéraire.
Artistes invités :
TIWONY - J DEVARIEU - JAMADOM - DEDE SAINT-PRIX - DADDY MORY - YVAN VOICE - LYNNSHA - KRYS - SAIK - ROHFF - NEG MARRONS - DJAMATIK - SHAOLIN - TEFE TYPICAL - XMAN - MATTHIEU EDWARDS - Etc...
Dans L'Humanité : Enquête sur un profiteur (Bernard Hayot, le béké martiniquais qui préside le groupe GBH).
Sur son blog anthropologie du présent, Alain Bertho met en ligne de nombreux articles de presse sur la situation sociale tendue en Martinique, en Guadeloupe et ailleurs dans le monde ...
Libellés : Antilles, Guadeloupe, Luttes ouvrières
21 février 2009
Succès de la manifestation de solidarité avec la lutte des Guadeloupéens
Je reviens de la manifestation parisienne en solidarité avec la lutte des travailleurs guadeloupéens - sans oublier ceux des autres DOMs. Nous étions entre 10 000 et 15 000, dont une très grosse majorité d'Antillais. C'était une manifestation réussie, bruyante, chantante et rythmée comme les Antillais savent le faire. Presque joyeuse. Les observateurs métropolitains auront sans doute retenu principalement les tambours des groupes de gwo ka et les chants et les sifflets qui rappelaient l'ambiance du carnaval, mais le gouvernement aurait tort de ne voir que le côté folklorique de cette mobilisation. Ce fut bien une manifestation politique d'un peuple qui se lève et se rappelle toutes les humiliations passées et présentes.
Un des aspects les plus significatifs de la manifestation était la grosse affluence dans les cortèges syndicaux, principalement celui de la CGT. On voyait des banderoles des personnels postaux, hospitaliers et même pénitenciaires (particulièrement dynamiques). Sans les Antillais, c'est bien connu, la plupart des services publics seraient obligés de fermer. Ils touchent les plus bas salaires et ils sont souvent syndiqués. Cela promet pour la prochaine journée nationale de grèves et de manifestations, le 19 mars.
Ce mouvement est un cocktail explosif, entre une grève 'classique' pour des revendications salariales et un soulèvement national : "La Guadeloupe (Les Antilles) c'est à nous, la Guadeloupe c'est pas à eux". On entendait des slogans revendicatifs et on voyait des appels à la négociation et à la simple égalité de traitement entre les DOMs et les autres départements français ("Aligner les DOMs sur les autres départements, c'est l'égalité"). Mais beaucoup de manifestants tenaient des pancartes disant tout simplement "Respect", "Dignité" ou "Stop au mépris". Les camarades du NPA ont eu également du succès avec "Jego, Fillon, Sarkozy, le temps des colonies, c'est fini".
Si les gens manifestaient leur fierté à appartenir à un peuple avec son histoire, sa mémoire et sa culture, ils n'oubliaient pas que leur mouvement n'est pas une lutte isolée : "Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion même détermination", "DOM TOM Métropole dubout" et (le plus clair de tout) "200 euros ici aussi".
Sarkozy a été traité de tous les noms, et sommé de satisfaire les revendications des grèvistes : "Ba yo 200 euros" ("Donnez-leur 200 euros"). Il y avait une solidarité sans faille avec le LKP (Liyannaj kont pwofitasyon) qui dirige le mouvement en Guadeloupe. Des manifestants ont également dénoncé l'envoi de gendarmes dans l'île à un coût très élevé, alors que les patrons et le gouvernement ne trouvent pas les moyens d'augmenter les salaires. D'autres ont évoqué l'histoire de l'esclavagisme et la continuité avec le présent ("160 ans après, l'esclavage continue"), avec les békés en première ligne : "Békés bande de voleurs, nous ke fouté yo dewo (nous les foutrons dehors)".
C'était une belle manifestation, et on peut être sûr qu'il y en aura d'autres, si le patronat et le gouvernement ne prennent pas la mesure de la détermination dont font preuve nos camarades antillais et de la force de l'exemple qu'ils nous ont donné. Si j'étais 'misyé Sarko' j'aurais peur. Très peur.
DEPECHE DE L'AFP ...
Ecoutez de la musique guadeloupéenne ici ...
15 000 manifestants à Paris pour soutenir la Guadeloupe en lutte ...
Libellés : Antilles, Guadeloupe, Luttes ouvrières
20 février 2009
Saint-Denis solidaire avec la Guadeloupe
Une centaine de personnes se sont rassemblées devant la Mairie De Saint-Denis ce soir en solidarité avec les travailleurs de la Guadeloupe et des autres DOMs qui luttent contre la vie chère et pour un programme très élaboré de réformes.
Il y a eu des discours du maire (PCF) Didier Paillard et d'autres membres de la majorité municipale, d'un représentant de la CGT - qui nous a rappelé que Jacques Bino, le syndicaliste tué par balle à Pointe-à-Pitre, a milité dans la CGT Impôts en Seine-Saint-Denis -, d'un responsable local du Mouvement de la Paix, d'un porte-parole d'un comité de Sans-Papiers, d'un membre du Comité Marche du 23 mai 1998 (CM98).
C'était notre modeste contribution au mouvement de solidarité qui continuera demain, samedi 21 février, avec la manifestation parisienne (14h Place de la République vers Place de la Nation). Si la grève générale en Guadeloupe a permis une chose, c'est de porter à la connaissance des travailleurs en métropole le traitement scandaleux réservé par l'Etat français à ces dernières colonies et la situation désastreuse des salariés, des chômeurs et des jeunes dans ces pays.
Grâce à ces cinq semaines de lutte, le discours des médias semble avoir changé. Fini les images stéréotypées des plages et de l'arrivée de la Route du Rhum (dont on s'en fiche complètement), on peut maintenant parler des cités délabrées, des jeunes livrés à eux-mêmes, des 1% des békés qui contrôlent une grande partie de l'économie, du massacre des grèvistes du bâtiment et la chasse aux indépendantistes de mai 1967 et même des plaies de l'esclavage portées par la société antillaise.
Mais combien de temps cela va-t-il durer ? Le même phénomène s'est produit en partie lors de la révolte des jeunes des banlieues fin 2005. On a vu l'establishment français faire sa méa culpa au sujet de la "diversité" - ils ont même promu quelques individus qui en sont "issus" - mais qu'en est-il aujourd'hui pour les habitants des banlieues eux-mêmes ?
Aujourd'hui, Sarkozy promet des Etats-Généraux des DOMs qui devraient servir à établir plus de justice, à casser des monopoles, à encourager la production locale ... On peut être sceptique. Même pour satisfaire les revendications immédiates des grèvistes, le gouvernement nous dit que le patronat local doit "accepter" d'augmenter les plus bas salaires et que la grande distribution doit "accepter" de baisser le prix de certains produits. Pas question évidemment de les contraindre.
Il est donc évident que le mouvement des travailleurs guadeloupéens doit rester mobilisé, ce que sa direction, le LKP, semble décidée à faire. Et pas question de laisser le mouvement se diviser sur la question des violences ou la répression des jeunes révoltés. De notre côté, la meilleure façon d'aider nos camarades des DOMs est de nous battre pour une augmentation générale des salaires et des retraites et le relèvement de toutes les prestations sociales. Nous en aurons l'occasion lors de la prochaine grande journée de grèves et de manifestations appelée par les syndicats le 19 mars prochain. Ce serait un geste magnifique, d'ailleurs, si les syndicats français invitaient le LKP à prendre la tête du cortège parisien.
Annou allé, annou lité ...
Libellés : Antilles, Colonies, Guadeloupe, Luttes ouvrières, Saint-Denis
18 février 2009
La Guadeloupe: Sarkozy dans l'impasse ?
La CGT appelle à manifester samedi 20 février pour soutenir la lutte des travailleurs dans les DOMs
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Port Louis, Guadeloupe (Photo lepoireaurouge)
La Guadeloupe : Une histoire sociale forgée dans la violence (Reuters)
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'Notre' président va-t-il affirmer que les habitants des DOMs sont "des citoyens de la république à part entière" ? (La départementalisation des colonies de la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion date quand même de 1946!) Répéter ce que tous les gouvernements ont dit depuis des décennies qu'il faut un plan de développement économique pour les aider à sortir du sous-développement et de la dépenadance ? Ou bien taper son poing sur la table pour exiger le "respect de l'ordre républicain" ?
Va-t-il annoncer quelques mesures concrètes pour aider les plus démunis, mais qui ne résoudront en rien les problèmes structurels ?
La réalité, c'est qu'il ne peut pas satisfaire les revendications légitimes des travailleurs guadeloupéens sous la pression sans donner un énorme coup de pouce au mouvement social dans les autres départements d'outre-mer et surtout en métropole où deux millions de manifestants réclamaient il y a peu l'abandon de sa politique anti-sociale.
En plus, ses discours pro-colonialistes pendant la campagne électorale, son apparent mépris des Guadeloupéens face à un mouvement social sans précédent depuis mai 68 en France et les dérapages d'une partie de sa majorité au sujet du "rôle positif de la colonisation" - sans parler du racisme d'un autre âge venant de quelques békés locaux et des agents de la force publique - l'ont complètement disqualifié aux yeux de beaucoup de nos "concitoyens" antillo-guyano-réunionnais.
En somme, sa marge de manoeuvre est réduite et il n'a aucune légitimité.
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SAINT-DENIS ville solidaire
A l’initiative de la Municipalité de Saint-Denis
Solidarité avec la Guadeloupe les Antilles et la Réunion
Rassemblement de soutien aux populations en lutte de la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et la Guyane,
Vendredi 20 février 2009 - 18 h 30 devant la Mairie de Saint-Denis
Depuis 21 jours, le peuple de la Guadeloupe fait entendre un immense cri de révolte contre une situation insupportable.
C’est un taux de chômage record, une vie parmi les plus chères au monde !, une pauvreté qui s’étend, des inégalités qui s’aggravent, des discriminations qui maintiennent l’immense majorité de la population Noire à l’écart des responsabilités et des leviers de commande ; pendant qu’une infime minorité s’accapare toutes les richesses
Une grève massive rassemble les salariés de tous les secteurs d’activité. Chaque jour, des manifestations mobilisent ouvriers, agriculteurs, enseignants, chômeurs, retraités, jeunes.
Animé par un collectif qui regroupe une cinquantaine d’associations, de syndicats, de partis politiques, ce mouvement est porteur d’exigences précises sur le pouvoir d’achat, les conditions de vie, l’éducation, les transports, l’environnement, la répartition des richesses, l’accès aux responsabilités, le respect des droits, la démocratie.
Le mouvement s’est étendu aux autres territoires confrontés aux mêmes situations d’injustice et où s’expriment les mêmes exigences: Martinique, Guyane, Réunion.
Face à ce mouvement, le gouvernement n’apporte aucune réponse satisfaisante, et met en place une stratégie de tension et de répression.
Les populations en lutte de la Guadeloupe, des Antilles et de la Réunion ont besoin de notre soutien.
Faisons entendre cette voix de la justice et de la dignité !
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Alliot-Marie vient d'annoncer l'envoi d'un contingent supplémentaire de gendarmes à la Guadeloupe. En même temps des voix s'élèvent pour déplorer la "racialisation" du conflit par les militants syndicaux et associatifs. Bizarrement, quand le gouvernement envoie des gendarmes blancs (ce qu'ils sont pour l'essentiel) réprimer des manifestants noirs, il ne s'agit pas de "racialiser" le conflit mais de "maintenir l'ordre républicain". Y compris quand ils le font en traitant des syndicalistes de "sales nègres".
Libellés : Antilles, Guadeloupe, Luttes ouvrières
17 février 2009
Guadeloupe: The volcano erupts (un article de 1985)

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Voici un article que j'ai écrit sous un pseudonyme il y a 23 ans pour la publication britannique Socialist Review sur les manifestations dures qui ont paralysé la Guadeloupe en 1985. L'incident qui les a provoquées était relativement mineur et le conflit a moins duré qu'en 2009. Mais on y trouve la même explosivité et la même nervosité de la part des gouvernants et des castes priviligées locales. L'article s'intitule Guadeloupe : The volcano erupts, en référence bien sûr à l'éruption de La Soufrière en 1976 qui a eu lieu pendant ma première visite dans l'île.
Libellés : Antilles, Colonies, Guadeloupe
Continuité Liyannaj Kont Pwofitasyon
Appel aux citoyens
Nous, Continuité Liyannaj Kont Pwofitasyon, constitués dans l’Hexagone pour soutenir les mouvements initiés en Guadeloupe contre la vie chère et pour la suppression des inégalités entre l’Hexagone et les pays d’Outre-Mer, puis déclenchés en Martinique par le collectif du 5 février 2009, appelons tous les citoyens, artistes, associations, syndicats et partis politiques conscients et épris de justice à se mobiliser pour faire aboutir les négociations.
Appelons l’ensemble des citoyens à la vigilance pour le respect des droits humains en Outre-Mer comme dans l’Hexagone.
Appelons à manifester massivement
le samedi 21 février 2009
RDV A 14 heures
De la place de la République à la Place de la Nation
AMITIE MARIE-GALANTAISE, CGT-CASVP, KAPESTERIENS, UNP, DEFISEJUDOM, TNT, ARMADA, CHOUKAJ, ATOME, SUD-TMT, SUD-CT VILLE DE PARIS, COLLECTIF SOLIDARITE, P.O.I, ASSOCIATION AGORA KARAYIB, THEATRE DE L'AIR NOUVEAU, COLLECTIF D’ARTISTES, DLOKOKO, CIFORDOM, GENERATION CONSCIENTE, ILE ET SOLIDARITE, GRAN BALAN, LA CIE BOUKOUSSOU, LA CIE L'AUTRE SOUFFLE, LA CIE MAN LALA, BALKOUTA, ERITAJ, LA CIE AWA, ACTION ET PARTICIPATION, CONFEDERATION SYNDICALE DES FAMILLES, COLLECTIF DOM-TOM-US-CGT VILLE DE PARIS ET DE NOMBREUSES PERSONNALITES A TITRE INDIVIDUEL…
ATTENTION!!! Restons unis : Aucun signe distinctif représantant quelque organisme que ce soit n'est souhaité!!
Tous les messages de la marche doivent refléter la philosophie de notre démarche.
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Appel de l'Union des Femmes Guadeloupéennes
Libellés : Antilles, Colonies, Guadeloupe
Le Mai 68 guadeloupéen vu par la presse française
Consultez le site du LKP (Liyannaj kont pwofitasyon), le collectif qui dirige la grève générale en Guadeloupe ...

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Ce que disent les éditorialistes français (relevé par Nouvel Obs.com)
En voici un exemple :
NICE-MATIN
Jean-Louis Gombeaud
"Sans avoir été invitée en tant que telle au Sommet social organisé par Nicolas Sarkozy, la Guadeloupe y sera forcément présente. Elle participe, en effet, à cette montée du mécontentement qui est en train de pourrir le mi-mandat du Président. Si jusqu'à présent les syndicats ont été plutôt avares de propos solidaires sur ce conflit, c'est parce qu'ils doivent estimer que le drame en train de se jouer dans cette île lointaine ne relève pas vraiment de ce que l'on appelle 'le social'. Certes, la revendication centrale d'une majoration de 200 euros mensuels des bas salaires serait dans leurs cordes, mais tout porte à croire qu'en Guadeloupe, Martinique, Réunion, les spécificités l'emportent sur le reste. Les départements d'outre-mer sont des régions sous-développées qui font partie d'un pays développé. Là est le drame."
On le voit, en faisant grève et en manifestant tous les jours pour des revendications sciales légitimes, les Guadeloupéens ont non seulement rappelé à la classe dirigeante française et à ses laquais de la presse qu'ils existent, mais ils ont secoué le régime de Nicolas Sarkozy jusqu'à ses fondations.
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Voir cette revue de presse sur le blog de mon ami Alain Bertho ...
Libellés : Antilles, Colonies, Guadeloupe
16 février 2009
Paris: Solidarité avec les Antillais en grève
Photos lepoireaurouge
Nous étions quelques milliers à défiler de la Place de Clichy à Saint-Lazare ce soir, lundi 16 février, en solidarité avec les travailleurs de la Guadeloupe et de la Martinique - et plus généralement ceux des départements et territoires français d'outre-mer - en lutte contre la "pwofitasyon".
En tête du cortège il y avait des personnalités de la gauche radicale comme Olivier Besancenot (NPA), Arlette Laguiller (LO) et Jean-Luc Mélenchon (PdG).
La nouvelle du coup de force tenté par le gouvernement contre les grèvistes guadeloupéens a rajouté à la colère des manifestants.
Sarkozy a tort s'il pense que l'envoi de quelques gendarmes suffira pour mettre fin à un conflit qu'il a sans doute sous-estimé au départ, tellement sont loin de ses préoccupations les problèmes des Antillais-Guyanais-Réunionnais.
Antilles: treize organisations de gauche manifestent à Paris
Par AFP, le 16/02/2009
PARIS - Treize organisations de gauche, notamment NPA, Parti de gauche (PG), PCF, et LO ont manifesté lundi à Paris en "soutien total" aux grévistes de Martinique et Guadeloupe, a constaté une journaliste de l'AFP.
En tête du cortège des manifestants, rassemblés place Clichy avant de descendre la rue d'Amsterdam, une banderole proclamait, en reprenant le slogan de Barack Obama: "Antilles et métropole, yes we can".
"Des Antilles à la Réunion, solidarité avec la grève générale", pouvait-on lire sur une autre bannière.
"C'est fini, la colonisation", "Sarkozy, assez de mépris", scandaient les marcheurs, plusieurs centaines au départ de la place Clichy, un millier à l'arrivée à la gare Saint-Lazare. Alain Krivine, leader du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), a estimé leur nombre à 4.000. Il y avait environ 1.000 manifestants, selon la préfecture de police.
Olivier Besancenot, porte-parole du NPA, était du défilé, tout comme Pierre Laurent (PCF), Arlette Laguiller (LO), Jean-Luc Mélenchon (PG), Georges Sarre (MRC).
Olivier Besancenot a déclaré que "la meilleure façon de marquer notre solidarité avec ceux qui sont là-bas, c'est que les questions sociales, on les développe aussi ici, qu'on prenne exemple sur cette grève générale, ce mouvement social, ce mouvement populaire". "C'est un premier rassemblement", a-t-il assuré, tout en pointant des "relents de colonialisme" dans la façon sont traités les grévistes.
Arlette Laguiller a souhaité un "printemps des luttes".
"Ils doivent savoir qu'ils ne sont pas seuls, les Béké sont les mêmes là-bas et ici", a lancé Jean-Luc Mélenchon.
Pour Pierre Laurent, "le gouvernement Sarkozy décidément n'entend rien, ne connaît que la surdité la provocation, il faut amplifier la solidarité à leurs côtés".
"Nous ne sommes pas là pour parler à leur place, mais pour parler a leurs côtés". Evoquant "leurs problèmes qui sont les nôtres", il a fustigé la vie chère et la prédation capitaliste". M. Laurent a assuré "la détermination à aller à un nouveau rassemblement".
Parmi les organisations ayant signé l'appel unitaire aux "travailleurs de Guadeloupe, Martinique, Guyane et de la Réunion" figurent le Parti ouvrier indépendant (ex Parti des Travailleurs) ou Alternative Démocratie Socialisme (ADS).
Dans un communiqué diffusé vendredi les organisations avaient estimé que "le combat des salariés de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane et de la Réunion est le nôtre. Il est exemplaire".
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Un compte-rendu assez correct de la manif dans Libération ...
Libellés : Antilles, Guadeloupe, Luttes ouvrières
09 février 2009
Où en est le mouvement social dans les DOMs ?
Nuages à l'horizon et dépression tropicale pour Sarkozy (Photo : Grande Anse, Deshaies par lepoireaurouge)
Cet article dans Le Monde fait le point de la situation en Guadeloupe et en Martinique - entrée depuis peu dans la bataille. Quant à la Guyane, le mouvement "ne fait que commencer".
Quoiqu'il en soit, les travailleurs de ces territoires colonisés - mais bénéficiant du statut de départements d'outre mer! - ont montré leur force et donné une belle leçon de combativité. Il est clair qu'une des raisons est bel et bien la mémoire de l'esclavage et de la servitude que la classe ouvrière de ces pays a subie pendant des siècles, et leur prolongement aujourd'hui sous forme de racisme, d'émigration forcée et de sur-exploitation (au pays comme en métropole).
Une autre raison est sans doute l'absence d'une bureaucratie syndicale forte - ou son éloignement en métropole - capable de gérer de tels conflits et d'arrêter le mouvement dès qu'il prend un caractère dangereux pour la 'cohésion sociale'.
Les conflits sociaux - très nombreux mais en général d'une portée limitée - ont depuis toujours un aspect explosif dans les DOMs, qu'on peut considérer comme une véritable poudrière (nous l'avons vu également à la réunion et en Polynésie). Il existe une lutte constante, parfois larvée parfois ouverte, non seulement pour des améliorations du niveau de la vie mais pour la dignité et la reconnaissance de la spécificité de la société antillaise (guyanaise, réunionnaise, polynésienne ...).
Mais les divisions de classe traversent également la société antillo-guyanaise. La solidarité des travailleurs et des petits exploitants se heurtent à la résistance non seulement des 'békés' martiniquais et des profiteurs métropolitains ou endogènes ('syriens ...') mais aussi du patronat antillais et leurs représentants. Ceux qui sont payés par l'Etat français (fonctionnaires) ne voient pas toujours d'un bon oeil les revendications de ceux qui survivent dans les interstices d'une économie dont personne ne comprend le véritable fonctionnement (circuits de distribution opaques, économie parallèle, détournements en tous genres ...).
La classe ouvrière guadeloupéenne, martiniquaise et guyanaise est également composée de travailleurs originaires d'autres pays des Caraïbes (Haïti, Commonwealth of Dominica ..) voire de plus loin, qui sont souvent objets de racisme de la part des 'autochtones'. "La Guadeloupe est à nous, elle n'est pas à eux" est un slogan qui rassemblent aujourd'hui les exploités contre les colonialistes, les grands patrons et les grosses sociétés étrangères (Total ...). En d'autres temps - en cas de défaite ou démoralisation par exemple - il peut être détourné par des démagogues locaux et dirigés contre les immigrés venus de pays encore plus pauvres.
Ce qui est sûr est que ce conflit, qui est loin d'être réglé à l'heure actuelle - va marquer l'histoire des DOMs et leur rapport avec la métropole.
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Citation du jour (Le Monde, le 3 février 2009)
« La Guadeloupe est souvent en avance sur la métropole en matière de conflit social . Si je vous demande ce que vous inspire « mai 67 » vous allez me répondre que je me trompe d’une année ou que je ne connais pas l’histoire de France …. Peu de gens se souviennent des évènements de mai 67 en Guadeloupe : trois jours d’émeute, réprimés par les forces de l’ordre, parce que les ouvriers réclamaient une augmentation salariale . Dans les manifestations se trouvaient également des étudiants : cela ne vous rappelle rien ? »
Et c'est de qui ? Un indice : Il a marqué deux buts surprise pour la France à la Coupe du Monde 1998
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En suivant les actualités on a nettement l'impression que le pouvoir de Sarkozy s'affaiblit - donnant par ailleurs tort à ceux qui prédisaient lors de son élection en 2007 un changement carrément d'époque, la fin de toute perspective de changement progressiste de la société pour au moins une génération.
Face à la crise et aux résistances qui démarrent très fort, Sarkozy est obligé de reculer, sa réputation de fin tacticien est écornée et ses marges de manoeuvres se rétricissent de jour en jour.
Quel rapport avec la Guadeloupe ? Seulement qu'il m'est venu en suivant la manifestation des enseignants et des étudiants aujourd'hui (10 février) que si Sarkozy recule sur la question de la réforme des universités et hésite face à la mobilisation dans les universités et l'Educatiuon nationale c'est en grande partie dû aux grèves dans les DOMs et au succès des manifestations syndicales du 29 janvier.
Même Sarkozy, qui annonçait il y a pas longtemps vouloir aller très vite et avancer sur tous les fronts, ne peut pas mener plusieurs batailles à la fois. Il est pris entre plusieurs feus, et il le sait. Et s'il attendait à des résistances sur le front syndical - mais pas à ce que tous les syndicats fassent front commun contre lui - et redoutait la révolte des enseignants et des jeunes, il ne s'attendait certainement pas à un mouvement social d'une telle ampleur et d'une telle détermination dans les dernières colonies françaises.
On peut remercier les Guadeloupéens et leur souhaiter une belle victoire !
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Dans son numéro 1001 (31/01/2009), le journal Combat Ouvrier fait le point sur le mouvement en Guadeloupe après deux semaines de grève générale
Libellés : Antilles, Guadeloupe, Lilian Thuram, Luttes ouvrières
01 novembre 2008
Réédition du livre de CLR James : Les Jacobins noirs

L'histoire de la révolution conduite par Toussaint Louverture qui a renversé le système esclavagiste dans la colonie française de Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti). Ce livre a inspiré - et continue à inspirer - plusieurs générations de militants.
L'auteur, CLR James, était trotskiste puis marxiste libertaire, mais aussi critique littéraire, spécialiste du cricket et dramaturge. Il fut un proche des fondateurs du mouvement pan-africaniste (George Padmore, Kwame Nkrumah ...) et l'un des pères intellectuels de l'indépendance de son pays d'origine, Trinidad et Tobago.
Pour les Parisiens et banlieusards, acheter ce livre peut être l'occasion de visiter la Librairie Résistances (métro Brochant ou Guy Môquet).
CLR James aurait sans doute approuvé cette déclaration de l'organisation trotskiste antillaise Combat Ouvrier, à propos des expulsions de sans-papiers haïtiens en Guadeloupe (où le racisme envers les immigrés d'Haïti mais aussi de la Commonwealth of Dominica existe, malheureusement):
Guadeloupe: La Ligue des droits de l'homme interpelle le préfet sur les expulsions des sans-papiers haïtiens
Suite à l'expulsion du petit Jephté et de son père, la Ligue des Droits de l'Homme a réuni différents partis politiques, des syndicats et associations, pour dénoncer l'expulsion des sanspapiers haïtiens vers leur pays ravagé par quatre cyclones. Ces organisations sont signataires d'un appel adressé au Préfet pour un moratoire des expulsions et la régularisation des sans-papiers. Cet appel a déjà recueilli plus de 500 signatures. La Ligue des Droits de l'Homme renforcée par d'autres organisations a adressé une demande d'audience au Préfet pour que des mesures d'urgence soient prises comme cela a été le cas aux Etats-Unis où les expulsions ont été suspendues suite au passage des cyclones en Haïti. En Guadeloupe, les expulsions se poursuivent sans aucune considération humanitaire.
Nous à C.O. nous soutenons évidemment les initiatives de tous ceux qui s'opposent aux expulsions et aux tracasseries policières souvent crapuleuses et infâmes envers les Haïtiens, dans les quartiers populaires.
Mais notre position de fond sur ce problème c'est de réclamer la régularisation de tous les sanspapiers et de défendre leur droit à vivre et travailler en Guadeloupe et Martinique comme ils le désirent. N'en déplaise à certaines variantes réactionnaires de notre petitebourgeoisie et même à certains travailleurs intoxiqués par des idées rétrogrades et xénophobes.
Les travailleurs, de la Caraïbe constituent un même peuple, en majorité d'une même origine africaine et indienne, issus d'une même histoire douloureuse de colonisation et d'esclavage ; ils furent séparés en différentes soidisant «nations» insulaires, uniquement par la volonté des colonialistes anglais, français, espagnols et autres.
Pourquoi n'auraient-ils pas le droit de circuler librement dans leurs îles différentes, alors que les anciennes puissances coloniales, elles, ont institué entre elles, en Europe, un marché commun, une union douanière, une libre circulation de tous les européens avec le droit de résider et travailler où bon leur semble.
Ce minimum de droits élémentaires, les Caribéens doivent aussi l'imposer. Pourquoi auraientils moins de droit à vivre et travailler dans leur propre région alors que les hommes d'affaires, les capitalistes venus d'Europe bénéficient de cette liberté ?
Alors nous disons: libre circulation des citoyens de la Caraïbe dans toutes les îles de cette région!
Libellés : Anticolonialisme, Antilles, CLR James, Racisme
17 avril 2008
Aimé Césaire 26 juin 1913 - 17 avril 2008
www.cesaire.org/
Sur le site Africiné :
Plus poète que théoricien, Césaire a toujours défini la négritude selon le mouvement qui anime son poème : prise de conscience et acceptation de soi, pour coïncider avec l’émergence d’une parole enfin rendue à elle-même.
Né en 1913, Aimé Césaire est envoyé à Paris pour poursuivre ses études. Reçu en 1935 à l’Ecole Normale Supérieure, il élabore, en compagnie de Léopold Senghor, l’idée de « négritude ». De retour en Martinique en 1939, professeur de lycée, il fonde avec sa femme la revue Tropiques qui réussit à maintenir en Martinique une parole de résistance culturelle. En 1945, élu avec le soutien du parti communiste maire de Fort-de-France et député à l’Assemblée nationale, il est l’un des principaux inspirateurs de la loi de départementalisation des colonies (1946). En lutte contre les tenants de l’ordre colonial, il rompt cependant avec les communistes qu’il accuse de ne pas comprendre les problèmes de la décolonisation. Il s’oppose également aux indépendantistes dont il redoute l’extrémisme, et fonde son propre mouvement : le Parti progressiste martiniquais.
Il rassemble en 1946, dans Armes miraculeuses, des poèmes influencés par le Surréalisme et dont l’âpre violence se retrouvera dans ses recueils ultérieurs : Soleil cou coupé (1948), Corps perdu (1950), repris et remaniés dans Cadastre (1961), et Ferrements (1960). Dans ces poèmes, Césaire ausculte la destruction du monde ancien dans un flamboiement d’images de cataclysmes, de catastrophes volcaniques, et appelle à la surrection tellurique d’un monde nouveau. Les poèmes qui composent Moi, laminaire (1982) diffusent l’angoisse de voir le feu des volcans se dissoudre et se perdre dans la vase maléfique des mangroves.
L’œuvre théâtrale d’Aimé Césaire, jouée partout dans le monde, aborde les problèmes de la décolonisation dans La tragédie du roi Christophe (1963) ; l’histoire contemporaine dans Une saison au Congo (1966) où, avec l’ampleur des grandes pièces épiques de Brecht, il raconte la mort de Patrice Lumumba ; les conflits raciaux dans Une Tempête (1968), son adaptation de la pièce de Shakespeare.
Toute l’œuvre d’Aimé Césaire demeure animée par l’impulsion qui, dès sa jeunesse, orienta toute sa vie et détermina ses engagements : « pousser d’une telle roideur le grand cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées. »
Aimé Césaire, le 24 octobre 1956 : Lettre à Maurice Thorez (Lettre de démission du Parti communiste français) :
/.../ ce n'est ni le marxisme ni le communisme que je renie, que c'est l'usage que certains ont fait du marxisme et du communisme que je réprouve. Que ce que je veux, c'est que marxisme et communisme soient mis au service des peuples noirs, et non les peuples noirs au service du marxisme et du communisme. Que la doctrine et le mouvement soient faits pour les hommes, non les hommes pour la doctrine ou pour le mouvement. Et bien entendu cela n'est pas valable pour les seuls communistes. Et si j'étais chrétien ou musulman, je dirais la même chose. Qu'aucune doctrine ne vaut que repensée par nous, que repensée pour nous, que convertie à nous. Cela a l'air d'aller de soi. Et pourtant dans les faits cela ne va pas de soi.
Et c'est ici une véritable révolution copernicienne qu'il faut imposer, tant est enracinée en Europe, et dans tous les partis, et dans tous les domaines, de l'extrême droite à l'extrême gauche, l'habitude de faire pour nous, l'habitude de disposer pour nous, l'habitude de penser pour nous, bref l'habitude de nous contester ce droit à l'initiative dont je parlais tout à l'heure et qui est, en définitive, le droit à la personnalité./.../
AIMÉ CÉSAIRE
Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot
mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?
LE PRIX DU POIREAU DE L'HYPOCRISIE :
Nicolas Sarkozy
“J’apprends avec une très grande tristesse le décès d’Aimé Césaire. J’imagine le chagrin immense de toute la population martiniquaise, antillaise et ultramarine qui perd, aujourd’hui, l’un de ses pères spirituels. Mais, en vérité, c’est toute la nation française qui est en deuil”.
09/03/2007 : "La vérité, c'est qu'il n'y a pas eu beaucoup de puissances coloniales dans le monde qui aient tant oeuvré pour la civilisation et le développement et si peu pour l'exploitation." N. Sarkozy
Voir ce commentaire par Pierre Cours-Salies ...

LE MOUVEMENT DES INDIGENES DE LA REPUBLIQUE REND HOMMAGE A AIME CESAIRE, DIMANCHE 20 AVRIL A 18h30 A LA MAISON VERTE
127, rue Marcadet, metro Lamarck-Caulaincourt ou Jules Joffrin
Un groupe de chanteurs antillais ’Séchou’ sera présent et interprétera des chants anticolonialistes et dira un conte de Léon Gontran Damas.
AIME CESAIRE N’EST PAS MORT
AIME CESAIRE EST RETOURNE AU PAYS NATAL...
« Donc, camarade, te seront ennemis – de manière haute, lucide et conséquente – non seulement gouverneurs sadiques et préfets tortionnaires, non seulement colons flagellants et banquiers goulus, non seulement macrotteurs politiciens lêches-chèques et magistrats aux ordres, mais pareillement et au même titre, journalistes fielleux, académiciens goitreux, endollardés de sottises, ethnographes métaphysiciens et dogoneux, théologiens farfelus et belges, intellectuels jaspineux, sortis tout puants de la cuisse de Niestzche ou chuté calenders-fils-de-Roi d’on ne sait quelle Pléiade, les paternalistes, les embrasseurs, les corrupteurs, les donneurs de tapes dans le dos, les amateurs d’exotisme, les diviseurs, les sociologues agrariens, les endormeurs, les mystificateurs, les baveurs, les matagraboliseurs, et d’une manière générale, tous ceux qui, jouant leur rôle dans la sordide division du travail pour la défense de la société occidentale et bourgeoise, tentent de manière diverse et par diversion infâme de désagréger les forces du Progrès – quitte à nier la possibilité même du Progrès – tous suppôts du capitalisme, tous tenants déclarés ou honteux du colonialisme pillard, tous responsables, tous haïssables, tous négriers, tous redevables désormais de l’agressivité révolutionnaire. » (Aimé Césaire, "Discours sur le colonialisme")
Aimé Césaire : « Il est bien plus difficile d’être un homme libre que d’être un esclave » (sur Oumma.com)
En anglais : AIME CESAIRE : FOUNDING FATHER OF NEGRITUDE (The Independent)
Un camarade anglais a mis en ligne un hommage à Aimé Césaire sur son blog Adventures in Historical Materialism. On y trouve des liens très intéressants.
L'héritage d'Aimé Césaire, sur Afrik.com
"C'est un baobab qui vient de tomber" : l'Afrique salue son frère antillais
James Ferguson, dans The Guardian , décrit certaines contradictions dans la carrière politique et l'oeuvre de Césaire, champion de la négritude et défenseur de la départementalisation, donc de la assimilation politique de la Martinique (ainsi que la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion) à la France. Ce sont des contradictions, d'ailleurs partagées par l'immense majorité des Antillais. Il minimise également l'influence littéraire de Césaire. Un peu négatif, peut-être, mais mieux que la 'panthéonisation' à laquelle on assiste depuis quelques jours. On se demande ce que le grand homme aurait pensé des hommages rendus par les Sarkozy, Villepin et d'autres Bayrou. Plus positivement, la médiatisation de sa mort et de ses funerailles donneront au moins envie à beucoup de gens de lire Césaire dans le texte.
Libellés : Aimé Césaire, Anticolonialisme, Antilles
11 avril 2008
AFP: L'état de santé d'Aimé Césaire est "préoccupant", selon l'hôpital

AFP: L'état de santé d'Aimé Césaire est "préoccupant", selon l'hôpital
Extrait du Discours sur le colonialisme
« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet Nam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. [...] »
Libellés : Aimé Césaire, Anticolonialisme, Antilles
05 octobre 2007
Paradis tropical perdu aux Antilles ?
Dans le numéro du 22 septembre 2007 de Combat Ouvrier (Antilles) on peut lire un éditorial sur le scandale des pesticides utilisés pendant des années par les patrons de l'industrie bananière qui sont probablement à l'origine de nombreuses maladies graves en Guadeloupe et en Martinique.
Voir ce dossier sur le site Black World Connexion
Libellés : Antilles, Environnement
14 avril 2007
Dernières colonies françaises : Mettre fin au colonialisme
Dans les cas de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique, la gauche doit soutenir la mise en place d'institutions et de règles permettant à ces départements d'outre-mer de "prendre en main librement le développement économique, social et culturel".
Gilbert Pago a fait le choix de soutenir Olivier Besancenot aux présidentielles, et dans un article annexe il souligne l'existence de soutiens forts à sa candidature aux Antilles, à la Réunion et en Kanaky.
Pour notre part, nous ajouterons qu'un autre candidat dont l'opposition à l'impérialisme et au militarisme français ne date pas d'hier, José Bové, bénéficie également de tels soutiens, notamment à la Réunion (où il existe plusieurs comités de soutien actifs) et en Kanaky, où il s'est rendu à plusieurs reprises ces dernières années.
Reste à voir dans quelle mesure ces soutiens aux candidats de la gauche radicale et anti-impérialiste se traduisent par un vote significatif, dans des pays où (aux Antilles notamment) l'abstention aux élections 'nationales' est toujours très forte, où la gauche réformiste et intégrationniste est bien implantée et où le sentiment de discrimination et d'insécurité se traduit chez certaines couches de la population par un vote sarkozyste, voire lepeniste.
Lire l'article de Gilbert Pago ...
La Guadeloupe, la Martinique et la Guyane souffrent des discriminations imposées par l’État français. Aux Antilles aussi, des mesures d’urgence s’imposent.
Libellés : Anticolonialisme, Antilles

