08 juin 2009

 

Européennes: premières déclarations à la gauche de la gauche

***
Des déclarations un peu 'langue de bois' quand même ...

Déclaration du Comité exécutif national du PCF

Les résultats dont nous disposons à cette heure pour la France, sont marqués, comme dans de nombreux pays d’Europe, par un niveau d’abstention record. Ils traduisent, d’une part, l’ampleur de la défiance des électrices et des électeurs envers une construction européenne qui se refuse obstinément à entendre les exigences d’une refondation sociale et démocratique de l’Union européenne. D’autre part, ces résultats illustrent dans le même temps la difficulté persistante à transformer cette défiance en une alternative forte et crédible aux politiques libérales.

Quatre électeurs sur dix seulement se sont rendus aujourd’hui aux urnes dans notre pays. Il faut dire que tout a été fait, au niveau du pouvoir comme de ses relais médiatiques, pour brouiller les repères, dissimuler les enjeux du scrutin, refuser le débat, et ainsi pouvoir continuer la politique de libéralisation, de concurrence à tout va, de casse sociale qui est celle de l’Union européenne.

Dans ce contexte, un peu plus d’un votant sur quatre a exprimé son soutien à Nicolas Sarkozy et aux listes UMP. Mais la confusion a été systématiquement entretenue sur les votes qui permettraient d’exprimer clairement son opposition aux politiques libérales en France et en Europe. La fausse compétition mise en scène dans les derniers jours entre les listes d’Europe-écologie et du Modem, sur fond de consensus libéral, en a été une illustration éloquente. Quant au Parti socialiste, son très net recul confirme le divorce entre les attentes du peuple de gauche et ses orientations actuelles.

Dans ces conditions, le seul signe d’espoir à gauche vient ce soir des résultats des listes du Front de gauche.

Sa campagne a permis d’ouvrir un débat constructif sur les conditions d’une alternative à gauche. La dynamique unitaire et politique créée par cette campagne a suscité un intérêt croissant. La démarche des listes du Front de gauche démontre qu’il y a décidément une place pour une gauche déterminée qui, dans le prolongement du mouvement social, oeuvre à rendre meilleure la vie de nos concitoyens.

Il reste beaucoup à faire dans cette voie, et cette perspective est d’autant plus nécessaire au lendemain des résultats enregistrés en France et en Europe.

Ces résultats devraient permettre de renforcer le nombre de députés européens français qui iront siéger au groupe de la Gauche unitaire européenne au Parlement européen.

Le Parti communiste, qui va analyser dans les prochains jours avec attention ces résultats, entend poursuivre la démarche qu’il a initiée dans cette élection : travailler à la construction de fronts politiques unitaires porteurs de propositions et de projets alternatifs susceptibles de faire gagner la gauche et de répondre aux attentes sociales et démocratiques de notre peuple.

Paris, 7 juin, 20 heures

_________________________________________________________________________

Européennes - Déclaration du NPA

dimanche 7 juin 2009 (20h58)

Avec un taux d’abstention très élevé, le scrutin du 7 juin marque le rejet, ou pour le moins le désintérêt, qui frappe les institutions européennes. En restant chez eux, nombre d’électeurs, en particulier parmi les jeunes et les classes populaires, envoient un message clair : cette Europe n’est pas la nôtre !

Il faut dire que tout a été fait pour que grandissent cette colère et cet éloignement. Les partis institutionnels, dont le Parti Socialiste, se sont assis sur le non au référendum de 2005 en faisant passer par la voie parlementaire un traité jumeau. Quelle façon de dire clairement à la population, que son avis ne compte pas, que la gestion de l’Europe capitaliste est une affaire trop sérieuse pour être confiée au peuple !

C’est aussi cette politique que le PS paye aujourd’hui.

Le Parlement qui sort de ce suffrage manque de légitimité. Il ne donne pas une photographie réaliste du poids de chaque formation politique dans le pays.

Cependant, dans cette situation, le NPA, né voilà quatre mois, s’affirme, d’après les premières estimations qui le situe autour de 5%, comme une force politique nationale.
Le pouvoir ne sort pas grandi de cette échéance. Il a voulu évacuer la crise économique de cette élection, en jouant une nouvelle fois sur les peurs et les fantasmes : l’insécurité et la Turquie. Pourtant l’essentiel de la crise et des mobilisations sociales sont devant Sarkozy et le Medef.

Les attaques qui redoubleront venant du pouvoir et du patronat nécessitent une opposition déterminée et la défense d’une politique anticapitaliste. Une gauche de combat, pas une gauche de cogestion du système capitaliste, des institutions européennes aux collectivités locales. Nous continuons à proposer à toutes les formations de la gauche antilibérale et anticapitaliste un accord durable valable dans les échéances sociales et politiques à venir, pour encourager la convergence des luttes, plus que jamais nécessaire.

_____________________________________________________________________________________

Les Alternatifs

COMMUNIQUE 7 JUIN 2009

DU PAIN SUR LA PLANCHE

Un taux d'abstention élevé dans tous les pays européens en dit long sur la défiance à l'encontre de l'Europe libérale, mais, plus profondément sur la crise de la politique. Les timides propositions des partis sociaux-démocrates européens n'ont pas convaincu, le PS français subit un grave revers. Dans beaucoup de pays, des droites nationalistes ou xénophobes marquent des points.

En France, les listes avec lesquelles les Alternatifs avaient constaté des convergences politiques importantes obtiennent un score appréciable puisque le total des suffrages du Front de Gauche et du NPA se situe aux environs de 11%, mais sans que la critique large du système capitaliste et les mobilisations sociales de la dernière période aient abouti à une forte poussée de la "gauche de gauche".

Par ailleurs, de vraies divergences politiques traversent cet espace de la gauche de gauche, notamment autour de questions comme celles de l'indépendance à l'égard du PS et de la construction d'un bloc social majoritaire.

Le simple appel à l'unité ne peut permettre de dépasser ces contradictions : elles doivent être mises en débat, la construction de cadres unitaires sur le terrain social est indispensable, d'autant plus que le cycle des "journées d'action" du premier semestre trouve ses limites.

Les interrogations qui traversent la société sur l'avenir de la Planète, comme sur les modes de production et de consommation, se traduisent par des scores élevés des listes Europe Ecologie et, à la marge, des autres
listes écolos.

A l'évidence, le métissage entre exigences sociales et écologiques radicales ne s'est pas profondément concrétisé sur le terrain électoral.

La construction de l'unité contre les régressions sociales, les plans de licenciements, est une priorité des mois à venir, les débats stratégiques qui traversent la gauche antilibérale doivent être abordés de front, la convergence, le métissage, des exigences sociales et écologiques reste à construire en France comme en Europe : les Alternatifs, la gauche autogestionaire, s'engagent sur ces trois terrains.

Libellés : , ,


06 décembre 2008

 

Roger Martelli: Discuter, mais dans le respect

***
La direction du Parti communiste français tente actuellement de mettre à l'écart de nombreuses personnalités communistes connues pour leur volonté d'agir en commun avec d'autres forces de la gauche radicale. C'est notamment le cas dans mon département de la Seine-Saint-Denis. Pendant ce temps, l'Association des Communistes Unitaires participent à plusieurs initiatives unitaires, dont le grand meeting à Paris-La Défense samedi 13 décembre.

Voici un texte intéressant de Roger Martelli qui répond aux détracteurs des Communistes Unitaires au sein du PCF.

Discuter, mais dans le respect

Depuis quelques jours, j’entends dire que les « communistes unitaires » sont d’ores et déjà à l’extérieur de la famille communiste puisque, le 13 décembre, ils participent à la formation d’un nouveau parti politique. Cette affirmation est mensongère et, à mes yeux, injurieuse. Mes opinions n’ont rien de mystérieux : voilà quelque temps que je dis ma conviction que le communisme politique ne pourra retrouver une place majeure qu’en s’engageant, avec l’ensemble des sensibilités critiques, dans l’émergence d’une force aspirant à la majorité à gauche, sur une ligne de transformation sociale et donc de rupture assumée. Je crois à cette nécessité, mais je suis convaincu qu’une telle émergence ne peut être une construction artificielle, au coin d’une table ou au feu d’une rencontre, si enthousiasmante soit-elle. Pour peser et changer l’ordre des choses dominant, la force dont le mouvement populaire a besoin doit laisser le moins d’organisations, de courants, de trajectoires personnelles possibles sur le bord du chemin. Elle ne peut se passer de personne ; elle ne peut donc faire l’économie de la décision volontaire de qui que ce soit, et surtout pas de celle des militants communistes. Penser que l’on peut décider, le 13 décembre, de la naissance de la grande force d’une gauche d’alternative me paraît relever du pur enfantillage. Pour aller dans cette direction, il est évident qu’il faudra des étapes, des moments d’expérimentation : en bref ce qu’on appelle un processus, quelque chose dont on ne peut dire par avance les formes achevées, mais dont on peut pressentir la finalité et l’horizon. Mais autant j’estime puéril d’écrire par avance le détail d’un scénario refondateur, autant il me paraîtrait désastreux, pour la gauche d’alternative comme pour les communistes, que l’hypothèse de cette émergence soit d’ores et déjà remisée au placard.

Que va-t-il se passer le 13 décembre ? Dans la soirée, se tient à la Défense une initiative publique sous l’intitulé « Qui se ressemble se rassemble ». Ceux qui ont promu cette rencontre ont en commun le fait qu’ils ont déjà, à un moment ou à un autre, affirmé qu’il fallait aller « vers la création d’une nouvelle force politique de l’autre gauche », pour que la gauche ne soit plus dominée par les cultures de l’adaptation au capitalisme mais se rassemble majoritairement sur une ligne claire de transformation sociale. Parmi les intervenants annoncés, certains sont communistes, beaucoup ne le sont pas. Leur objectif commun est de débattre de l’hypothèse d’une gauche de gauche rassemblée, à un moment où les possibilités et la nécessité d’un sursaut sont plus grandes que jamais.

Pour ceux qui sont membres du PCF, leur participation est cohérente avec ce qu’ils avancent continûment depuis longtemps dans leur parti : le devenir du communisme est inséparable de celui de la gauche de transformation dans son ensemble ; l’ouverture des communistes sur les forces d’alternative ne doit pas être conjoncturelle mais durable, suffisamment solide pour que la gauche transformatrice fasse force politique. Ces membres du PCF, sous des formes par ailleurs différentes, avaient exprimé il y a quelques mois le souhait que l’éventualité d’une nouvelle force soit explicitement mise au pot commun de la réflexion communiste. Il n’en a rien été : l’éventualité a été écartée dans ce qui s’intitule « base commune ».

Une telle mise à l’écart n’est pas acceptable ; elle est dangereuse à la fois pour le communisme politique et pour la gauche de transformation. De nombreux membres du parti ont donc voulu dire qu’ils voulaient continuer à défendre dans leur organisation et explorer publiquement, avec d’autres, l’hypothèse trop tôt écartée par le noyau dirigeant du PCF et qui continue d’être, à leurs yeux, au cœur de la réflexion d’un communisme qui se veut moderne.

La rencontre se tient à la Défense, à un moment où le Congrès communiste aura voté sur une orientation politique. Si le Congrès décide que l’idée d’une force politique nouvelle reste, au titre d’hypothèse, parmi d’autres hypothèses sur le devenir du communisme politique, tant mieux : raison supplémentaire pour débattre avec celles et ceux qui défendent un point de vue semblable, y compris pour dire pourquoi l’option n’est pas retenue en l’état. Si, au contraire, le Congrès décide d’écarter l’énoncé même de l’hypothèse, nous le regretterons mais nous en prendrons acte. Une chose doit être claire pourtant : prendre acte ne signifie pas se résigner et abandonner ce qui nous paraît être la seule idée salvatrice pour l’idéal communiste contemporain. En tout état de cause, aucune mise à l’écart, aucun ukase ne pourront faire fléchir notre résolution à poursuivre notre réflexion et notre recherche d’expérimentation. Nous le ferons en communistes, parmi les militants communistes, en n’oubliant pas que ce beau mot de « communistes » englobe aujourd’hui des femmes et des hommes dont beaucoup sont membres du PCF, mais dont beaucoup plus encore ne sont pas ou ne sont plus membres de ce parti.

Et nous le ferons dans l’échange et l’exploration concrète permanente avec d’autres que les seuls membres du Parti communiste français. La rencontre du 13 est ouverte à toutes les forces et sensibilités de la gauche critique : des personnalités de sensibilités diverses mais tendues vers le refus du social-libéralisme ont annoncé d’ores et déjà leur participation ; des associations comme Attac ou l’Apeis ont fait savoir qu’elles s’inséraient dans le débat, ce qui ne signifie pas qu’elles s’alignent sur quelque point de vue que ce soit. Toutes les formations politiques sans exception (y compris donc le PCF) sont invitées : les communistes unitaires, la gauche des Verts et le NPA ont dit qu’ils seraient présents ce soir-là. Qui peut croire que tous ceux-là ont envie, à l’issue de la rencontre, de se trouver immédiatement dans la même organisation ? Qui peut croire qu’on pourrait les utiliser, malgré eux, pour légitimer une décision qui n’a pas de raison d’être ?

Cette soirée n’a pas de visée décisionnelle. Elle a lieu après d’autres initiatives sur le même thème et avant d’autres encore. Parmi celles et ceux qui participent, certain(e)s sont engagé(e)s ou vont s’engager dans des initiatives concrètes différentes. Mais il leur a semblé bon, au moment où tout bouge, où les forces concernées tiennent congrès, de rappeler ensemble que la gauche ne reprendra l’offensive face à la droite que si « qui se ressemble se rassemble ». Toute autre interprétation de cette soirée ne serait pas conforme à l’esprit de ses organisateurs.

J’ajoute quelque chose qui concerne plus particulièrement les membres du Parti communiste. Qui peut douter qu’ils soient souverains, seuls décideurs au final de ce que deviendra l’organisation qui est leur bien ? Nul ne peut s’imaginer que l’on peut ruser avec les militants communistes, leur dire par exemple : « Faisons un jour un front » pour, le lendemain, leur proposer de rallier un autre parti déjà constitué. Moi, je préfère tenir un langage direct : nous ne gagnerons une majorité à gauche que si nous nous rassemblons, non pas seulement dans des fronts nécessaires et dispersés, mais dans une construction politique commune et durable. Non pas en se ralliant à une formation déjà existante, mais en construisant ensemble la force, à la fois cohérente et pluraliste, sans laquelle la main reste au recentrage social-libéral.

Voilà ma conviction. Tant qu’une majorité de militants communistes ne seront pas partie prenante d’une telle construction, je me sentirai insatisfait. En attendant, je ne veux rater aucune possibilité de débattre. Je sais qu’une grande majorité de communistes est favorable à une démarche d’union. Alors pourquoi craindre le débat ? Pourquoi bouder une occasion de se confronter à d’autres ? Un républicain disait autrefois qu’il n’avait pas d’ennemi à gauche. Les communistes pourraient reprendre cette formule. En tous cas, du côté des sensibilités désireuses de transformation sociale et pas d’adaptation au capitalisme, non seulement les communistes n’ont pas d’ennemis, mais ils n’ont que des partenaires potentiels. Le 13 décembre au soir, il y aura à La Défense pléthore de ces partenaires potentiels.

Vous ne croyez pas que le PCF se grandirait à accepter la confrontation franche, au lieu de prendre comme une provocation toute interpellation sur le devenir d’une gauche bien à gauche, d’une gauche digne de ce nom ? Il est encore temps de donner des signes, au-delà des simples déclarations de principe, que la fierté communiste ne signifie pas le repliement sur soi. Il n’est pas vrai que l’Histoire puisse être un jour finie.

Roger Martelli


A LIRE EGALEMENT

Cette interview récente avec Pierre Zarka des Communistes Unitaires (exclusivité du Poireau Rouge)

Libellés : , ,


29 novembre 2008

 

Interview de Pierre Zarka de l'Association des Communistes Unitaires



EXCLUSIVITE DU POIREAU ROUGE POUR l'ASSOCIATION MARXISTES UNITAIRES

Le Poireau Rouge a interviewé pour Marxistes Unitaires Pierre Zarka, un des animateurs de l’Association des Communistes Unitaires. Pierre est un des communistes français les plus connus. Il habite Saint-Denis. Après une longue carrière au sein de l’appareil du Parti communiste français, il a démissionné de l’exécutif au moment de l’échec des candidatures unitaires en 2006.

Bonjour. Peux-tu commencer par décrire un peu ton parcours ?

Paradoxalement je suis un produit de l’appareil. J’ai été secrétaire de la Jeunesse Communiste, permanent dans la fédération du 93 du PCF, brièvement député, secrétaire à l’organisation puis directeur de l’Humanité jusqu’à m’en faire « virer » en 2000.

Même à la JC j’avais senti qu’il y avait quelque chose d’inadéquat entre le comportement officiel du PC et la nouvelle génération, mais je n’ai pas tiré toutes les conclusions à l’époque. Puis à la fin des années 1980 il y a eu le mouvement des rénovateurs communistes, que j’ai même combattus pour deux raisons. Je pensais que le parti pouvait se corriger et j’avais du mal à saisir leurs intentions – parce qu’ils n’étaient pas tous du même avis – vis-à-vis du PS.

Après, mon passage à l’Huma m’a conduit à considérer que l’appareil n’était pas synonyme de communisme – je relativisais le caractère ‘outil’ par rapport à la finalité – je ne confondais pas la fin et les moyens. Il y a eu aussi le mouvement de novembre-décembre 1995. Ceux qu’on appelait les refondateurs et moi nous nous sommes progressivement rapprochés jusqu’à nous retrouver y compris sur la question du rôle de l’Humanité : outil de propagande ou journal ouvert à la gauche critique pour construire le communisme à partir des confrontations d’idées.

Et à quel moment apparaissent les Communistes Unitaires ?

En 2000 – 2002, je me suis donc retrouvé près de ce qui s’est transformé en « refondateurs » (du communisme) qui avaient commencé avant, et nous avons continué le combat à la fois pour une refonte profonde du parti et une refonte d’un rassemblement anticapitaliste à la gauche du PS. En 2003 j’ai participé à la création du mouvement Alternative Citoyenne en Île-de-France et nous avons quasiment imposé au PC une liste commune. Il y a même eu un moment cocasse quand j’ai participé à une délégation d’AC auprès du PC. Le PC me trouvait donc en face d’eux !

Après le referendum de 2005 nous avons commencé un processus pour tenter d’obtenir une candidature anticapitaliste unitaire pour la présidentielle de 2007. Les autres partenaires ont alors commencé à nous qualifier de communistes ‘unitaires’ – ce n’est pas nous qui avons inventé le nom. Lorsque cela a échoué nous avons décide de créer une association communiste non comme courant interne mais avec des membres du PC, des anciens membres et des gens qui étaient attachés au principe du communisme sans avoir adhéré au parti.

Personnellement, je suis toujours membre du PCF – j’ai même mon bureau Place Colonel Fabien – et cela doit être le cas de 30 ou 40% de nos membres. La tendance est plutôt à quitter le parti. Ceux qui restent le font pour ne pas nous couper de militants communistes que nous souhaitons entraîner avec nous. Nous avons pensé un temps que l’appareil pouvait changer par la convergence d’efforts venant de l’extérieur et de l’intérieur, mais nous ne le pensons plus : il n’est pas réformable.

Pourquoi n’avez-vous pas déposé une motion pour le congrès du PC ? Avez-vous renoncé au combat politique dans le parti ?

Au contraire. Nous avons voulu ouvrir une crise qui dévalorise le comportement de la direction dans la préparation du congrès. En juin 2008, nous avons proposé un processus de discussion qui aurait permis aux militants de comparer les positions des quatre ou cinq courants du parti sur les trois questions principales : qu’est-ce qu’on fait du communisme, quelle stratégie de rassemblement, et quelle sorte d’organisation devons-nous construire ? Cela nous a été refusé. Nous nous retrouvons avec le texte appelé ‘base commune’ qui est devenu le texte d’une tendance – celle regroupée autour de Marie-George Buffet – et on nous a dit « Faites un texte alternatif ». D’un côté il y a le texte officiel qui a la bénédiction des dieux, et face à cela on nous demande de jouer l’opposition de Sa Majesté. Nous avons refusé de jouer le jeu. Nous faisons circuler des textes, mais nous refusons de faire un texte alternatif parce que ce congrès est un faux congrès.

Alors, il faut savoir que le texte officiel représente finalement environ 26% des membres. La majorité des membres s’est abstenue ou a refusé de voter. C’est la première fois que cela arrive dans l’histoire du PCF. Nous sommes en pleine crise ouverte et nous voulons que cela soit mis au grand jour pour tous les communistes. Franchement, le PC n’est plus l’ombre de lui-même. Il perd des forces numériques. La majorité de ceux qui restent sont démotivés et ils ne militent plus guère. Les structures sont en train de se déliter.

On a à la tête du parti une tendance (ce n’est pas péjoratif de ma part mais elle ne veut pas le reconnaître) – qui cherche à s’allier d’ailleurs avec le courant le plus rétrograde du parti, celle qui lorgne vers le passé – qui est tellement raide, tellement étroite, qui tourne le dos à toutes les forces qui sont en mouvement dans le pays, qui régulièrement quand il lui faut un ballon d’oxygène se tourne vers le PS. Elle est complètement fermée dans une logique institutionnelle qui finit par nous dévorer.

Mais allez-vous quand même intervenir au congrès ?

Oui, bien sûr. Autant nous avons voulu jeter la lumière et dévaloriser ce congrès, autant dès qu’il y a du monde quelque part nous y allons pour nous expliquer et tenter de convaincre ceux qui peuvent l’être.

Que dis-tu à ceux, des jeunes révolutionnaires par exemple, qui ont l’impression que les Communistes Unitaires, avec leur implication dans les institutions, ont des tendances, disons, sociale-démocrates ?

Je comprends ta question. Je trouve en vérité qu’il y a besoin d’un immense travail pour redéfinir ce que c’est la révolution. Quand on regarde, on voit ce qui est advenu de l’Union soviétique. Puis d’une part, la stratégie du PC l’a conduit à s’enliser dans les institutions, mais d’autre part celle de la LCR l’a conduite à éluder le problème institutionnel et de se contenter d’une politique protestataire sans se poser autrement que comme une vague perspective abstraite le problème du pouvoir.

Mon problème n’est pas d’ « aller au pouvoir » mais de définir une nouvelle conception du « mouvement populaire » (le terme est délibérément flou) qui investit les institutions en créant un nouveau rapport entre élus et citoyens, qui fait qu’on ne se contente pas de donner un mandat une fois pour toute et ensuite de constater qu’on n’est pas content et qui transforme les mouvements progressivement en mouvements producteurs de politique et de pouvoirs. La dissociation du social et du politique est un problème qu’il nous faut absolument résoudre. Marx avait posé cette question de fait avec la création de la 1ère Internationale. Nous sommes depuis la 2nde Internationale, y compris depuis Lénine, sur une espèce de dissociation qui est mortifère.

Je peux donner plusieurs exemples. En 1995 il y a un grand mouvement social, puis deux ans plus tard l’élection ne traduit pas le mouvement de ’95. En 2002 il y a un mécontentement à gauche devant la gauche plurielle, et cela se traduit par un deuxième tour à la présidentielle extrême droite contre droite. On voit bien qu’il y a une distorsion extraordinaire entre social et politique et c’est à cela qu’il faut s’attaquer. Donc il s’agit pour moi de tout redéfinir et je trouve que cela ne doit pas nous faire bouder le fait institutionnel mais voir comment le subvertir.

Et le fait qu’il y a des camarades qui gèrent une partie de l’appareil de l’Etat, qui président parfois plusieurs institutions à la fois, cela ne crée pas de contradictions, qui se manifestent par exemple par des grèves contre la gestion municipale de nos propres camarades ?

Je ne dis pas qu’on a résolu le problème. La contradiction existe tant que nous sommes sur cette dissociation du social et du politique. Le politique se trouve dans un d’état d’apesanteur, avec des camarades qui essaient de gérer au mieux, et des mouvements syndicaux qui sont davantage – ce n’est pas péjoratif dans ma bouche – sur le registre de la réclamation que celui de la construction.

Est-ce que cela veut dire accéder à l’autogestion à la fois pour les mouvements et pour les élus ? Comment il n’y a pas d’un côté les élus qui essaient de gérer compte tenu des contraintes qu’imposent le capital et l’Etat ? Si on ne touche pas à cela il n’y aura jamais d’élus. Et en même temps s’il n’y a pas un mouvement qui s’approprie progressivement les prérogatives des institutions, qui dit « mais moi je dois pouvoir autant décider que les institutions » et faire en sorte que les élus deviennent une composante d’un tel mouvement populaire – si on n’arrive pas à résoudre cela on aura toujours cette contradiction.

Il y a dans Marx des passages formidables où il explique que la dissociation Etat/société civile met les individus dans une situation de déchirement vis-à-vis d’eux-mêmes. Je trouve qu’il y a beaucoup à travailler cette idée.

Revenons à l’actualité. Mélenchon a quitté le PS sur une base assez militante, il me semble. Il y a le projet de fédération des Communistes Unitaires avec Les Alternatifs et d’autres. Il y a le NPA. Quelle est votre stratégie dans cette situation ?

Notre axe stratégique est que nous considérons que ces tentatives – Mélenchon, le NPA – expriment bien que la configuration actuelle des partis politiques est devenue obsolète. Nous sentons que cela répond à un besoin. Mais nous ne pensons pas que la solution soit de morceler des équipes autour d’axes trop étroits. Au final nous nous retrouverions dans une espèce d’éclatement des forces anticapitalistes.

Nous pensons qu’à partir du moment où nous travaillons d’une autre manière le rapport mouvements populaires et pouvoirs nous pourrons aller vers la constitution d’une seule formation à la gauche du PS qui revendique son caractère composite. Il y a peu d’exemples dans l’histoire. Cela va même au-delà de Die Linke en Allemagne. Il y a à la fois une unité et une diversité. Cela permet à chacun de rester lui-même, cela permet des confrontations fructueuses en fonction des logiques.

Je verrais bien une formation politique large qui réussisse sur l’essentiel à parler d’une seule voix et fasse front devant toutes les échéances y compris électorales, et qui ne soit pas composée uniquement de forces politiques mais aussi de forces issues du syndicalisme et des mouvements associatifs et culturels. Et que tout cela produise du politique. En réalité nous avons besoin les uns des autres, pour réfléchir, pour être nous-mêmes et faire force face au capital et au social-libéralisme.

Une petite formation comme les Communistes Unitaires peut-elle jouer un rôle important dans ce processus ?

Je pense que nous pouvons être utiles du fait de notre histoire et de notre expérience et que nous sommes ouverts à jouer un rôle charnière, mais à aucun moment nous ne pouvons prétendre être l’axe ou le centre de cette construction – pas plus que quiconque. Si cette construction se fait autour d’un axe ou d’une personnalité ou d’un groupe de personnalités unique elle ne verra pas le jour. Dans la réalité le mouvement, la pensée anticapitaliste dans le pays est composite, donc nous devons construire quelque chose de composite. Il ne s’agit pas d’un fourre-tout – la démocratie et la politique, c’est de la tension, de la contradiction et même un peu de bordel pour pouvoir créer du commun. Et pour créer du commun il faut que chacun se sente libre d’être lui-même. Nous ne voulons pas être le centre et nous voulons que personne d’autre ne le soit.

Que dis-tu à ceux qui disent – et je pense que c’est assez vrai – qu’actuellement ceux, surtout les jeunes, qui veulent se battre et pas simplement discuter sont attirés surtout par le NPA ? Il faut donc le prendre très au sérieux, et non pas le rejeter parce que, par exemple, il serait purement ‘protestataire’ ou ‘dominé par la LCR’, même si je pense que ceux qui y sont doivent défendre une ligne unitaire.

Je suis persuadé que ce que tu dis est juste. Quand j’ai évoqué leur position par rapport aux institutions tout à l’heure, je pensais surtout à celle du cœur de la LCR qui y participe. Besancenot y joue quand même un grand rôle. Mais je comprends tout-à-fait ce que peut attirer dans le NPA et je ne le considère pas comme un adversaire ou une formation avec laquelle il ne faut pas avoir de relations. Je ne vois pas la construction d’une formation telle que je la décrivais tout à l’heure sans la participation de ceux qui sont aujourd’hui au NPA. Je le souhaite ardemment.

Là où il y a une véritable question, c’est que les Communistes Unitaires ont commencé par être un club de réflexion pour faire pression sur le PC. Nous dépassons cela et la question de l’action est désormais posée. Nous avons commencé à sortir des tracts, à faire des initiatives, à participer aux mouvements. Seulement il ne peut pas y avoir d’un coté la lutte et de l’autre la réflexion. Il faut que nous nous interrogions sur ce qui manque aux luttes, parce que la majorité des luttes ne gagnent pas. Il y en a qui réussissent plus ou moins à défendre mais elles ne transcendent pas, elles ne règlent pas les problèmes.

Par exemple, avec la crise, tout le monde dit, c’est la crise du système, c’est le libéralisme, c’est d’avoir détruit l’Etat. Mais notre idée, est-ce vraiment de réclamer le retour de l’Etat – ou une conception démocratique et autogestionnaire des entreprises ou de l’économie ? Prenons les délocalisations. Nous sommes évidemment contre. Mais est-ce que cela doit nous amener à demander aux exploiteurs d’être de bons exploiteurs en France – ou à poser la question de l’entreprise autrement. Il faut être dans les luttes, en repensant le caractère et le contenu.

Ma dernière question est un peu différente. Dans quelle mesure doit-on intégrer, selon toi, la dimension antiraciste et la lutte contre l’islamophobie, qui est une question qui divise beaucoup d’organisations de gauche ?

Pour moi c’est une question fondamentale, et pas pour des raisons de solidarité morale ou charitable. A partir du moment où l’on accepte le moindre rapport de domination, on ne s’arrête pas à ce rapport-là, mais c’est toute la société qui reconduit les rapports de domination. Je pense que la lutte contre le racisme n’est pas seulement une lutte d’équité mais qu’elle est fondamentale par rapport à la conception de la société.

Personnellement, je ne serai jamais arabe ou noir (même si je suis assez métissé !) mais je sais que si je vis dans une société où nous n’avons pas tous les mêmes droits, j’en subirai d’une manière ou d’une autre les conséquences, parce qu’il y aura quelqu’un d’autre qui finira par m’imposer des inégalités. Je trouve que le mouvement antiraciste, comme le mouvement féministe et d’une autre manière le mouvement écologiste, apporte quelque chose qui manque au mouvement social traditionnel. Il nous oblige à prendre le problème de la société dans sa globalité et pas par petits bouts.

Nous, on parlera peut-être plus en termes de prise en compte de la lutte contre les oppressions – y compris celle des homosexuels, d’ailleurs – et d’un retour à la tradition léniniste sur cette question – Lénine qui a considéré que le parti révolutionnaire devait être le « tribun du peuple » et qui mettait toujours en avant le combat contre le chauvinisme russe.

Oui. C’est-à-dire que, au fond, c’est de considérer que l’objectif, le communisme, c’est l’émancipation de chaque humain, qui ne peut être qu’un mouvement global. On ne peut pas émanciper les uns et ne pas émanciper les autres. Ce n’est pas seulement de dire que les gens sont libres, mais qu’ils sont en égalité d’accès aux responsabilités. Prenons comme exemple Saint-Denis, où j’habite.

Comme moi !

Je ne vais pas te faire un dessin sur la composition de la population ... On ne peut pas dire que l’avenir politique c’est établir de nouveaux rapports entre les mouvements et les institutions et considérer comme normal que la moitié de la population n’ait pas le droit de vote.

Interview réalisé le 18 novembre 2008.

Libellés : , ,


12 septembre 2008

 

A l'occasion de la Fête de l'Huma 2008

... Lettre d'Olivier Besancenot au Parti communiste français

Chère Marie-George, chers camarades,

En cette rentrée marquée par une situation difficile pour l'ensemble du monde du travail et de la jeunesse, nous tenions à nous adresser à vous à la veille du grand rassemblement populaire qu'est la Fête de L'Humanité.

Nous nous côtoyons régulièrement dans les résistances et dans de nombreux combats politiques. Suffisamment pour bien connaître nos accords et nos divergences. Sur le terrain politique, nos alliances et notre stratégie ne sont pas les mêmes et nous amènent à marcher séparément. Pour autant, c'est le plus souvent ensemble que nous avançons dans les manifestations pour défendre les droits des exploités et des opprimés. C'est aussi au quotidien que nous militons dans les quartiers populaires et les entreprises.

Il nous semble que l'heure est venue de renouer le fil du dialogue afin de faire face à l'avalanche de mauvais coups que le capitalisme porte contre l'ensemble de la population. Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, le Medef se porte mieux que jamais. Ses intérêts sont scrupuleusement défendus par le gouvernement Fillon. Les luttes et les combats ne manquent pas : les régimes spéciaux des cheminots, la loi d'autonomie des universités pour les étudiants, les suppressions de postes dans l'éducation nationale, les grèves sur les salaires sans oublier les travailleurs sans papiers...

Tous et toutes le disent et le réclament : nos résistances ont besoin de plus de soutien, de l'unité la plus large à gauche. Depuis plus d'une année, nous n'avons eu de cesse de proposer des actions unitaires à toute la gauche sociale et politique. Pour dire les choses franchement, la direction du Parti socialiste est restée muette à nos propositions jusqu'à présent. La campagne commune pour exiger un débat national et un référendum sur la privatisation de La Poste fera peut-être exception. Tant mieux !

Pour le reste, il n'est pas rare d'entendre les dirigeants socialistes désapprouver les mesures gouvernementales uniquement sur la forme, une manière de dire que sur le fond il n'y a pas tant de désaccords que ça. Le revenu de solidarité active (RSA) aura même été présenté comme une mesure de gauche, alors qu'elle installe pour longtemps la précarité en généralisant les temps partiels et alors même que son financement épargne gracieusement les profits faramineux des grands groupes qui, eux, ne connaissent pas la crise.

Voilà pourquoi nous avons, vous et nous, des responsabilités communes pour agir ensemble. Il ne s'agit pas de s'enfermer dans un tête-à-tête Parti communiste-Ligue communiste révolutionnaire (LCR), mais de penser à l'utilité commune que nous pouvons représenter ensemble pour des millions de salariés, pris à la gorge par les effets de la crise économique actuelle.

Les licenciements tombent en cascade, les salaires sont bloqués et ne permettent pas de vivre correctement, le système public de santé risque, lui aussi, d'être privatisé... La liste est longue.

Aujourd'hui, le code du travail, les congés payés, les services publics et la protection sociale sont dans le collimateur de la droite. Cent cinquante années d'acquis sociaux, gagnés de haute lutte, ne doivent pas partir en fumée. Les combats menés par nos anciens, les droits sociaux arrachés par les grèves de 1936, de la Libération ou de Mai 68 méritent d'être défendus par tous ceux et toutes celles qui s'en réclament. Il ne peut y avoir de place pour le sectarisme quand il s'agit de lutter ensemble contre nos adversaires communs, la droite et le Medef.

Pourquoi mener séparément des campagnes de soutien alors que l'on serait plus forts à le faire d'une même voix ? Après avoir organisé avec succès des ventes de fruits et légumes à prix coûtant cet été, et au moment où vous organisez, sous votre propre drapeau, une manifestation le 26 septembre sur le pouvoir d'achat, pourquoi ne pas envisager ensemble, et avec d'autres, une campagne axée sur l'augmentation des salaires, des retraites et des minima sociaux ?

Nous sommes disponibles pour discuter de tout cela. Le but n'est pas de régler nos désaccords sur l'alternative politique à construire à gauche d'un coup de baguette magique, mais de prendre conjointement la mesure de la gravité de la situation et d'organiser la riposte ensemble.


--------------------------------------------------------------------------------
Olivier Besancenot est porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR).


LeMonde.fr Article paru dans l'édition du Monde du 13.09.08.

Libellés : , , ,


29 avril 2007

 

RADICAL LEFT VOTE FALLS IN FRENCH PRESIDENTIAL ELECTION

The vote for radical left candidates in April 22nd’s first round of the French presidential election fell significantly in percentage terms, as left-wing voters rallied massively behind the Socialist Party’s Ségolène Royal – a “moderniser” often compared to Tony Blair – or even voted for François Bayrou, leader of the centrist UDF party. The Trotskyist parties’ combined vote of 5.4% plus the Communist Party’s 1.9% plus José Bové’s 1.3% add up to a little less than 9%. A significant score, certainly, representing nearly two and a half million voters, but well down on the results of 2002.

Bayrou’s surge (he tripled his score from 6% to 18%) was based on several factors. An advocate of free-market principles and a balanced budget, his liberal stance on social and ethical issues contrasts with Sarkozy’s neo-conservatism. He also positioned himself – despite a mediocre record as education minister in a right-wing government – as a born-again reformer with a mission to break the mould of established politics. Finally, many polls suggested that he, and not Royal, had the better chance of defeating Sarkozy if he qualified for the second round run-off. These arguments carried weight even with many previous or potential supporters of radical left or revolutionary candidates.

The wave of voter registration which took place in the wake of far right Jean-Marie Le Pen’s shock qualification for the second round of the 2002 presidential election, and the near record turnout of 85 per cent, did not benefit radical candidates. The one positive effect – which all socialists should welcome – is that Le Pen’s share of the vote fell spectacularly (down from 19 % to 10.4%). Despite the increased size of the electorate, he actually received one million fewer votes this time round.

Le Pen’s bitter reaction to his defeat (he had earlier attacked Sarkozy, his main competitor on the right, as the ‘son of a Hungarian immigrant’) should not lull us into a sense of false security. The influence of his ideas has not decreased. On the contrary, as Le Pen himself was in a hurry to point out, they have been absorbed into the mainstream of French politics in the person of Nicolas Sarkozy, the man most French people associate with organising charters to expel undocumented immigrants and advocating a policy of selective immigration based on the needs of the French economy. Another right-wing candidate, Philippe de Villiers, won 2.2% on an anti-European and anti-Muslim platform, meaning that despite Sarkozy’s hard-line on immigration and law and order, 4.6 million French voters (one person in eight) still supported far right and ultra-conservative candidates.

The Socialist candidate Royal obtained 25.9% of the vote. This was higher than any previous socialist challenger since the founding of the Fifth Republic (Mitterand obtained 33% in 1988, but was running for re-election). Though many left-wing voters hesitated right up to the last moment, when it came to putting the voting paper in the urn, they opted for a ‘no-risk’ policy of supporting Royal in order to avoid a repeat of the humiliation of 2002. Royal had also been careful to distinguish herself from the old guard of the Socialist Party (the so-called “elephants”). Many did so with no illusions in her revamped version of reformist socialism, with its hints of (literally) flag-waving nationalism, idealisation of the family and talk of using the army to discipline young offenders. But there can be no doubt that her ideas on personal responsibility, discipline and reconciling workers and employers have had a considerable echo. This election therefore marks a step backward in terms of class consciousness.

While anticapitalist ideas are more widespread in France than in most countries, we should not underestimate the influence of arguments about the necessity for companies to make profits or the impossibility of adopting policies which would reduce the competitiveness of French companies in the world market-place. Left-wing opponents of the European Constitutional Treaty had a significant success in the single-issue referendum in 2005, but it was more difficult this time to convince voters on a whole range of issues from the national debt to pensions reform. Royal herself has moved the Socialist party to the right, dragging with her several ex-leaders of the party’s left-wing. But she was careful to add a very measured dose of radicalism, enabling her to enthuse audiences of up to 20,000 in the later stages of the campaign. The mixture was good enough to carry Royal into the second round and reduce the radical left – with the partial exception of Besancenot – to ineffectiveness.

With the first round in the bag, Royal’s strategists could take radical left-wing support for granted, and angle for the ‘moderate’ vote. The decline in the ‘left of the left’ vote has reinforced the idea that, as Paris newspaper Libération (which older readers will remember was once on the far left) headlined, “there is nothing to the left of the Socialist Party”.

So what of the radicalism which contributed to the victory of the ‘No’ vote in the 2005 referendum? In the housing estates which were the scene of the late 2005 riots and in the older working-class suburbs, there was little sign of resistance to the dominant trend. In Seine-Saint-Denis, one of the most left-wing areas in the country, it was Royal who benefited from the ‘stop Sarkozy’ movement (she doubled the Socialist share of the vote from that of 2002). Meanwhile, most of the white, anti-‘immigrant’ vote, as well as a minority of conservative North African and Black voters, was captured by Sarkozy. José Bové made brave efforts to link up with activists in the deprived areas, and received a warm welcome from local residents, but failed to make an impact, while Laguiller’s support slumped.

For both the CP’s Marie-George Buffet and the Greens’ Dominique Voynet, the election was a disaster. Both parties were part of the left-wing coalition government under François Mitterand, and have difficulty in creating political space for themselves to the left of the Socialist Party. The Greens were first marginalised by an apolitical but charismatic TV personality and environmental campaigner, Nicolas Hulot, who was at one time credited with 15% of the vote in opinion polls. When Hulot decided not to run after the mainstream candidates signed a vague environmental charter, the field should have been wide open for the Greens. Their lacklustre campaign and failure to address the electorate’s concerns over employment, housing and wage levels condemned them to a marginal role (down from 5.2% to 1.6%). They also faced a challenge to their left from José Bové, the well-known global justice campaigner, who was in fact supported by a number of leading left members of the Green party.

The Communist Party has been in long-term decline for many years. With 1.9% of the vote compared with 3.4% in 2002, it has now apparently touched bottom. It is no doubt a matter of time before its last remaining bastions in local government fall also, in the majority of cases to the Socialist Party. It can also expect to lose the majority of its deputies in June’s parliamentary elections, unless the Socialist Party comes to its aid – with important consequences for its ability to exist as an independent political force.

No longer a tightly-controlled monolith, the CP has shown a readiness to adapt to changes in the form and nature of the social movements. Its members often still form the backbone of union branches, and many play an important role in social protests. However, “the Party” has no coherent strategy. Neither revolutionary nor ‘social liberal’, its leading group is forced to slalom between competing factions, some calling for a return to go-it-alone party-building, others advocating a long-term alliance with the Socialist Party, with yet others calling for more openness, a greater involvement in the global justice and social movements and cooperation with the less sectarian elements on the revolutionary left. One group even defied violent recriminations from party loyalists and campaigned for José Bové. For many of its numerous elected officials (regional and local councillors, mayors and members of parliament), however, the main priority is getting re-elected, involving compromises and deals with the Socialist Party in particular as well as a heavy involvement in the details of local government. The failure of Buffet to stem the party’s decline will no doubt accelerate these centrifugal tendencies.

The presidential election is not the easiest for radical left candidates. Nevertheless, successful campaigns have been waged by Trotskyist candidates in the past, with both Arlette Laguiller of Lutte Ouvrière and Olivier Besancenot of the Ligue Communiste Révolutionnaire having a considerable impact in recent times – most notably in 2002 when one voter in ten supported a revolutionary socialist candidate. In 2007, the figure was one in twenty.

The LCR’s Olivier Besancenot emerged from the election with his reputation intact, and a strong base from which to build a ‘new anticapitalist force’ – the LCR’s avowed objective. The LCR is now the principal force to the left of the Socialist Party, and Besancenot a favourite of the media (he is a talented and popular public speaker and debater). We should not, however, allow this ‘success’ to obscure the general pattern. The LCR’s main, and not inconsiderable, achievement was to maintain its share of the vote, attracting new voters along the way as a result of the high turnout.

With 4.1% of the vote (slightly down, it should be said, on that of 2002), a mere handful of local councillors and an estimated membership in the region of 3,000, the LCR is a tiny force with an experienced leadership and a young, talented and media-friendly candidate. To improvise on an image invented by a French blogger, Besancenot is the king of the garden gnomes, compared with the juggernaut of the Socialist Party and even the Communist Party, with its thousands of local councillors and mayors and network of experienced trade union militants.

The danger in the present situation is that the leadership of the LCR will conclude from its (very relative) success that its policy of shunning the left-wing ‘unitary committees’ (collectifs unitaires) which sprang up during and following the 2005 referendum campaign was the right one. It is therefore correct for Alex Callinicos of the SWP (GB) to write in Socialist Worker (28th April 2007) that “A heavy responsibility rests on the LCR to overcome the political fragmentation to the left of the Socialist Party and to create a powerful and united radical left” – a remark probably intended as a diplomatically-worded criticism of the failure of the LCR leadership to assume such a responsibility in the recent past. Callinicos’ off-hand remark “But that is a task for the future” rather lets the LCR leadership off the hook, however.
Officially, the LCR, with the exception of an ultra-sectarian minority, has been committed to building a new anticapitalist force for some time, and Besancenot repeated the commitment in his first post-election statement – a rather cheeky proposal given his organisation’s catastrophic role in the collapse of discussions to find a common candidate of the radical left.

The Ligue, however, with its members divided several ways on the question, has always been vague about what form such a ‘new anticapitalist force’ could take. For some, the only possibility of unity is that between revolutionary organisations like the LCR and Lutte Ouvrière. For others, the way forward is simply to continue building the Ligue in order to impose its hegemony on the rest of the left (the leadership group around Alain Krivine is particularly obsessed with outdoing the Communist Party). For this to work, however, it would require breaking numerous habits such as failing to take recruitment seriously, making inordinate demands on members’ time and money, preferring endless internal debates (often leading nowhere) to holding open meetings, not selling or even reading the party’s weekly paper, dodging ‘sensitive’ issues etc.

If past practice is anything to go by, the prospects of the Ligue breaking with its well-established routine are not good. In the short term, Besancenot’s 4.1% score, personal popularity and high media profile will certainly encourage sectarian tendencies within the leadership and the majority of members. Although most Ligue militants would be surprised by the idea, the word ‘conservative’ springs into mind to describe typical party members’ reactions to suggestions that what is needed is a radical change in methods and a daring strategy to unify the radical left. Making a real political breakthrough, comrades, means taking risks.

Over the last eighteen months, the LCR majority has rejected all concrete initiatives to build the new anticapitalist force, on the grounds that more political ‘clarification’ is needed or that ‘conditions are not ready’. The ‘unitary’ minority fought strongly and publicly against this line, only to cave in in the last weeks before the election – with a handful of exceptions who either boycotted Besancenot’s campaign or actively worked for José Bové.

Of course, it is always possible to find reasons why revolutionaries should not collaborate with people who in various degrees have reformist illusions. (Ironically, the Ligue itself has contributed to blurring the issues by distancing itself from Marxist ideas on the State and the revolutionary party.)

Constantly warning members of the Collectifs unitaires against the dangers of ‘opportunism’ – often in an insensitive way – while pursuing an electoral agenda of its own did not in practice encourage political clarification. Rather, it led to justified accusations of duplicity and encouraged many rank-and-file activists to reject revolutionary politics as ‘sectarian’. If that is the attitude members of a revolutionary party take, it was said, then there must be something wrong with the very nature of a revolutionary party – or indeed with political parties in general. In this sense, the Ligue’s policy has, so far at least, been a hindrance rather than a help to building a radical left alternative. And that is putting it mildly.

The attitude of the LCR majority has been theorised by saying that there is a fundamental dividing line between ‘antiliberals’ and ‘anticapitalists’ which makes it impossible to work out a common political strategy other than in exceptional circumstances.

Here it is necessary to explain the terminology associated with political differences on the French left. ‘Antiliberal’ in France refers to opponents of the free market, i.e. economic liberalism, who do not consider that it is necessary or possible (or in some cases) desirable to totally transform the capitalist system. Although ‘antiliberals’ are often more interested in reforms than in a total transformation of capitalism, they are usually active in grassroots movements rather than being political reformists-from-above of the British Labour Party or French Socialist Party type. Many ‘antiliberals’ are members of, or influenced by, such groups as ATTAC or the Fondation Copernic, the radical think-tank. Although ‘reformist’ in a Marxist sense, they are generally suspicious of the Socialist Party, especially its ‘social liberal’ (i.e. pro-market) right wing. There are also, of course, ‘antiliberals’ in the Socialist Party, such as the left group around Jean-Luc Mélenchon which campaigned for a ‘No’ vote in the European referendum. The term ‘anticapitalist’ obviously refers to people who wish to abolish capitalism, without necessarily having a fully-rounded socialist point of view.

My point here is that the distinction between ‘antiliberals’ and ‘anticapitalists’, while real, is not helpful in terms of building an alternative to reformist (or ex-reformist) parties like the Socialist Party. Not only are the lines between the two groups not fixed, but many militant ‘antiliberals’ are in practice more radical and more activist than ‘anticapitalists’ with a more developed theoretical understanding of the system. Better ‘antiliberalism from below’, as it were, than ‘armchair anticapitalism’.

For the LCR, then, unity of the ‘antiliberal’ and ‘anticapitalist’ Left was desirable and indeed possible during the European referendum campaign, in the fight against Sarkozy and naturally in day-to-day struggles. Building a new political movement of the radical left, however, will have to wait until, presumably, the rest of the movement accepts the superiority of the LCR’s ideas - or at least until ‘antiliberals’ have been converted into authentic ‘anticapitalists’. The method is similar, even if the dividing line is different, to that of Lutte Ouvrière, for whom revolutionaries should not participate in ‘anticapitalist’ movements if the latter do not base themselves on consistently ‘revolutionary’ positions. It is a fundamentally negative and counter-productive strategy.

There are basic flaws in the LCR’s position, of course – in particular the failure to recognise that political consciousness is not static. Not to mention the awkward fact that the LCR’s electoral propaganda is (correctly) based on radical reformist demands, not on distinguishing ‘antiliberalism’ from ‘anticapitalism’. For most voters the difference between Besancenot and Royal or the CP’s Buffet is not that he wants to overthrow the capitalist system (something which most TV viewers are probably not aware of) but that he is a more consistent fighter for workers’ rights and is not afraid to tell uncomfortable truths about the Socialists’ record in government. There was and is no fundamental reason why anticapitalist campaigners, activists from the social movements or from ATTAC, trade unionists, revolutionaries, left Socialists, left Greens, dissident Communists, gay and feminist militants, anti-racists, immigrants’ and community groups and others cannot agree at least on a common electoral strategy. This is what the Bové campaign, hurriedly improvised and seriously flawed as it was, at least tried to demonstrate.

Saint-Denis, France
April 28th 2007

John Mullen, editor of Socialisme International, has also written an article on the French presidential election entitled The Presidential elections in France : Polarization and crisis . His article covers slightly different ground from the above. Read it here ...

Cet article de Sylvia Zappi dans Le Monde (29 avril 2007) est lucide sur certaines raisons de l'échec de la gauche radicale à créer une alternative crédible au Parti socialiste, mais trop pessimiste quant aux possibilités qui existaient et franchement bizarre quand elle donne raison à ... Arlette Laguiller.

Libellés : , , , , ,


This page is powered by Blogger. Isn't yours?

blogCloud