16 septembre 2008

 

Allemagne: L'édification de nouvelles mosquées suscite des tensions

NOUVEAU (20 septembre 2008) Un article dans Libération sur le rassemblement de Cologne

Alors que les communautés musulmanes souhaitent disposer de lieux de culte visibles, les municipalités se heurtent à des résistances.

La ville de Duisbourg restera peut-être dans les annales comme un modèle d'intégration réussie. Fin octobre, cette cité de la Ruhr va inaugurer dans son quartier de Marxloh la plus grande mosquée d'Allemagne : l'édifice d'inspiration byzantine, surmonté d'une coupole de 23 mètres et de quatorze petites coupoles ainsi que d'un minaret de 34 mètres, pourra accueillir jusqu'à 1 200 croyants. Situé au nord de la ville, ce lieu de culte constitue l'un des rares exemples d'une coopération harmonieuse entre les institutions locales et la communauté musulmane. Du début à la fin, la mise en oeuvre du projet n'a suscité aucune controverse.

Ailleurs en Allemagne, les projets de construction de mosquées donnent lieu à des polémiques sans fin et cristallisent les peurs de la population. L'exemple de Cologne est le plus connu. Après deux ans de controverses, la municipalité a donné son feu vert à la construction d'une mosquée dans le quartier d'Ehrenfeld, jeudi 28 août. Hasard ou non, cette décision a été prise quelques jours avant le début de la période du ramadan, le 1er septembre. Les travaux devraient commencer début 2009 et s'achever fin 2010. Par ses dimensions - deux minarets se dresseront vers le ciel à 55 mètres de hauteur (contre 157 mètres pour la cathédrale) -, la mosquée de Cologne supplantera alors celle de Duisbourg.

" Il ne doit pas naître de société parallèle ", a déclaré Fritz Schramma, le maire chrétien-démocrate de la ville. L'élu, qui a défendu le projet de mosquée contre son propre parti, y voit un moyen de sortir l'islam des arrière-cours. Pendant des mois, partisans et opposants de cette construction s'étaient livré une lutte sans merci. L'intervention de personnalités telles que l'écrivain Ralph Giordano - il a protesté contre ce qu'il considère être " une démonstration de force de l'islam " -, ou de l'auteur Günter Wallraff, qui a proposé de lire dans les locaux de l'actuelle mosquée des extraits des Versets sataniques de Salman Rushdie, témoignent des tensions suscitées.

*DIALOGUE*

Même après la décision de la mairie, les opposants ne désarment pas. Pro Köln, un petit parti d'extrême droite, qui a rassemblé 23 000 signatures contre le projet, appelle à manifester le 20 septembre prochain à Cologne, où il a invité tout le spectre de l'extrême droite européenne pour un " congrès contre l'islamisation ". Parmi les orateurs annoncés figurent Jean-Marie Le Pen et Filip de Winter, du Vlaams-Belang belge. " Un bâtiment aussi tape-à-l'oeil ne contribue pas à l'intégration, et il y a de toute manière suffisamment de lieux de prières musulmans dans la ville ", affirme Markus Wiener, l'un des responsables de cette organisation. Il espère un changement de personnel politique à la mairie après les élections municipales de juin 2009 pour stopper le projet.

A l'image de Cologne, d'autres projets de mosquées suscitent des conflits dans plusieurs grandes villes allemandes, telles que Francfort, Berlin, Munich ou Kassel. Pourtant, sur près de 900 lieux de prières musulmans, seuls 206 sont des édifices représentatifs avec minaret ou coupoles, selon l'institut d'archives sur l'islam basé à Soest.

" Les gens s'inquiètent dès lors que l'islam devient visible alors que les politiques ne cessent de réclamer davantage de transparence ", fustige Aiman Mazyek, le secrétaire général du conseil central des musulmans d'Allemagne. Des travaux du sociologue Wilhelm Heitmeyer, de l'université Bielefeld, attestent d'une augmentation de l'islamophobie outre-Rhin. Un phénomène qui tend à se propager dans les milieux cultivés. Selon les analyses du sociologue, près de 27 % des Allemands affichent un rejet explicite des musulmans ; 35 % des Allemands sont pessimistes et critiques à leur égard.

" Les efforts doivent se faire des deux côtés, la société allemande tout comme les organisations musulmanes doivent apprendre à gérer ces conflits ", souligne l'expert. Duisbourg peut indiquer la voie à suivre. Les initiateurs de la mosquée de Marxloh ont fait preuve d'une grande ouverture au dialogue. " Ils ont coopéré très tôt avec les autorités locales ", raconte M. Mazyek. Dès 2001, un conseil consultatif comprenant des musulmans, des représentants des Eglises, des partis politiques, des écoles, des universités et des habitants du quartier, a été mis en place. " Créer la confiance était fondamental, confirme Zülfiye Kaykin, responsable du projet pour le Ditib (Union turque islamique pour la religion). Dans les autres villes, il y a souvent trop de distance entre la communauté musulmane et les autorités locales. " De son côté, la municipalité a toujours soutenu ce projet. " Le signal donné par les élites est essentiel dans ce type de conflit ", remarque M. Heitmeyer.

Les membres du Ditib ont également pris soin de garder une certaine mesure par rapport aux dimensions des autres bâtiments religieux de la ville. Ainsi, le clocher de l'église la plus proche reste bien plus élevé que le minaret de la mosquée de Marxloh.

*Cécile Calla*

© Le Monde

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