11 octobre 2007

 

Où va la gauche radicale ?

Par le Comité de rédaction de 'Socialisme International', 11 octobre 2007

La gauche vit une crise majeure, secouée par l’élection de Sarkozy. Autour des communistes unitaires, des collectifs antilibéraux et des collectifs Bové et dans le mouvement social au sens large, les débats fusent.

Le nombre de bilans produits et diffusés, avec l’aide de l’internet, est énorme. La confusion règne souvent, et l’écart entre les déclarations des directions des organisations pour « l’effet d’annonce » et la politique réelle des mêmes organisations rend la situation encore moins claire.

Toutes les grandes questions de stratégie politique sont posées en même temps.

Faut-il tenter de vivre différemment sous le capitalisme en le transformant doucement de l’intérieur ou, au contraire, changer les structures sociales de fond en comble en confrontant le problème du pouvoir économique et étatique ?

Comment militer dans une France gouvernée par la droite décomplexée ? Faut-il jouer un rôle institutionnel ou plutôt un rôle protestataire ? Animer les luttes ou réfléchir sur la nouvelle société à construire ?

Quel type d’organisation faut-il pour se battre efficacement contre la dictature du profit ? Le parti à construire doit-il conserver des références révolutionnaires et marxistes ou adopter des contours plus flous ou plus dans l’air du temps (« libertaro-guévariste », par exemple ?).

Le questionnement de certains va même au-delà de la question de comment construire la résistance au quotidien. La gauche n’a-t-elle pas subi une défaite historique rendant toute nouvelle avancée quasi-impossible ? Un fascisme ‘soft’ est-il en train de s’installer en France ?

Les militants doivent être suffisamment armés pour répondre à ce type d’arguments.

A la gauche radicale, l’échec de la candidature unitaire a laissé beaucoup d’amertume, envenimant les débats à l’intérieur, et entre les différentes organisations. A Socialisme International, nous avons soutenu la campagne de José Bové, parce qu’il nous semblait essentiel que la volonté d’unité soit présente sur les bulletins de vote.

La campagne Bové est loin d’avoir été parfaite, mais c’est la seule à avoir mobilisé autant de militants d’organisations diverses et de non-organisés dans les banlieues et les grandes villes comme dans les régions rurales. Les meetings ont été grands, chaleureux et intéressants. Nous assumons pleinement notre choix, qui n’était pas basé sur des calculs du type « qui fera plus de voix que qui ? » mais sur une logique politique – celle de la recherche de l’unité – et même sur une conception de l’éthique. En effet, fallait-il accepter sans broncher les manœuvres et la mauvaise foi des responsables du PCF et de la LCR ?

Mais après la victoire de Sarkozy nous nous trouvons face à de nouveaux défis. En même temps qu’une mobilisation déterminée contre les attaques de Sarkozy, il nous faut un nouveau parti pluraliste, à la hauteur de la colère qui s’est exprimée depuis quelques années contre le néolibéralisme. Cette organisation ne peut pas être constituée seulement par ceux qui pensent, comme nous, que le capitalisme doit être renversé et remplacé par le pouvoir organisé des salariés.

Nous défendons en même temps le besoin d’une voix révolutionnaire indépendante, qui participe aux multiples débats en apportant son expérience et ses idées, dans un esprit de discussion fraternelle. Les sujets ne manquent pas. Si quasiment personne ne défend aujourd’hui le bilan du capitalisme d’Etat en URSS, il n’y a aucun consensus sur quelle nouvelle société est possible. Existe-t-il un modèle pour les anticapitalistes ? Le Cuba du Che et de Fidel ? Le Venezuela de Chavez ? Et si ceux-ci ne conviennent pas, quel bilan devons-nous tirer de leurs actions ? Les mouvements les plus efficaces pour changer le quotidien des travailleurs et des opprimés ont souvent été animés par une vision commune d’un nouveau monde possible. Cette vision manque terriblement aujourd’hui.

C’est pour cela que nous voulons à la fois contribuer à mettre en place les conditions d’une nouvelle organisation de la gauche radicale, forte de dizaines de milliers de militants, et aussi participer pleinement aux débats refondateurs de l’anticapitalisme.

Cette nouvelle organisation ne viendra pas d’un seul des mouvements de la gauche radicale.

La Ligue communiste révolutionnaire, encouragée par sa bonne campagne du premier tour, n’a pas subi le même choc que la plupart des militants communistes ou unitaires. Mais il est peu probable que l’afflux de nouvelles recrues – inexpérimentées pour la plupart – change fondamentalement la donne.

Même sa direction le reconnaît officiellement : la LCR ne pourra pas à elle seule accroître son influence au point de ne pas avoir besoin de collaborer avec d’autres au sein d’un nouveau regroupement. N’en déplaise aux plus sectaires de ses membres, la question de la construction d’une telle alternative politique au Parti Socialiste devient plus aigüe que jamais. L’exemple de l’Allemagne, où il a été possible de fonder un nouveau parti de la gauche radicale, Die Linke, pousse à penser que c’est aussi possible en France.

Le succès au moins électoral – toutes proportions gardées – de la stratégie de la direction de la LCR place l’organisation devant un choix quasi-historique. Poursuivra-t-elle une politique basée sur la consolidation des acquis en termes d’adhérents, d’implantation syndicale, de ‘gestion’ du vote Besancenot ? Ou cherchera-t-elle par tous les moyens possibles de créer une nouvelle force, avec d’autres partenaires que les seuls « anonymes » dont parlent parfois ses porte-parole ? (Sommes-nous les seuls à trouver ce terme méprisant, non seulement pour ceux qui ont un nom et une histoire politique, mais surtout pour ceux qui adhèrent pour la première fois à une organisation et qui considèrent qu’ils ont autant à y contribuer qu’à apprendre ?)

La LCR doit jouer un rôle important dans le processus de recomposition. Mais elle aurait tort d’appeler seulement à un rassemblement autour d’elle, selon des échéances imposées par elle. La majorité des militants – sans parler de la masse des salariés et des opprimés – ignore quasiment tout des débats internes à la gauche radicale. Et quand ils les suivent, ils rejettent les prétentions de former l’ « avant-garde » ou le « noyau » d’un nouveau mouvement révolutionnaire. L’unité doit se construire patiemment au jour le jour et avec tous ceux, organisés ou pas, qui peuvent se mettre d’accord sur un programme minimum de revendications, un type ouvert d’organisation et un fonctionnement souple.

Les communistes unitaires et les collectifs de la gauche alternative auraient tort d’éviter une certaine centralisation nécessaire à l’efficacité. Il leur faut une publication régulière populaire, des structures de décision démocratiques, une réelle ouverture envers les jeunes et les minorités. Il faut également qu’ils restent ouverts à l’idée d’un travail en commun avec les organisations politiques.

Contribuer à cette tâche difficile mais indispensable constitue une grande ambition pour un tout petit courant politique comme Socialisme International. C’est la raison pour laquelle nous invitons ceux et celles qui trouvent notre revue utile et qui partagent l’essentiel de nos analyses, quelque soit leur appartenance ou non à une organisation ou leur domaine d’activité, à collaborer avec nous.

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