21 juin 2009

 

Les parlementaires vont-ils se mêler du port de la burqa ?

NOUVEAU 23/06/2009

Le parlement crée une mission d'information (et non pas une commission d'enquête) qui va travailler pendant six mois sur le port du 'voile intégral'. Cela a l'air plus anodin, et laisse - dans le fil droit de la stratégie de Sarkozy d'ouverture aux personnalités les plus réactionnaires de l'opposition - une large place à des députés de gauche.

Parmi les croisés de la laïcité "à la française" les plus acharnés on trouve en effet bon nombre de socialistes, ainsi que quelques communistes. A noter la présence parmi les signataires de la proposition de résolution déposée par le député communiste André Gérin, le chef de file de l'aile droite du PS, Manuel Valls, député-maire de la ville d'Evry (celui-même qui se plaignait récemment qu'il n'y avait pas assez de Blancs au centre-ville) et Aurélie Filipetti, une très proche de Ségolène Royal.

Dans l'esprit de ceux qui sont actuellement à l'offensive sur cette question, la finalité reste de toute façon la même. Il s'agit d'interdire tout simplement la burqa. Nicolas Sarkozy a déclaré la veille que la burqa "ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la république". C'est une expression qui désigne clairement cette pratique comme 'étrangère', alors que la majorité de celles qui la portent sont certainement des Françaises, de culture musulmane ou converties.

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Contre une nouvelle loi islamophobe

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Le point de vue d'Alain Gresh, sur son blog Nouvelles d'Orient ...

Pourquoi maintenant ? demande la rédaction d'Oumma.com
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Et voilà que la « polémique » sur le port de la burqa est lancée par quelques députés (1) (en mal de notoriété ?) qui ont déposé un projet de loi visant à établir une « commission d’enquête ».

Si polémique il y a, les médias s’engouffrant dans la brèche, elle est entièrement fabriquée, comme pour d’autres histoires du même genre.

Certes, le port de la burqa peut surprendre et dérouter, y compris chez des musulmans très pratiquants, mais il reste un phénomène extrêmement marginal.

Il n’existe aucune preuve non plus qu’il se développe, comme prétend par exemple Rachida Dati. (La nouvelle députée européenne remerciée par Sarkozy préfère sans doute que toutes les musulmanes portent des robes Christian Dior assorties de sacs Louis Vuitton pour démontrer qu’elles sont bien intégrées.)

Ce qui se développe bien, en revanche, c’est une islamophobie parfois revendiquée, parfois sournoise (surtout à gauche) qui a comme effet de nous diviser ... pour mieux régner.

Quand à Fadela Amara, la face inacceptable du sarkozysme dans les quartiers populaires et auteure d’un ‘plan banlieue’ qui a fait long feu, elle est carrément pour l’interdiction. Ni Putes Ni Soumises lui ont emboîté le pas. Rama Yade, qui s'occupe paraît-il de la politique de la France en matière de droits de l'homme, "n'est pas contre" l'interdiction (courageuse, celle-là).

Cela devrait nous servir d’avertissement.

(1) Des 58 députés signataires, 7 sont membres du Parti socialiste, et 3 du Parti communiste.

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Créer de toutes pièces une « polémique » trahit en général une volonté de faire diversion. Il est en effet intéressant pour les défenseurs du statut quo social en temps de crise économique, politique – plus de 60% d’abstention lors des européennes – et idéologique de détourner l’attention vers un « problème » de société. Encore mieux s’il s’agit d’un groupe étranger ou perçu comme tel.

Parler d’ « islamistes » et d’ « extrémistes religieux » a la même fonction politique que d’exploiter quelques faits divers pour justifier de nouvelles mesures autoritaires.

La burqa et la prétendue défense des « droits des femmes » (par des gens peu connus pour leurs convictions féministes) sont dans ce contexte un pur prétexte.

Pour une partie de la gauche il peut aussi s’agir de faire ‘bloc’ autour de quelques valeurs consensuelles mais mal définies comme la laïcité, même si la direction du PS en la personne de Martine Aubry, qui est maire d’une grande ville avec une forte population d’origine maghrébine, reste très prudente.

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Même si la majorité des signataires de la demande de commission d'enquête sont des conservateurs, faire campagne contre la burqa ne fait pas l'unanimité à droite.

On entend même d'ici et là des mots de bon sens. « On n'empêche pas les gens de se balader le nombril à l'air, je ne vois pas pourquoi on les empêcherait de se balader avec un voile sur la tête, à une condition: que ce soit voulu et non subi », a déclaré Alain Juppé. « Qu'on se promène avec un nez rouge ou une burqa, cela relève des libertés individuelles », a jugé le député UMP et maire de Vannes François Goulard. Mais ne comptons pas sur ceux-là pour mener un combat sur cette question si le 'guide suprême' de l'Elysée en décide autrement.

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Il s’agit, pour certains défenseurs d’une loi, d’interdire la burqa non pas en tant que signe religieux mais parce que c’est une pratique qui isole la femme et l’empêche de jouer son rôle de citoyen. (Leur solution consiste à les empêcher de sortir dans la rue.) La burqa, nous disent-ils, n’est pas comme les autres formes du voile ou le ‘foulard’ islamique.

Argument à double tranchant. Si c’est le cas, pourquoi ne pas accepter partout le port du hidjab ou d’autres formes de voile qui n’isolent en rien la femme, et dont la seule véritable signification est d'être justement un signe religieux ? (Par contre, stigmatiser le port de ces vêtements comme font les partisans acharnés de la ‘laïcité à la française’ contribue grandement à créer la suspicion et à renforcer les réflexes d’auto-défense que certains appellent communautarisme.)

Curieusement, pour faire la démonstration que l'attaque contre la burqa n'a rien à voir avec une quelconque islamophobie, on commence à voir aux informations des interviews avec quelques femmes portant le hidjab - soit pour expliquer qu'elles sont contre la burqa qui "n'a rien à voir avec l'islam", soit pour déplorer la stigmatisation des musulmans en général. C'est presque un progrès dans la reconnaissance de la diversité culturelle. Mais il y a fort à parier qu'elles disparaîtront des écrans dès que le "problème" aura été réglé.

En réalité, ceux qui prônent l’interdiction de la burqa sont souvent les mêmes qui ont fait campagne pour la loi de 2004 interdisant le port du foulard dans les écoles. Ce sont eux qui parfois tentent d’étendre cette loi de façon injustifiée à des mères de famille voilées dans le contexte d’activités scolaires, à des étudiantes ou à des chercheuses, et qui insistent sur l’atteinte à la laïcité que constituerait selon eux le port de signes religieux par des fonctionnaires ou assimilés. (Je maintiens qu’il n’en est rien et que leur interdiction dans la fonction publique est une atteinte aux droits des salariés).

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Dans certains pays il existe des lois imposant le port de la burqa ou du foulard, au nom d’une interprétation autoritaire et étatique de la religion. Nous nous opposons à de telles lois et soutenons tous ceux et toutes celles qui voulons briser leurs chaînes.

Nous sommes pour la liberté de choix qui est une valeur fondamentale de la gauche, tout comme le droit d'exprimer ses convictions politiques, philosophiques ou religieuses. C’est au nom de ce principe de liberté de choix que nous devons nous opposer fermement à toute tentative d'interdiction.

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Certains prétendent que l’interdiction permettrait à des femmes soumises et obligées de porter la burqa de se libérer. Le même argument fut utilisé lors du vote de la loi de mars 2004. Il fallait « obliger les filles de se libérer malgré elles ». Dans une version plus hypocrite courante dans la gauche et l’extrême gauche (ceux qui étaient "contre le foulard" et "contre la loi" mais n'ont rien fait pour l'empêcher), il fallait « dialoguer avec elles jusqu’à ce qu’elles décident d’elles-mêmes de l’enlever ».

Tous ces arguments ont en commun qu'ils n'acceptent jamais que seules les femmes en question aient le droit de décider ou pas ce qu'elles portent.

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La Commission d’enquête parlementaire permettrait, nous dit-on, d’établir s’il y a vraiment soumission ou obligation de porter la burqa. Personnellement je ne fais aucune confiance au parlement – composé comme il est essentiellement d’hommes blancs convaincus en grande partie des « effets positifs de la colonisation » - pour enquêter de façon objective sur cette question. Ce sont eux qui ont crée la Commission Stasi sur le port du voile à l’école qui a ‘oublié’ d’interroger une seule femme voilée jusqu’au dernier jour.

Le but parfois avoué des députés qui propose la création d’une Commission « pour enquêter » est de l’interdire. Nous devons leur répondre par un franc 'Non' : ils ne passeront pas.

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