16 juillet 2008

 

Conseil d'Etat: Nationalité = assimilation

Sur le refus de naturalisation d'une marocaine pour motif de "pratique radicale de la religion", ce texte de Laurent Lévy dont voici un court extrait:

Nier les contradictions de la société, les masquer derrière de prétendues « valeurs essentielles de la communauté (ou de la société, ou de la nation) française », les refuser comme antinationales, c’est promouvoir le statu-quo des dominations à travers une mystification idéologique. Il fut un temps, pas si ancien, où l’on disait : « communiste, pas français », ou encore « le Juif est l’ennemi de la France ». On sait comment cela s’est terminé. La même idéologie régnait sur les États-Unis aux temps du maccarthysme, où le défaut d’américanisme (« un-american activities ») conduisait à supprimer le passeport de l’immigré Charles Chaplin ou du fils d’esclave Paul Robeson. Ces temps semblent faire, de part et d’autre de l’Atlantique, un terrible retour en force.

Sur le même sujet, John Mullen a écrit sur son blog :

Le lien vous envoie vers un article du Monde où des responsables de droite et du PS se félicitent du refus de la nationalité française à une femme qui porte la burqa. On ne risque pas de voir l'extrême gauche dire autre chose.

Là où les députés depuis des années n'ont aucune envie de proposer une loi-cadre contre les violences faites contre les femmes, voilà qu'un député de droite propose une loi pour interdire le port de la burqa dans la rue en France.

Les arguments utilisés pour interdire la nationalité mélange défense des droits des femmes, et supposé danger terroriste.

Alors on va libérer cette femme en lui refusant la nationalité française! Tout comme on a déclaré (droite et gauche unie) qu'il était essentiel de bombarder l'Afghanistan, pour défendre les droits des femmes. Toute étude sérieuse montre que l'effet a été l'inverse même.

Surtout une dénonciation bruyante et publique des femmes qui portent la burqa a l'avantage de plaire aux électeurs qui ont envie d'exprimer leur haine des musulmans.

Il me semble que le fait de devoir couvrir le visage est dommageable à la personne concernée, contrairement au fait de couvrir les cheveux, qui n'a aucune importance. L'essentiel est que ce soit la femme qui décide. En France il y a très peu de burqas, la quasi-totalité étant [portées par] des immigrées récentes. Cela n'avancera en rien les droits de ces femmes le fait de leur refuser la nationalité; et cela pourrait très bien constituer un premier pas vers d'autres exclusions.

Il a aussi écrit:

La droite, la gauche, on connaît, on comprend cela. Mais les militants de droite ou de gauche ont souvent un discours un petit peu cohérent. Tandis que Fadela Amara maintient 1) que le voile et la burqa c'est la même chose et 2) "Je ne parle pas de nos mères mais des filles nées en France."

Pour la 1) c'est une ânerie évidente. Si c'était la même chose, il y aurait des milliers de femme en France qui porterait un foulard les mardi et les jeudi, et une burqa les autres jours, selon leur humeur. Il faut comprendre que Amara voudrait interdire la nationalité française à toute femme qui porte même un foulard?

Pour la 2) c'est intéressant. Elle semble admettre du bout des lèvres que le sens du voile dépend de la personne, de la culture, de la psychologie, de l'expérience personnelle! Tandis que depuis des années elle nous répète que la raison que donne la femme qui porte le voile n'a aucune importance et n'est d'aucun intérêt.

Il est rare de voir un tel niveau de bêtise.
En effet, chaque fois que les responsables de la gauche et de la droite se disent d'accord il faut se méfier comme de la peste. En particulier, la gauche perd complètement le nord dès qu'il s'agit de l'islam (car il ne faut pas croire qu'il s'agit ici de la religion en général, seulement de l'islam considéré, consciemment ou pas, comme un système de croyances anti-français).

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur cette question, à commencer par le fait que, en tant que socialistes internationalistes nous sommes pour la liberté de mouvement (des gens, pas du capital), pour l'abolition des frontières et donc naturellement pour l'abolition des passeports. Les travailleurs, comme disait Marx, n'ont pas de pays, donc nous ne basons jamais notre politique sur de prétendues "valeurs françaises".

Fadela Amara, qui démontre à chacune de ses interventions qu'elle n'a pas peur de participer à la diabolisation de l'islam, est coupable de plus qu'une simple "ânerie" (ce serait d'ailleurs une insulte pour les ânes). Sa dérive est choquante et extrêmement dangereuse. Toutes les femmes voilées (quelque soit le sens qu'elles donnent à ce geste) peuvent maintenant estimer qu'elles deviendront bientôt la cible de tous les racistes. Avec l'encouragement de très hauts responsables de l'Etat.

On peut comparer Amara (ainsi que Rachida Dati) à Condoleeza Rice et Colin Powell. Leur intérêt pour la classe dirigeante américaine est de montrer que la promotion individuelle des Noirs est désormais compatible avec des politiques antisociales (chez eux) et impérialistes (à l'étranger) dont les premières victimes sont la population noire et d'autres minorités. Sa promotion par Sarkozy sert également à semer la confusion à gauche - et surtout pas à améliorer la condition des habitants des banlieues, comme elle se plaît (peut-être) à croire.

Communiqué : Conseil d’Etat une décision dangereuse

par le Collectif contre l'islamophobie en France

Le CCIF souhaite, à travers ce communiqué, exprimer sa consternation face au jugement rendu par le Conseil d’Etat qui confirme la décision du gouvernement de refuser d’accorder la nationalité française à une ressortissante de nationalité marocaine conjointe d’un ressortissant français au motif « d’une pratique radicale de sa religion ».

Est-ce à cette honorable institution de définir ce qui est une pratique religieuse radicale de ce qui ne l’est pas ? Sur quelle base objective peut-elle s’assurer qu’une pratique religieuse est ou non radicale?
Lire la suite ...

Le communautarisme d'Etat a encore frappé sur le site de la ZEP (Zone d'écologie populaire)

Une vision assimilatrice de la nation

/.../ cette affaire révèle la dangerosité d’une conception nationaliste de la « nationalité » selon laquelle être, demeurer ou devenir français « se mérite ». Et nécessite un examen de passage, auquel les bons Français de naissance eux ne sont bien sûr jamais soumis (ironie de l’histoire, le mari qui est censé oppresser sa femme, lui, reste français). A l’heure où les responsables politiques de tout bord n’ont que le mot « diversité » à la bouche, cette vision ethno-culturelle de la « communauté française » prouve que la France a toujours un problème avec la différence !

Une réaction saine dans le journal chrétien de gauche, Témoignage Chrétien, Pratique radicale au Conseil d'Etat (par Jérôme Anciberro):
/.../
Qu’en est-il de cette notion de « pratique religieuse radicale » qui serait incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française ? Ce qui est reproché à Mme A., ce n’est apparemment pas de trop prier ou de s’adonner à de pieuses macérations qui mettraient sa santé en danger. La récitation quotidienne du Rosaire et les jeûnes rituels ne sont pas encore entrés dans la jurisprudence comme incompatibles avec les valeurs de la vraie France. La focalisation de la presse sur le port du voile intégral – la fameuse « burqa », non mentionnée dans la décision du Conseil d’État – est un indice suffisant pour comprendre que le problème est ailleurs. En un mot : Mme A. est musulmane. Non pas évidemment que cette seule caractéristique soit un obstacle à l’acquisition de la nationalité française. Mais on se surprend à se demander si le Conseil d’État aurait été aussi vigilant sur l’égalité des sexes s’il avait eu affaire à une catholique intégriste suisse prônant les grossesses à répétition et la jupe plissée au-dessous du genou, ou à une juive ultra-orthodoxe britannique portant perruque pour cacher ses cheveux et fréquentant le bain rituel après chaque menstruation afin de se purifier. Tout porte à penser que les musulmans ont aujourd’hui en France les mêmes droits que les autres, sauf celui d’en rajouter en matière de religion.


Sur le site du Collectif contre l'islamophobie en France, Entretien avec Mme F, dont la demande de naturalisation a été refusée pour cause de "pratique radicale de la religion". On y apprend entre autres que l'intervieweuse chargée de l'enquête sur l'intégration (ou "assimiliation") de Mme F a cité comme 'preuve' de sa "non-assimilation" le fait qu'elle ne s'est pas inscrit à un club de sport.

Me voilà donc à jamais privé du privilège d'acquérir la nationalité française.

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Comments:
Tout d'abord, je ne vois ce qu'une femme portant le Burqaa (ou un homme le djellaba et la barbe islamique) vient faire en Europe (Fr ou ailleurs); si au départ ils ont de telles idées, il faudrait qu'elle reste chez elle; et s'ils doivent fuire chez eux, ils devraient plutôt se réfugier dans un autre pays qui partage leurs mêmes valeurs.... Au bout de quelques années, on ne reconnaitrait plus un pays européen d'un pays arabe/musulman (à cause du port du voile, burqaa, islamisation, etc.) Alors,les gens "modernes" venus des pays du tiers-monde pour fuir justement la radicalisation chez eux ne pourraient plus retrouver en Europe un refuge (puisque ce qu'ils fuyaient les poursuit jusqu'en Europe).
Je suis d'origine arabe et je sais de quoi je parle; à moi, ça me fait cet effet
 
Je ne partage pas le point de vue de 'Anonyme'.

Je suis solidaire des femmes dans des pays où le port de la burqa et d'autres pratiques prétendument religieuses sont imposés. Mais je vis ici en France, et ici le problème majeur qui sert à diviser les travailleurs et à détourner leur attention des attaques sarkozyennes, c'est le racisme.

Pour les racistes, s'en prendre aux femmes qui portent la burqa (jamais à leurs maris, étrangement) est le moyen le plus sûr de créer un consensus autour des 'valeurs françaises' qui seraient en contradiction avec des 'valeurs antifrançaises' importées par des étrangers.

Comme on le voit avec Fadela Amara, il est alors facile à élargir la cible aux femmes qui portent le foulard, puis aux musulmans qui veulent un lieu de prière (en Suisse on est à vouloir interdire les minarets). Etc, etc.

C'est pour cela que nous devons être intransigeants. Si vous faites la moindre concession aux racistes, vous ne saurez pas les arrêter quand ils s'attaqueront à vous ou à vos voisins arabes, noirs ou juifs.

Votre idée, il me semble, n'est pas sur le fond très différente de celle des néocons américains ou des intégristes les plus radicaux. A chaque continent ou chaque pays une culture, un ensemble de coutumes auxquels toute la population doit adhérer, des valeurs qui sont censées être 'supérieures' à celles défendues de l'autre côté de la barrière. "Si vous n'aimez pas la France, quittez-la" dit le Pen. C'est une vision autoritaire et uniformisante de la citoyenneté et de la culture.

Personnellement, je défends le multiculturalisme, le métissage, le droit à ne pas être d'accord avec l'idéologie dominante. (Ce qui ne veut pas dire que je suis prêt à accepter tout, mais à ce moment-là nous devons discuter concrètement des moyens à utiliser pour faire avancer les choses. Dans la majorité des cas, l'interdiction par l'Etat n'est pas la solution, et souvent elle est pire que le problème initial.)

Soyons clair. Si cette femme ou une autre revendique le droit de quitter son mari ou de vivre plus librement je la soutiens. Et mon soutien sera d'autant plus efficace qu'elle aura acquis tous ses droits civiques dans le pays où elle souhaite vivre.

C'est d'ailleurs le sens de la volonté d'une autre femme d'annuler le mariage qu'elle avait contracté avec un homme qui a ensuite découvert qu'elle n'était pas vierge. Or, la réaction quasi unanime de la classe politique était que la dite annulation n'était pas compatible avec la laïcité française.

La réalité, c'est que quelque soit le sujet, il est toujours interprété dans les médias de sorte que les musulmans apparaissent comme de dangereux fanatiques. C’est ce qu’on appelle l’islamophobie.
 
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