16 juillet 2009

 

Attention : montée de l'extrême droite en Autriche et ailleurs

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Par Thibaut (Marxistes Unitaires)

Nous sommes tous inquiets de la résurgence de l'extreme-droite, que ce soit le score du Front National à Henin-Beaumont ou l'assassinat islamophobe de Marwa El-Sherbini en Allemagne. Le 9 mai dernier, en Autriche, des néonazis ont attaqué des survivants du camp de Mauthausen. En octobre 2008, dans ce même pays, l'enterrement de Jörg Haider, dirigeant historique de l'extrême droite autrichienne ressemblait à des funérailles nationales. Tous les représentants de la classe politique y était présent, même les sociaux-démocrates ou les chrétiens démocrates.

Passé les Alpes, les formations politiques autrichiennes d'extrême droite ont le vent en poupe : les deux formations fascistes cumulent 55 sièges au parlement national autrichien sur 153 (soit près de 30%). Ils ont été au gouvernement entre 1983 et 1986 (alliance social-démocrate et partis d'extreme droite), et entre 1999 et 2006 (alliance parti populaire chrétien et extrême droite). Leur principal thème de campagne ne nous est pas étranger : arrêt total de l'immigration avec des slogans aussi immondes que "Dahatt statt Islam" (Plutôt chez nous qu'en terre d'Islam). Aux européenes de 2009, les deux formations d'extrême droite, FPÖ et BZÖ (Parti autrichien de la liberté et Alliance pour l'avenir de l'Autriche) ont recueilli respectivement 12,71 et 4,58% des suffrages. En septembre 2008 (dernières élections fédérales), ils avaient, à eux deux, recueilli 28,2% des suffrages, soit un record.

L'alliance entre des chrétiens conservateurs et des fascistes (gouvernement de Schüssel) avaient fâchés l'UE au début des années 2000, qui avaient pris des sanctions assez symboliques contre l'Autriche (pas de nomination à l'UE d'Autrichiens à des postes clefs). Ce "pacte de la honte", dénoncé notamment par J. Chirac lui même en vendetta contre l'extrême-droite, ne suscita que brièvement la polémique : Schüssel fut vanté par Merkel en 2008 ... Le plus inquiétant dans la situation autrichienne est aussi un fait connu en France : la récupération par des formations plus "modérées" des thèmes de campagnes des fascistes. A Linz, un élu Vert se déclarait favorable pour "expulser immédiatement et sans exception tous les demandeurs d'asiles déboutés". Il fut soutenu par la direction de son parti.

Cet ancrage autrichien de l'extrême droite vient aussi d'un balayage pas encore effectué du nazisme en Autriche. Dans les programmes d'histoire, on ne parle pas de la collaboration à des postes clefs de dignitaires autrichiens, pas plus que des 600 000 membres du parti nazi jamais inquiétés (ou brièvement - toute répression s'arrêta en 1948). Et sondage en 2005, à la question "Le national-socialisme comportait-il de bons et de mauvais éléments ?" 44% répondaient ... oui.

Ce n'est pas un syndrôme purement autrichien : la Ligue du Nord italienne est entrée au premier gouvernement qu'a formé Berlusconi. Le Parti autodéfense a participé au gouvernement polonais en 2006, et en Slovaquie le Parti national slovaque la même année concluait une alliance avec la Gauche slovaque de Robert Fico. Nous sommes assez attentifs à la montée du BNP en Grande-Bretagne, et à des scores très inquiétants en Roumanie. En France, les thèmes de l'extrême droite sont ultra présents au gouvernement, essentiellement dirigés contre les immigrés et les demandeurs d'asile.

Les centres de rétention et la politique répressive à leur égard se posent sur un fond non combattu de racisme et de xénophobie, nourris par des fantasmes de terreur, à l'encontre des personnes de couleur, et surtout, aujourd'hui, des musulmans. Non combattu car la gauche radicale est absente du débat : en Autriche, le Parti communiste ne dépasse jamais les 1% aux différentes élections. Les autres formations à gauche de la gauche, essentiellement trotskistes, sont des groupes de dizaines de personnes.

A ce sujet, je vous encourage à lire le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste des extrêmes droite européennes ; également un article sur l'extrême droite autrichienne dans le Monde Diplomatique de juillet (dont est tiré ce compte rendu) ; et à vous rendre sur le Mipex (Migrant Integration Policy Index) http://www.integrationindex.eu/ qui a listé les pays selon leur politique à l'égard des immigrés. L'Autriche y a le 26e plus mauvais score (en anglais) ...

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