02 juillet 2007

 

La France à la croisée des chemins

Un article d'Antoine Boulangé (LCR) et Jim Wolfreys (SWP) (en anglais)

Et cet éditorial de la revue International Socialism que j'ai traduit vite fait :

“Sarkozy, Brown, Merkel. Le néolibéralisme a dorénavant ses représentants au pouvoir dans les principaux pays européens et a les mains libres pour aller à l’avant au rythme qu’il choisit.”

Ce refrain des commentateurs bourgeois les plus optimistes est un refrain qui trouve des échos parmi les plus pessimistes à gauche. Sarkozy, selon cette analyse, est libre dès maintenant de faire en France ce que Margaret Thatcher put faire en Grande-Bretagne – lancer un assaut frontal contre les derniers bastions de la résistance anti-néolibérale. Toutes sortes de « théories » sur l’évolution de la classe ouvrière et des mouvements sociaux ont déjà été élaborées pour expliquer à l’avance les raisons de sa réussite.
Mais les choses ne sont pas aussi simples. Ce que Sarkozy veut faire et ce qu’il réussira à faire sont deux choses différentes. La France a vécu plusieurs vagues de résistance pendant les douze années passées. La plus récente, il y a tout juste 14 mois, a vu Sarkozy lui-même perdre pied. Il y a toutes les chances que cela arrive de nouveau. Le fait que quatre ou cinq personnes sur cent changent de comportement dans l’isoloir ne transforme pas la société du jour au lendemain. Au maximum, cela peut influer sur le niveau de confiance de ceux qui s’affronteront sur d’autres terrains.
L’exemple de Thatcher, qu’on n’arrête pas de citer, oublie quelques vérités importantes au sujet de son gouvernement. Elle n’a pas fait disparaître toute résistance d’un simple coup de baguette magique. Elle a fini par gagner – mais seulement au prix d’une grève des mineurs – qu’elle a elle-même provoquée en pensant qu’elle ne durerait que quelques semaines – qui dura douze mois et eut un coût considérable pour le capitalisme britannique (la livre sterling tomba au niveau le plus bas jamais enregistré). Thatcher elle-même était parfois au désespoir, et à plusieurs moments pendant la grève une majorité de son gouvernement aurait cédé aux mineurs si elle lui avait laissé la possibilité. Sa victoire finale fut le résultat d’une combinaison de la chance (un hiver doux laissa intact les stocks de charbon des centrales électriques), de la peur de gagner d’une partie des directions syndicales, et de la faiblesse des forces de gauche qui tentaient de développer une réelle solidarité active avec les grévistes.
Comme disait un des chefs de la marine anglaise pendant la guerre des Malouines, « on l’a échappé belle ! » Et les blessures dont le gouvernement souffrit pendant ce conflit ouvrirent des schismes et des conflits avec plusieurs de ses ministres qui conduisirent à sa chute.
Si Sarkozy veut vraiment émuler Thatcher il devra prendre les mêmes risques qu’elle, sans être assuré de réussir. Le résultat dépendra, en partie, de la réaction de la gauche française, et de ceux qui l’influence de l’extérieur. Or, il existe beaucoup de découragement après les élections. Il y a un danger, comme cela a souvent été le cas en Grande-Bretagne pendant les années Thatcher, que ce genre de défaitisme contribue lui-même à confirmer le scénario le plus pessimiste. Des bavardages sur le ‘semi-fascisme’ et des discours d’universitaires sur le ‘populisme autoritaire’ encouragèrent alors une partie de la gauche à abandonner le champ de bataille. Même l’historien éminent Eric Hobsbawm nous disait que le gouvernement ne pouvait être battu par un mouvement de masse sur la question de la Poll Tax.
La situation en France aujourd’hui n’est pas comparable à celle de la Grande-Bretagne en 1984, quand la classe ouvrière avait déjà subi sept ou huit années de défaites. Tous les mouvements sociaux des douze dernières années n’ont pas réussi. Mais il y a eu des victoires notables, et les forces qui ont résisté sont intactes. L’important est d’anticiper l’attaque et d’être prêts pour la combattre.
Il est important de nous rappeler qu’il y a tout juste quatre ans l’axe qui devait aller jusqu’au bout d’une attaque frontale contre la résistance à l’échelle de l’Europe était celui de Blair, de Berlusconi et d’Aznar. Aujourd’hui tous les trois sont partis, sans réussir la percée au sujet de laquelle ils étaient si confiants. Nous devons aussi nous rappeler qu’il y a seulement deux ans, c’était Angela Merkel qui était la réponse à toutes les prières du capitalisme européen. Elle est toujours là, non pas comme l’héroïne des néolibéraux les plus durs, mais le chef d’un gouvernement faible confronté à des revendications salariales de travailleurs qui veulent profiter d’une reprise économique modeste afin de rattraper leur niveau de vie perdu.
Comme on disait autrefois, ce n’est pas le moment de nous plaindre – il nous faut organiser la résistance.

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