23 juin 2007

 

L'odeur de la soupe, par Laurent Lévy

On dirait que dans certains milieux politiques, l’odeur de la soupe a quelque chose d’irrésistible.
Lorsque le résultat de l’élection présidentielle était incertain, certains rêvaient une Ségolène Royal faisant entrer dans son gouvernement la présidente de l’association « Ni Putes Ni Soumises ». Certains se réjouissaient à l’avance d’une telle perspective, d’autres y voyaient un signe de la profonde coupure entre la gauche et les populations issues de l’immigration.

Ce rêve s’est pour partie réalisé. À un détail près. Ce n’est pas Royal, mais Sarkozy, qui a fait entrer au gouvernement l’égérie du parti socialiste.

La voici donc ministre du contempteur de la « racaille ». Cela n’est pas si surprenant : la stigmatisation de la jeunesse des quartiers populaires, et singulièrement du « garçon arabe », a été l’essentiel de son activité politique depuis la création de son association.

À l’évidence, mise à part cette complicité avec le racisme ambiant, ce ne sont pas ses convictions qui étouffent l’impétrante. Pour ne parler que de la période la plus récente, après avoir fait campagne en 2005 pour le « oui » au traité constitutionnel ultralibéral pour l’Europe, elle soutient dans la « primaire » interne du parti socialiste la candidature de Laurent Fabius – le seul des trois candidats à avoir soutenu le « non ». Et de « l’aile gauche » du PS, la voilà passée à la réaction la plus brutale.

L’accueillant dans son ministère, Christine Boutin a eu le plus joli, le plus révélateur des lapsus, relayé par toutes les radios : « Tu as, lui dit-elle, commencé par créer une association de lutte contre les femmes… »

L’histoire montrera un jour comment les débats sur le « foulard », où l’on a vu Amara bras-dessus bras-dessous avec Corinne Lepage et Arlette Laguiller pour crier avec les loups aura contribué à brouiller tous les repères de la politique. Comment s’est alors accéléré le consensus raciste et sécuritaire. Notre « beurette républicaine » ne jouera sans doute pas le plus beau rôle dans cette histoire.

En attendant, elle en aura trouvé un autre, bien à sa mesure, dans la parfaite continuité de celui-là. Passant de la théorie à la pratique, la voici désormais chargée, comme secrétaire d’état chargée de la politique de la ville de mettre en œuvre ce point décisif du programme de son nouveau maître : nettoyer nos quartiers au Kärcher.

21 juin 2007

Un portrait de Fadela Amara
"/.../aucune cause ne la mobilise plus de deux heures d’affilée. Avec son agenda
surchargé, impossible d’assumer les missions confiées par tous les
ministres ! Au comité d’évaluation de l’Agence nationale de rénovation
urbaine (ANRU), dispositif clé de la politique de la ville de Jean-Louis Borloo
où elle est censée siéger, personne ne la connaît. Excédé par ses absences, le
président du comité, Yazid Sabeg, a décidé de sévir. La lettre qu’il lui adresse
le 20 avril 2005 est sans ambiguïté : il la considérera comme
démissionnaire si elle ne se manifeste pas dans les quinze jours. Sabeg avait
senti l’erreur de casting avant même le premier conseil d’administration. Mais
son ami Borloo tenait à la candidature de Fadela Amara, au motif qu’elle
« connaissait le terrain »… "
Extrait de : Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat, par Stéphanie Marteau et Pascale Tournier. Attention ! Si l'on comprend mieux la résistible ascension de la nouvelle ministre de la ville en lisant ce texte, il faut prendre des précautions : cela donne envie de vomir.

Dans la même rubrique nauséabonde, Jean-Michel Cros dissèque le dernier ouvrage commis par l'ex-républicaine de gauche, Max Gallo, entré à l'Académie française après avoir battu un autre islamophobe notoire, Claude Imbert. Son titre, Fier d'être français, reprend un slogan du Front national. Lire Jeanne d'Arc à l'Académie française?

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