28 mai 2007

 

Rémy Jean : Après la campagne Bové ...

Ce texte est particulièrement important, car Rémy Jean a été à l'initiative, avec d'autres, de la pétition qui a lancé la campagne unitaire de José Bové aux présidentielles. Et contrairement à d'autres dirigeants du courant unitaire de la LCR (Piquet ...), il ne s'est pas arrêté à mi-chemin.
NOUVEAU Pour le point de vue d'une militante unitaire de la LCR d'Agen, Michèle, voir les commentaires en bas de cet article.

Après la campagne Bové…
Continuer, garder le cap, faire plus et mieux pour construire l’alternative à gauche !

Rémy Jean

Paysage après la bataille

L’élection de Sarkozy est pour le camp progressiste une défaite plus sévère que les précédentes (1995, 2002) car elle intervient à l’issue d’une séquence politique où la droite au pouvoir avait subi une impressionnante série de désaveux dans les urnes (régionales 2004, referendum sur le TCE en 2005) et dans la rue (quasi grève générale contre la loi Fillon sur les retraites en 2003, mobilisation victorieuse contre le CPE en 2006). Que cette séquence politique s’achève par l’élection de Nicolas Sarkozy est un échec particulièrement cuisant. La droite, promise à la défaite, a su s’unifier derrière un leader qui a réussi à capter le désir de « rupture » à travers un projet de « sortie de crise » combinant habilement ultralibéralisme économique, nationalisme, populisme social et autoritarisme.

Mais ce succès politique de la droite est aussi – et peut-être avant tout – le résultat de ’incapacité de la gauche à proposer un projet de changement convaincant aux électeurs. Incapacité bien sûr du Parti Socialiste dont la campagne a été à la fois inconsistante, confuse et droitière (parfois plus que celle de Bayrou). Mais aussi incapacité de la gauche antilibérale à se rassembler autour d’une candidature commune porteuse d’une alternative politique crédible au social-libéralisme incarné par Ségolène Royal dans cette élection. La division de la gauche antilibérale a laissé le champ libre au vote « utile » pour Royal, mais aussi pour Bayrou, elle est une des raisons de l’affaiblissement global de la gauche au premier tour qui a permis la victoire de Sarkozy au second.

Cette victoire crée évidemment une situation plus favorable pour la « normalisation » libérale de la société française souhaitée depuis des années par la classe dominante. Il n’est pas douteux que le futur gouvernement va rapidement exploiter cette situation pour tenter de marquer des points décisifs dans ce sens (réforme du code du travail, service minimum, etc…). Mais il devra pour y parvenir affronter les capacités de résistance au libéralisme que la société française a démontré au cours des dernières années. Et le résultat des inévitables confrontations à venir sur le terrain social n’est pas joué d’avance. Car les victoires électorales, on le sait, ne sont pas toujours annonciatrices de succès sur ce terrain. En 95, Chirac et Balladur faisaient 39% au premier tour, Le Pen faisait 15%, Chirac l’avait également emporté avec 53% des voix au second tour, mais, six mois après, la France connaissait le mouvement social le plus important depuis 68 (grèves de nov/déc. 95 en défense de la protection sociale), suivi en juin 97 de la dissolution de l’Assemblée et de la victoire de la gauche aux législatives. Pour les antilibéraux, la première tâche est de combattre la démoralisation et de préparer les résistances dans les syndicats et les associations, car c’est sur ce terrain que s’établiront les rapports de force fondamentaux de demain.

C’est d’autant plus nécessaire que, à gauche, le paysage n’a rien d’enthousiasmant. Les effets de la défaite électorale sur le PS sont d’ores et déjà ravageurs et entraînent les dirigeants de ce parti dans une surenchère droitière dont le choix fait par Kouchner d’intégrer le gouvernement Sarkozy n’est qu’un avatar extrême, mais ô combien significatif de la compatibilité des programmes du PS et de l’UMP. On peut affirmer sans grand risque de se tromper que ce cours droitier va s’accentuer au prétexte de la modernisation du parti soit pour préparer une alliance avec Bayrou, soit pour tenter d’occuper son espace électoral. Même si les dirigeants socialistes chercheront à le masquer par des appels du pied à la gauche antilibérale, comme Ségolène Royal l’a fait entre les deux tours.

La gauche antilibérale, elle, persiste dans la division pour les législatives. Les candidatures véritablement unitaires se comptent sur les doigts d’une main. Le PCF, après avoir tenté de sauver ses députés par un accord avec le PS (qui n’en a pas voulu), joue solitairement son vatout, tandis que la LCR cherche à capitaliser le score de Besancenot à la présidentielle (1) Ni l’un, ni l’autre ne donne pour le moment le moindre signe d’une volonté de rassemblement à la gauche du PS. Et le faible score obtenu par José Bové à l’élection présidentielle ne les incite pas à retrouver le chemin d’une union pourtant plus nécessaire que jamais au lendemain de la victoire de Sarkozy.

Retour sur la campagne Bové

En lançant l’appel proposant que José Bové soit le candidat unitaire de l’alternative à gauche le 6 janvier dernier, nous espérions enrayer la mécanique de la division. Malgré l’immense succès de cet appel dans les rangs de la gauche antilibérale (plus de 40 000 signatures en un mois), nous n’y sommes pas parvenus. Nous avons alors choisi de poursuivre ce combat en maintenant la candidature de José et en faisant campagne pour qu’il devance les autres candidats de la gauche antilibérale. Malgré la dynamique populaire et militante de cette campagne, nous n’y sommes pas non plus parvenus et le résultat a été loin de nos espérances. Il y a bien sûr des raisons politiques à ce résultat. La candidature n’a trouvé un profil efficace et cohérent que dans les dix derniers jours. Le cap unitaire n’a été ni suffisamment ferme, ni suffisamment constant. Des dérapages sérieux nous ont affaibli (Hulot, bande des 11…). Un bilan critique de la campagne est évidemment nécessaire. Mais il doit tenir compte des conditions d’impréparation dans lesquelles elle a été menée et de l’improvisation permanente qui en a découlé tant sur le plan du contenu que sur celui de l’organisation.

L’acquis de cette campagne est cependant considérable. Le simple fait que cette candidature ait existé par la seule volonté collective de militants et de citoyens de base est déjà un évènement politique de taille. Des milliers de militants de toutes sensibilités, de toutes origines et de toutes générations se sont engagés avec enthousiasme dans cette campagne collective et innovante. L’expérience inédite qu’ils ont vécue ensemble est porteuse de précieuses promesses pour l’avenir.

Une alternative unitaire à la gauche du PS est plus nécessaire que jamais

Résister par tous les moyens au sarkozysme est indispensable, mais ne saurait suffire. On ne peut imaginer renverser vraiment le cours des choses en l’absence d’une alternative politique crédible au libéralisme. Construire cette alternative exige plus que jamais le rassemblement de toutes les forces de la gauche qui n’a pas renoncé à la transformation sociale, de la gauche antilibérale, altermondialiste, écologiste, féministe et solidaire. Un rassemblement qui ne soit pas seulement un rassemblement de partis ou de courants politiques, mais aussi un rassemblement de militants des mouvements sociaux et de citoyens engagés. Un rassemblement qui sache articuler dans un même combat les luttes et les élections, le local et le global, le social et l’écologie, la contestation et la proposition. Un rassemblement qui ait l’ambition de postuler à la relève de la gauche et d’opposer à Sarkozy un projet de changement capable de l’emporter demain.

Avancer dans la voie de ce rassemblement sera l’enjeu des Assises nationales des antilibéraux prévues pour cet automne. Il faut tout faire pour qu’elles réussissent et soient le prélude à l’Epinay de la gauche antilibérale dont nous avons besoin.

Le courant unitaire de la gauche antilibérale doit s’organiser dans la durée

Pour travailler à ce rassemblement de la gauche antilibérale, les militants des collectifs issus de la campagne Bové, ceux des anciens CUAL et, plus généralement, tous les antilibéraux unitaires doivent se regrouper et se structurer. Dans des formes souples et variées, mais stabilisées et coordonnées sur le plan local et national. Non pour constituer un nouveau parti, mais pour être à la fois l’aile marchante et le creuset d’une refondation unitaire de la gauche antilibérale. Non pour cultiver un projet autonome, mais pour se donner les moyens de faire vivre l’exigence unitaire dans l’actualité politique. Il est indispensable que ce courant unitaire s’organise et existe dans la durée pour pouvoir prendre des initiatives et mener la bataille unitaire avec un maximum de visibilité locale et nationale. Ainsi que pour poursuivre l’élaboration programmatique et le débat sur la stratégie qui permettra à l’antilibéralisme d’être demain majoritaire dans la gauche et dans le pays.

Autant dire qu’il y a pas mal de pain sur la planche. Mais est-il envisageable de nous résigner à l’alternance perpétuelle du mauvais et du pire ?

Le 27 mai 2007.

(1) La candidature d’Olivier a été la candidature antilibérale la plus convaincante, comme le fût Arlette en son temps. Elle a été la plus cohérente sur le fond et sur la forme. Mais cela ne justifie en rien le choix de la LCR de faire cavalier seul. Le talent d’Olivier et le savoir-faire de la Ligue auraient été plus utiles au service de l’unité.

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Réflexions sur les péripéties unitaires

• Je ne reviendrai pas sur les épisodes qui, de mai 2006 à aujourd’hui, ont jalonné la démarche unitaire; je vais essayer de fournir ma description des prises de position des différentes tendances et sous tendances de la LCR. C’est un point de vue extérieur puisque émis par une militante de province et peu impliquée dans les directions et dans l’histoire des tendances – les trois années de participation à la DN n’ont pas permis de décoder tous les liens et le fonctionnement peu transparent des militants « historiques ».
• La direction PF1 :
A la suite du succès obtenu par O.B. en 2002, la direction de la PF1 a abandonné l’orientation stratégique adoptée dans les précédents congrès : la LCR ne pouvant à elle seule construire un parti de masse anticapitaliste, elle devait participer à la construction d’une force alternative. Cela n’a pas été présenté comme changement d’orientation sujet à débat mais imposé par diverses manœuvres :
- pour les régionales et les européennes, l’accord avec LO a été présenté comme la seule solution aux militants, les expérimentations régionales de candidatures regroupant LCR et expressions du mouvement social non organisé politiquement ayant été présentées comme prématurées ; l’accord avec LO a été présenté lors de l’université d’été 2003, coupant court à tout débat ultérieur. Au congrès 2003, deux motions contradictoires votées majoritairement (accord avec LO et poursuite de l’orientation unitaire) ont permis d’évacuer le débat de fond sur la stratégie. Après l’échec des candidatures, il y a eu obstruction permanente à la DN pour en tirer un bilan. Pour éviter le débat, un rapprochement opportuniste s’est opéré alors avec la PF2.
- Pour la campagne contre le TCE, la direction s’y est engagée au départ sans conviction (cf. le discours de Krivine sur le peu d’intérêt de la campagne à mener…mais il fallait y aller quand même…). La décision juste de s’engager dans les collectifs a permis à la LCR de s’inscrire fortement dans la campagne unitaire et d’y participer activement, d’y gagner un crédit et une image unitaires qu’elle avait perdus aux législatives et aux européennes. Mais, dès l’après 29 mai, la mort des collectifs était annoncée. Cette analyse, à mon avis, repose sur une myopie partagée plus largement dans la LCR sur ce qui est à l’œuvre depuis 95 dans les mouvements sociaux et sur une théorie du parti héritée de la révolution russe et du XXème siècle sur laquelle il faudrait réfléchir (il ne s’agit pas de verser dans le refus d’organisation politique).
- Après l’heureuse parenthèse du TCE, la direction a redressé la barre pour s’opposer à la stratégie de construction d’une force alternative ; les circonstances ne lui étaient certes pas favorables : la victoire contre le TCE due à l’unité des forces antilibérales, puis la mobilisation gagnante contre le CPE rendaient difficile l’argumentation répétée que la situation n’était pas mûre et que les conditions de l’unité n’étaient pas réunies. C’est ainsi que la direction de la PF1 n’a pu conserver la majorité qu’avec l’appui de la PF2 au congrès 2006.
- Pour les présidentielles et les législatives : la direction avait décidé la présentation d’O.B. L’annonce en a été reportée plusieurs fois pour des raisons d’opportunité politique ; il n’était pas bon pour la LCR de ne pas garder l’image unitaire gagnée dans la campagne du TCE. La non participation aux discussions sur les textes, Ambition-Stratégie, 125 propositions s’est faite de manière plus ou moins ouverte sur des prétextes. Il ne s’agit pas de nier les ambigüités et la duplicité de certains participants à la démarche unitaire (PCF par exemple) mais cette duplicité était très minoritaire dans la base des collectifs réellement unitaires. Logiquement, vu la contradiction entre l’orientation stratégique unitaire proclamée et la réalité politique mise en œuvre, l’organisation s’est trouvée profondément divisée : la direction, lors de la CN de juin 2006 a de nouveau évacué le débat stratégique par la présentation d’une motion qui contenait deux orientations contradictoires (votée à 80% et que je n’ai pas votée pour cette raison).
Cette division n’a fait que s’approfondir sans que la direction, malgré la demande de réunir une autre CN en décembre, fasse quoi que ce soit pour la résoudre par un débat de fond. Sans revenir sur les désaccords politiques, ce refus de débat de fond est irresponsable pour la direction d’une organisation.

• La PF3 :
Constituée lors d’un congrès auquel je n’ai pas participé, la PF3 regroupe des militants issus de courants divers. Je me suis retrouvée dans ses analyses de la situation politique et dans la volonté de suivre réellement la stratégie définie par l’organisation : faire de la LCR un moteur de la construction d’une organisation, d’une force antilibérale et anticapitaliste. La tendance a assumé bon an mal an cette orientation, même si, à mon avis, sa direction s’est montrée parfois timorée ou velléitaire, s’enlisant quelquefois dans des calculs tactiques vis-à-vis d’une partie de la PF1 et nourrissant des illusions sur les fractures internes de la direction.
Elle a su prendre ses responsabilités lorsque la direction de la LCR a tourné le dos à la démarche unitaire. Cependant, l’échec de Saint Ouen a entraîné un repli et un immobilisme politiques qui doivent être analysés et dont il faut tirer les leçons : les représentants de la tendance ont pratiqué le retour au bercail sans préparation, sur la base d’argumentations peu convaincantes. Fallait-il diaboliser tout le courant qui s’est exprimé pour une candidature symbolisant l’aspiration à l’unité ? Certes il y avait dans le lot des antipartis, mais pas seulement ; certes le candidat Bové n’était pas fiable, mais les représentants de la tendance s’étaient bien vite résignés au retour à la dispersion des candidatures antilibérales et à l’absolution de fait des responsables principaux, la LCR et le PC. Comme la direction de l’organisation par son refus de la démarche unitaire, la direction de la PF3 a donné l’impression de méconnaître la force du mouvement social et l’aspiration à une réponse politique. A un degré moindre, il y a eu gâchis vis-à-vis des militants que nous sommes amenés à côtoyer et au niveau interne : la direction de la PF3 a refusé de prendre à bras le corps le débat et a ostracisé de fait (je suis allée par deux fois à des réunions de la tendance à la veille de réunions des collectifs - 21 janvier et 17 mars – l’accueil est passé de froid à glacial) ceux qui ne se satisfaisaient pas de l’immobilisme et n’acceptaient pas d’en rester à un hypothétique rebond unitaire pour les législatives. L’abandon en rase campagne d’une partie des militants de la PF3 se paie aujourd’hui et se paiera demain au niveau interne. On ne voit pas en quoi l’orientation adoptée par Picquet, Robert, Mathieu, Faradji a été plus efficace pour la préservation d’une démarche unitaire que celle adoptée par les militants qui se sont impliqués dans les comités Bové.
Nous nous retrouvons aujourd’hui avec une direction de la LCR qui mise –de façon qu’il ne faut pas hésiter à qualifier de stalinienne – sur le départ ou l’éviction des anciens militants et le renouvellement avec de nouveaux adhérents non formés politiquement. Par rapport à cette situation, la direction de la PF3 fait comme si rien ne s’était passé ou ne se passait : bulletin « Unir » et ignorance de ce qui se passe quand ce n’est pas conforme à son orientation : la PF3 n’a pas défendu la proposition de candidatures unitaires sur le Lot et Garonne qui a été invalidée sur la base de la lettre d’un militant. Etant donné le caractère tout à fait hors norme de cette procédure, elle aurait dû s’y opposer au moins au niveau statutaire.

• Il est dramatique que, à chaque épisode, la méthode employée ait été celle de l’exclusion des débats, que l’absence de transparence dans les directions d’organisation et de tendance ait été la norme. En ce qui me concerne, je ne me considère plus partie prenante de la PF3.
Pour le prochain congrès deux problèmes me paraissent fondamentaux :
- la question de l’orientation stratégique : le texte de Sabado et l’article de Ben Saïd et Joshua semblent annoncer l’abandon de la construction d’une force alternative antilibérale et anticapitaliste avec les autres courants à gauche de la gauche au profit d’une construction autour de la LCR, seule force à gauche du PS. Il faut absolument se battre contre cette régression idéologique et politique.
- le fonctionnement de l’organisation.

Michèle
 
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