16 avril 2007

 

Le Monde : José Bové veut disputer à Olivier Besancenot son ancrage en banlieue

MARSEILLE ENVOYÉE SPÉCIALE

"Ici, plus personne n’y fout les pieds, même pas le PCF !" Frais Vallon, une cité populaire en lisière des quartiers nord de Marseille, vit depuis des mois sous la menace de démolition de trois tours HLM. Chômage, pauvreté et mal-logement : c’est dans cet environnement que José Bové a démarré sa tournée marseillaise, samedi 14 avril. Pour parler "urgence sociale" et montrer que, dans la dernière ligne droite, il peut disputer à Olivier Besancenot son ancrage dans les banlieues.
"Moi, j’ai pas besoin d’une protection", lance-t-il d’abord faisant référence aux difficultés de Nicolas Sarkozy à se déplacer en banlieue. "Sarkozy n’est pas le bienvenu car c’est le candidat de la haine, le fils naturel de Le Pen", assure le candidat. La saillie fait mouche dans le public coloré qui s’est agglutiné au pied des tours.
"ARRIVÉ TROP TARD"
Mères de famille en boubou ou jogging, salariés et chômeurs, ils se pressent pour raconter leur quotidien : les loyers impayés "parce que la vie est trop chère", les ascenseurs en panne et les seize étages à grimper à pied, les appartements qui se dégradent, les coupures d’électricité... "Les démolitions, c’est une volonté de faire partir encore plus loin les pauvres. Vous aussi, vous avez droit à la dignité", assure le paysan. "Mais moi, je ne suis pas là pour faire des discours et vous dire d’attendre cinquante ans qu’il y ait la révolution." En clair, la candidature Bové n’est pas du "témoignage comme Besancenot" mais pour montrer que le changement est "possible tout de suite".
Plusieurs élus communistes pro-Bové avaient préparé le terrain. "On n’avait jamais réussi à faire descendre ces gens-là", note Rudy Vigier, adjoint au maire de l’arrondissement. "Avec Bové, on va faire voter des gens écoeurés jusqu’alors par la gauche", assure le sénateur Robert Bret. Si le doute plane sur la traduction en voix de la sympathie rencontrée, l’étonnement est réel pour ces élus locaux. "C’est la première fois qu’on sent une candidature autant appréciée", assure Annick Bouët, présidente du groupe communiste de Marseille.
"Il nous parle de nos problèmes. C’est le seul qui soit venu jusqu’à nous", lance Belkacem Bektaoui, peintre en bâtiment au chômage. "Il me plaît parce que, dans les quartiers, on est dans la merde", dit simplement Ishata Ismaïla, en congé parental. Un peu plus tard, à l’Estaque, autre quartier populaire, lors d’un "aïoli citoyen", Kader Goula, artisan taxi, explique qu’il n’a "pas envie de donner sa voix au PS mais (espère) que Bové fera entendre (ses) angoisses".
Le doute, la pression du vote utile, le manque de moyens..., l’entourage estime qu’"il manque quinze jours pour faire un bon score". Les sondages maintiennent le candidat autour de 2 % d’intentions de vote. "Il est arrivé tard dans la campagne et l’absence d’organisation forte derrière lui brouille son image", souligne Vincent Tiberj, chercheur au Cevipof.
Les proches du candidat assurent, eux, que c’est "parce que Bové n’est pas un produit fini et qu’il construit quelque chose de nouveau en politique" qu’il marque des points. José Bové, lui, martèle qu’il peut "créer la surprise le 22 avril". Plus tard, dans l’après-midi, le candidat paysan attirera encore 1 000 personnes sur une place de Marseille et autant à Aix, puis à Avignon, le soir même.
Sylvia Zappi

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