11 octobre 2006

 

RESULTATS DES ELECTIONS LOCALES EN BELGIQUE


Manifestation du Vlaams belang contre la Turquie
Dans son article À propos des résultats des communales, François SCHREUER de Liège analyse longuement les résultats des élections locales en Belgique. Certaines de ses conclusions n'ont qu'un intérêt très relatif pour les non-Belges (il note entre autres l'extrême personnalisation de la politique locale en Wallonie ...). Sur le vote de l'extrême droite, il note des tendances contradictoires : 'plafonnement' du vote du Vlaams belang à Anvers ainsi que des percées locales en Flandre. En voici un extrait :

La défaite du Blok/Belang à Anvers est un énorme soulagement, même si ce n’est qu’une toute première étape qui vient d’être franchie par les partisans de la démocratie. Je crois qu’on peut parler de défaite dans le chef du Blok/Belang pour cinq raisons. 1. Tout d’abord, il recule par rapport à ses résultats des dernières régionales (un demi-pourcent) ; c’est peu de choses, mais c’est une rupture claire par rapport à toutes les précédentes élections depuis 15 ou 20 ans qui le voyaient progresser à chaque fois : peut-être le belang a-t-il atteint quelque chose comme un plafond qu’il aura beaucoup de difficultés à percer. 2. En outre, le Belang perd son titre de premier parti et M. Dewinter ne détient plus celui du candidat le plus plébiscité. C’est autant de grain à moudre en moins pour eux. 3. Ensuite, il ne faut pas oublier que le Belang s’était cette fois-ci allié à un partenaire relativement important en la personne de Hugo Coveliers — et de son petit parti Vlot — lequel faisait encore partie il y a peu de la droite flamande « respectable » et pesait dans le VLD, le parti du premier ministre ; ce transfuge aurait dû apporter plusieurs points au Belang, qui, fort de cet apport, visait ouvertement le mayorat jusqu’il y a peu. Il n’en a rien été. 4. Autre motif qui donne de l’espoir à Anvers : une majorité est possible sans avoir besoin d’unir les quatre partis démocratiques. Une alliance entre le SP.A et le CD&V devrait suffire, éventuellement complétée des deux élus de Groen !. Autrement dit, il devrait y avoir une opposition démocratique à Anvers qui, si elle fait correctement son travail, devrait couper pas mal d’herbe sous le pied du Belang. 5. Enfin, cette élection était clairement identifiée comme le kairos, le bon moment, par les leaders fascistes. C’était un peu « cette fois-ci ou jamais » : après 20 ans d’opposition et en l’absence d’une victoire annoncée, il n’est pas sûr que le Belang anversois puisse garantir sa cohésion qui reposait certainement en partie sur la dynamique de victoire dans laquelle il se trouvait. Si les démocrates agissent intelligemment, en harcelant les dirigeants néo-nazis, en cessant d’exonérer les électeurs du Belang de leur responsabilité, en martelant que le Belang a perdu et ne passera jamais et en permettant aux moins tapés parmi les Blokkers de trouver une porte de sortie honorable, il est bien possible que, la prochaine fois, ce soit à un recul sévère de l’extrême-droite qu’on puisse assister.

/.../ La situation anversoise, bien qu’elle ait été la plus préoccupante jusqu’à présent, ne reflète toutefois pas la dynamique générale sur laquelle le Belang s’appuie toujours dans une bonne partie du reste de la Flandre. Tout reste donc à faire de ce côté. Pour autant, et jusqu’à preuve du contraire, le cordon sanitaire tient toujours, ce qui constitue de la part de nos concitoyens flamands une très grande leçon de démocratie. /.../

Malgré quelques percées préoccupantes (notamment à Mons) et la confirmation d’une implantation dans le bassin carolo, on peut dire que l’extrême-droite a été contenue en Wallonie. On est loin du dimanche noir qu’on pouvait redouter (et auquel je m’attendais personnellement). Il y a malgré tout un élu fasciste à Liège, un autre à Dison et encore un à Verviers. Il faudra tout faire pour que cela ne se reproduise pas. Les divisions congénitales de l’extrême-droite sont sans doute pour beaucoup dans cet échec relatif. Il y aussi, j’ai l’impression, le fait que la société est en train de développer certains anticorps. Il me semble en particulier que prendre à la gorge l’extrême-droite est une bonne solution. Loin de la mansuétude dont a pu bénéficier le Vlaams Blok dans certaines sphères flamandes, il faut attaquer directement, viser la jugulaire, combiner la sensibilisation sur le terrain, les attaques juridiques, les attaques ayant des conséquences financières. Une campagne comme celle de La Cible me semble dans cette optique avoir marqué des points.


David DESSERS du Parti Ouvrier Socialiste (section de la IVème Internationale), quant à lui, tout en reconnaissant la "défaite" symbolique du Vlaams belang à Anvers, décrit les résultats du scrutin comme un véritable "dimanche noir". :

En Flandre, les résultats donnent une victoire claire en faveur de la droite et de l’extrême droite ; la démocratie chrétienne et le Vlaams Belang sortent renforcés du scrutin. Certes, comme le soulignent les commentaires médiatiques, on n’a pas assisté à la « marrée brune » tant redoutée puisque le VB est en train de stagner dans les grandes villes comme Anvers, Gand ou Malines. Mais il n’y a pas de quoi tomber dans le triomphalisme. Dans bon nombre de petites communes, le Vlaams Belang obtient plus de 10%, en s’y présentant pour la première fois, autrement dit à partir de rien du tout. Le problème (et le danger) reste donc entier ; la politique des partis traditionnels, dominée par le néolibéralisme, loin de stopper l’extrême droite, continue à le doper. Dans une ville comme Anvers, le SP.A devient malgré tout le plus grand parti, mais ce n’est pas au détriment du Vlaams Belang, qui progresse à nouveau avec un demi pourcent et qui ne perd aucun siège. Dans des petites villes comme Alost, le Vlaams Belang devient le plus grand parti. Bref, malgré la stagnation ou le progrès limité constatée ici ou là, ce 8 octobre est bel est bien un nouveau dimanche noir.

En Wallonie, le PS connaît un recul, mais certainement pas dans la mesure attendue après les affaires qui l’ont secoué au cours de la dernière période et il reste le parti dominant. Ce recul profite avant tout au CDH ou aux libéraux. L’extrême droite, dont on pensait qu’elle cueillerait tous les fruits, n’obtient pas de percée massive, mais gagne tout de même des scores parfois très importants si l’ont additionne les différentes listes qui s’arrachent le sigle « FN ». A Charleroi, le FN « historique » et son rival obtiennent ainsi ensemble près de 12%, soit le double du seul FN en 2000. Enfin, tant au Nord qu’au Sud du pays, les partis Verts continuent à reculer.


La gauche radicale en Belgique s'est présentée en ordre dispersé :

/.../ le 8 octobre n’a pas été le « grand tournant » en faveur de la gauche radicale. En ce qui concerne le POS, qui avait décidé de ne pas se présenter, mais dont une dizaine de camarades étaient présents sur des listes locales : notre camarade Jean-Paul Martens a été réélu à Zaventem avec 269 voix de préférence. A Anderlues, Freddy Dewille a été élu pour la troisième fois consécutive, cette fois-ci sur la liste « Gauche » (7,48%). Notre ami Filip De Bodt maintient ses deux sièges à Herzele (il avait espéré un troisième). Félicitations donc à Jean-Paul, Freddy ainsi que les deux élus de Leef !-Herzele. Ensuite, la liste « Vanonderuit », animée par notre camarade Bruno De Wit à Malines, a obtenu 1,44% des voix. Quant à la liste Alternative Forestoise, où deux candidats du POS étaient présents, elle a obtenu un bon score avec 3,55% mais rate de peu un élu.

Quant au PTB [Parti du Travail de Belgique], qui, une fois de plus, avait mis le paquet ; à Zelzate (à côté d’Anvers) il a obtenu un score monstre de 21%, ce qui lui donne six élus. Dans le district anversois de Hoboken, ses bons résultats (8,27%, 2 élus) permettent d’éviter au VB d’obtenir la majorité. Ses scores stagnent à Bruxelles, mais progressent dans certaines villes wallonnes comme Charleroi, Seraing (1 élu), La Louvière (1 élu), Herstal (pas de troisième élu comme espéré). Au total, les conseillers communaux PTB passent de 5 à 15. Ce n’est pas la « percée historique » tant attendue par ce parti, mais c’est un progrès significatif. Ajoutons que le PC obtient 1,27% à Liège ; 3,50% à Seraing et 5,39 à Flémalle (en cartel avec le Mouvement socialiste et le PTB). A La Louvière, la liste UDSC lancée par des syndicalistes gagne 5,81% et 2 élus. Le MAS [section belge du Comité pour une Internationale Ouvrière], qui présentait une dizaine de listes, obtient 0,45% en moyenne.

Tous ces résultats montrent qu’il faut continuer à élaborer une alternative à gauche pour les élections fédérales de 2007. Tous les élus de la gauche radicale et anti-néolibérale peuvent y contribuer d’une façon importante car ici et là, on constate que la gauche radicale a un certain potentiel. Il s’agit maintenant de faire converger toutes ces expériences dispersées à la Journée pour une alternative de gauche du 28 octobre prochain.

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