14 juillet 2006

 

La gauche et le football

Des commentaires ici et là, y compris dans Rouge, avaient minimisé l'importance de la Coupe du Monde, réduisant cet événement à une simple diversion médiatique dont le but serait de promouvoir l'union nationale et de faire oublier les vrais problèmes tels que le chômage ou la discrimination. On admet cependant, sans grand enthousiasme, que le chauvinisme est relativisé en France par le caractère multiethnique remarquable de son équipe 'black, blanc, beur' dont la popularité déplaît tant à Le pen et à De Villiers - sans parler de l'ex-ministre de Berlusconi, Calderoli, pour qui la France a besoin d'aller chercher "des noirs, des islamistes et des communistes" pour gagner.

La théorie du sport comme 'complot bourgeois' contient forcément une part de vérité, et il n'est jamais agréable d'entendre des supporters entonner la Marseillaise comme s'ils étaient à un rassemblement de l'UMP. En Angleterre, c'est encore pire : 'God save the Queeen' est une chanson débile et réactionnaire, et 'Britannia rules the waves' un hymne à la gloire de l'empire. Mais cela n'a jamais empêché ces mêmes supporters de voter à gauche, de manifester ou de faire grève. Et si le racisme dans et autour des stades est un vrai problème, d'autres supporters et certains sportifs de haut niveau prennent régulièrement position contre ce phénomène. Ce serait bien, d'ailleurs, que l'extrême gauche et les associations anti-racistes tractent devant les stades et assistent à des matchs avec des banderoles, au lieu de déplorer que les masses passent leur temps sur une activité aussi frivole. Le sport collectif, comme la conscience ouvrière, est un phénomène complexe et contradictoire et il mérite mieux que le mépris pseudo-intellectuel dont font preuve certains militants de gauche.

L'entrée du vieux stade d'Arsenal (avant la construction de l'Emirates Stadium (combattue par la gauche locale)

Ce qui me frappe surtout dans ce mini-débat est le fait que la plupart des protagonistes écrivent d'un point de vue complètement extérieur au sujet. C'est à croire non seulement qu'ils n'ont jamais 'supporté' une équipe quand ils étaient jeunes, mais qu'ils ignorent complètement que le football en particulier est un aspect incontournable depuis plus d'un siècle de la culture ouvrière et populaire. L'étonnement avec lequel ils ont réagi à l'engouement populaire lors de cette Coupe du Monde en est un exemple. On écrit comme si "eux" (les "prolos", les jeunes ...) étaient des extraterrestes.

Dans Les raisons d'un coup de coeur (Rouge n° 2167), Christian Picquet de la LCR corrige quelque peu le 'tir' (raté) et marque même quelques buts même si on a du mal à croire qu'il a déjà passé une soirée en plein hiver à encourager son équipe à éviter la rélégation en Division d'Honneur, comme font des milliers de supporters chaque année avec de l'enthousiasme ou du stoïcisme.

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