25 juin 2006

 

Autour des Indigènes de la République


L'Appel dit 'des Indigènes de la république' a suscité de nombreuses polémiques au moment de sa sortie et de la première Marche des Indigènes du 8 mai 2005. Il est même quasi impossible à établir un bilan objectif du mouvement. Les premières mobilisations ont été un succès remarquable pour les uns, un échec rétentissant pour les autres. Depuis, le mouvement a vécu des moments difficiles, tout en élargissant son activité à travers des actions locales (passage de la Caravane des Indigènes ...) et des contacts avec d'autres groupes. La deuxième Marche, moins réussie par le nombre de participants, a eu lieu le 8 mai 2006. Certains signataires ont pris leur distance avec le mouvement. Des divergences internes portant sur l'interprétation de l'Appel mais aussi sur des problèmes de démocratie interne ont vu le jour. Pourtant, les questions posées par l'Appel ne cessent de soulever des réactions, à tel point que le mouvement est devenu une référence - en positif ou en négatif - dans le débat très vif sur le 'postcolonialisme'. Ici, une militante de la LCR faisant partie du courant Avanti! - très ouvert aux thèses des Indigènes - fait le point sur l'état du mouvement - non sans donner l'impression dans sa conclusion de vouloir l'instrumentaliser.

À propos de la deuxième marche du Mouvement des indigènes de la République

"Alors que la République française célébrait la fin du régime nazi en Europe, la 2ème marche du mouvement des Indigènes avait pour but de rappeler les agissements du pouvoir face aux peuples colonisés d’hier et d’aujourd’hui. Les massacres de Sétif et Guelma ont été commis le même jour, et deux ans plus tard, ce fut le tour du peuple malgache (29 mars 1947). Le succès de cette marche est mitigé, car moins de 2000 personnes ont manifesté contre 3 à 5000 l’année dernière. Encore une fois, à l’heure ou l’on parle d’unité, cette manifestation n’a été soutenue par aucune organisation politique, excepté les JCR en ce qui concerne les organisations anticapitalistes.

Pourtant, il s’agit bien d’actualité au vu de l’attitude néo-coloniale de l’État français. On le constate clairement lorsque le parlement adopte en février 2005 une loi sur le rôle prétendument positif de la colonisation française. On ne s’étonne donc pas de voir ressortir une loi décrétant l’état d’urgence pour réprimer la révolte des banlieues en novembre dernier. Enfin, l’intervention militaire au Tchad en offre une fois de plus un autre exemple.

Face à cette offensive néo-coloniale et impérialiste, le mouvement des indigènes s’est senti débordé. En effet, l’année précédente, le mot d’ordre de la marche était clair : il s’agissait de commémorer les massacres de Sétif et Guelma. Un tel « oubli » de la France montre bien qu’elle n’entend pas entrer en rupture avec son passé colonial. Mais cette année, malgré une meilleure visibilité du mouvement grâce aux affiches et à une présence dans les manifestations, les mots d’ordre sont devenus flous. Au départ, la commémoration du massacre du peuple malgache motivait la marche. Ensuite, d’autres mots d’ordre se sont superposés, comme l’hommage rendu à Toussaint Louverture, l’amnistie des révoltés d’octobre-novembre 2005 et des personnes inculpées à la suite des manifestations contre le CPE, l’abrogation de la loi « pour l’égalité des chances », le refus de la loi sur l’immigration jetable…

L’autre difficulté du mouvement est due à des problèmes internes. Une scission a eu lieu le 17 février 2006. Il y a donc d’un côté le « Mouvement des indigènes de la République », et de l’autre les « Indigènes de la République », issu de cette séparation. Cette crise qui a ralenti le mouvement est révélatrice de la phase dans laquelle entre les indigènes. Elle s’explique principalement par les suites données à l’appel lancé il y a un an. Cet appel constituait le moteur initial à partir duquel le mouvement se mettrait en place. Il visait à établir un dialogue avec les organisations de gauche et avec la société. Cette démarche unitaire aurait eu pour aboutissement la tenue d’assises anti-coloniales. Mais l’appel suscita de vives polémiques, et fut rejeté par la plupart des organisations politiques, qu’elles se réclament de l'antilibéralisme ou de l'anticapitalisme. Venant des antilibéraux inconséquents, cette réaction n'était pas très étonnante, car leur inconséquence s’exprime notamment dans leur refus d’entrer en rupture avec les institutions existantes. Par contre, un tel rejet de la part de la majorité des organisations anticapitalistes est bien plus grave.

Une fois les assises tenues sans possibilité d’un dialogue plus large, cette idée tomba alors en désuétude. Le mouvement entame donc une phase de construction. L’activité est alors concentrée autour de la mise en place de collectifs locaux en prenant pour base l’appel initial. Ce changement de cap a de quoi contrarier ceux qui étaient attachés à élargir le mouvement. D’où une baisse de l’activité militante. D’un point de vue politique, le fait qu’il y ait moins de militants n’est pas automatiquement lié au choix d’aborder le problème spécifique du racisme qu’est le néocolonialisme. En réalité, c'est l'isolement du mouvement qui pousse à la fuite en avant dans une radicalité affichée qui l'accroît encore.

Néanmoins, on doit tout de même nuancer ce bilan en notant que la question du néocolonialisme et celle du statut indigène des populations issues de la colonisation ne laissent pas indifférents tous les mouvements de gauche, comme le montrent par exemple les positions de la LCR face à la révolte des banlieues. Elles intéressent aussi la société française, ce qui explique qu'il y ait bien une visibilité médiatique du Mouvement des indigènes.

On peut difficilement mesurer l’impact qu’a eu la non-participation de la LCR au sein du mouvement des indigènes. Quoi qu’il en soit, les difficultés qu’endure le mouvement, tout comme la faiblesse de la contestation de l’impérialisme français dans le territoire et à l’étranger, sont pour une grande part la conséquence du refus ou des réticences de la gauche et de l’extrême gauche françaises à mener campagne là-dessus. Ce silence assourdissant participe à la marginalisation de la critique des prétentions bellicistes et «universalistes » de la République française. Au lieu de cela, on se contente de critiquer le gouvernement sous sa forme actuelle, alors que la remise en question devrait être surtout structurelle.

En effet, le mouvement des indigènes de la république a porté au centre du débat politique une critique radicale du modèle républicain et de ses prétentions universalistes, en réalité normatives. Ce modèle, qui pare la République française de vertus inexistantes, est malheureusement très présent parmi les militants se réclamant de la gauche antilibérale dans ce pays, et constitue un obstacle à la constitution d'un front social et politique antilibéral conséquent. Pour autant, l’appréhension de la question du racisme comme non pas une déviance morale, mais comme le résultat d’une histoire spécifique, permet d’identifier les nouvelles formes de xénophobie comme la si polémique islamophobie. Elle devrait permettre de rallier aux idées de la LCR un pan de la société quasi inexistant dans l’extrême gauche, et donc participer à l’unification de la classe ouvrière dans un parti large pour le socialisme."

Selma Oumari, Bulletin du Courant Avant! de la LCR, n° 34, mai 2006

Lire l'Appel des Indigènes de la République.

Sadhri Khiari, un des fondateurs du mouvement des Indigènes de la République, a donné son avis sur l'importance et les progrès de cette initiative dans la revue Socialisme International, n° 14 (janvier 2006) (non consultable sur Internet).

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